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Accueil | Tribune par François Expert | 3 avril 2019

TRIBUNE. La gauche ne peut se rassembler sur des dialectiques creuses

Pour les européennes, le PS n’a pas trouvé meilleure issue que de filer à Raphaël Glucksmann les clés du camion. A la bouche, le rassemblement, à l’esprit, le néant.

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Les attaques contre le nouveau chef de file de la gauche « rassemblée », Monsieur Glucksmann, se multiplient ces derniers jours pour d’excellentes raisons. La capture de Place publique (« Placement privé »), l’alliance avec le Parti socialiste, la stratégie de déploiement personnel s’appuyant, depuis le premier jour, sur d’innombrables connivences médiatiques, sont parmi ces raisons. Mais qu’en est-il alors du fond ? Qu’en est-il des « idées », dont Monsieur Glucksmann, avant tout essayiste, ne cesse de répéter qu’il faut partir ? C’est là, peut-être, que cette gauche « rassemblée » est la plus décevante.

 

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Partons donc des idées. Le logiciel sur lequel s’est réalisée l’alliance de Place publique et du Parti socialiste consiste, pour l’essentiel, à dénoncer un « face-à-face mortifère entre le libéralisme et le nationalisme ». D’évidence, pourtant, cette présentation – qui n’est pas sans rappeler l’opposition entre les « progressistes » et les « nationalistes » dans le discours de la majorité – est politiquement creuse, pour ne pas dire fautive.

La critique de pure idéologie contre le « libéralisme » n’est pas seulement creuse : elle se trompe d’adversaire

Commençons par le « libéralisme », premier protagoniste de cette dialectique « mortifère » dont il s’agirait de sortir. Quel sens cette mise en cause peut-elle avoir, au lendemain de la loi « anti-casseurs » qui constitue une régression sans précédent de la liberté de manifester ? Quel sens peut-elle avoir lorsque l’état d’urgence, atteinte exceptionnelle aux libertés publiques, est devenu un état permanent ? Quel sens peut-elle avoir lorsque la presse et les partis d’opposition sont sans cesse mis en cause, judiciairement y compris, dans l’exercice de leur liberté d’informer, de leur capacité à s’opposer ?

On voit où cette critique veut en venir : le capitalisme, le néolibéralisme triomphants, détruisent les liens sociaux, ébranlent les fondements de l’ordre politique contemporain. Mais précisément, il semble que Monsieur Glucksmann et le Parti socialiste veulent (encore) éviter les mots qui fâchent. Pas question de s’en prendre à la racine des inégalités et de l’exploitation sociale. Pas question de réveiller le spectre du matérialisme historique ou de la lutte des classes, auxquels on les sait allergiques. En se donnant un adversaire symbolique, de pure idéologie, avec le mot-valise « libéralisme », Monsieur Glucksmann, qui aime d’autant plus les « idées » qu’elles lui permettent de ne pas parler des choses, contourne ainsi l’obstacle.

Le problème est qu’il se trompe de direction : le libéralisme au sens plein, c’est-à-dire politique, enfant de la Révolution française, est apparu à gauche et il est aujourd’hui écrasé. Non par les « populistes » (autre signifiant creux), mais par l’actuel pouvoir. Les libertés publiques sont plus que jamais nécessaire pour permettre l’expression politique de chacun, à commencer par celle des mouvements sociaux. De ce point de vue, la critique de pure idéologie contre le « libéralisme » n’est pas seulement creuse : elle se trompe d’adversaire.

Mettre en cause le nationalisme sans rechercher concrètement ce qu’il recouvre, c’est oublier l’histoire commune qui nous rassemble et que la gauche a contribué à façonner

Monsieur Glucksmann soulève alors un autre épouvantail : le « nationalisme » devrait être à son tour combattu. « En même temps », pourrait-on ajouter. Sans doute s’agit-il, avec cette mise en cause, de faire jouer au programme de La France insoumise, autant qu’à celui du Rassemblement national, le rôle d’un repoussoir moral. Sans doute s’agit-il également de promouvoir, en contrepoint, l’idée européenne, dont l’avenir apparaît aujourd’hui incertain.

Toujours est-il que là encore, le raccourci est fautif. Car le nationalisme lui aussi, dans ses formes plurielles – parfois autoritaires et belliqueuses, parfois démocratiques et pacifiques – nous vient tout droit de la Révolution française. Le mettre en cause sans rechercher concrètement ce qu’il recouvre, c’est oublier l’histoire commune qui nous rassemble et que la gauche a contribué à façonner. C’est oublier l’attachement ancien et légitime qu’ont les Français pour leur nation, qui est leur fonds commun et leur pacte social. C’est oublier que cette cohésion de la nation française est le socle grâce auquel, plus de cent ans après la création, en 1914, de l’imposition sur le revenu, la plupart des contribuables continuent aujourd’hui à s’acquitter de leurs impôts. Jusqu’à preuve du contraire, cette cohésion et ce consentement font cruellement défaut à l’échelon européen. Et l’on voit mal ce que sera l’Europe démocratique, écologique et sociale, si elle refuse de prendre appui sur les nations.

Se tromper sur les mots, passe encore. Se tromper sur les choses, en revanche, c’est à coup sûr avancer à tâtons. Si l’union de la gauche est une initiative louable et nécessaire, elle ne pourra se faire que sur des bases solides – et non sur des dialectiques creuses.

 

François Expert, normalien, étudiant en droit et en philosophie

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  • je n’aime pas du tout cet article qui me rappelle les discussions sans fond des années 70. Que je sache , les communistes mais aussi les insoumis ne font pas de la fin du capitalisme leur objectif immédiat .Ils luttent contre l’ultra libéralisme de la majorité comme contre le nationalisme du FN. Je suis pour l’Union et dans la clarté mais ce type d’article n’apporte rien ni à l’Union ni à la clarté.

    bloch françois Le 3 avril à 20:25
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  • Enfin un article de gauche sur Regards. Cela faisait longtemps.

    monKheyou Le 5 avril à 12:56
  •  
  • Bravo ! Enfin un article politique dans Regards !
    Pour une fois pas de délires déconstructivistes des droits sociaux français.
    Franc Expert s’exprime sans usurper le nom célibrissime de ce journal du soir, financé par le PCF et dirigé par Aragon à partir de 1932.
    L’objectif était d’élargir l’audience du PCF , à l’époque.
    C’était l’objectif de Regards en 1932 et après,renforcé le PCF !
    Par la ruse , aujourd’hui,comme Le Pen avait usurpé le nom de Front National , Martelli a usurpé le nom de ’Regards’.
    Récupérer ce nom de Regards en dénaturant son combat ,est devenu aujourd’hui,87 ans après, la pratique systématique de la rédaction de ce site ’Regards’.
    C’est écoeurant mais c’est la raison de cette fondation du site par Martelli ; faire le plus de torts possibles pour le détruire de l’intérieur/extérieur à mon parti le glorieux PCF .
    La fraction autour de Martelli qui a quitté le PCF,en 2010,n’a eu de cesse de continuer ce travail liquidateur par la ruse ,le mensonge et la dissimulation.
    Jusqu’à présent ,sous la censure de certains,les personnes rationnellement critiques de la diabolisation de la nation française,et de son état social providence issu de la révolution du CNR de 1945,étaient vilipendées ici.
    L’idéologie délirante autodestructrice des bobos snobs menteurs et sectaires occupe tout l’espace du site.
    Bravo donc , à François Expert,d’avoir pu en évitant certainement les probables et nombreux mauvais coups , rédactionnel , de commencer à exprimer un début de pensée politique crédible , ici.
    Cela me permet de penser sans regrets à mon cher Louis Aragon, à qui son parti , le PCF , avait rendu les couleurs de la France mais pas celle de l’UE,comme fait mine de faire croire Martelli...
    Cette UE , destructrice de nos droits sociaux et aussi de la Yougoslavie , Serbie,de la Lybie , de la Syrie , du Mali etc... L’internationalisme est la garantie de la paix .
    L’internationalisme passe par l’attachement à la prospérité de chaque nation.
    L’internationalisme passe par la Paix,le combat contre les guerres,et non leurs promotions.
    L’internationalisme ne passe pas non plus,par l’asservissement de sa propre Nation au Capital,destructeur des droits sociaux.
    L’internationalisme est le sens même du combat du PCF .
    La preuve,comme l’a rappelé Ian Brossat ,le PCF est la seule organisation politique à ne jamais avoir voté un texte en faveur de cette organisation virulemment capitaliste de l’UE.
    Jaurès le disait : ’Lorsque le miséreux,a tout épuisé et n’a plus rien,son seul salut,il le sait,c’est l’état qui peut lui apporter.
    Pas le capital.’

    Maurice Le 6 avril à 05:03
       
    • Encore un assisté qui s’ignore !

      Dominique FILIPPI Le 15 juin à 14:28
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  • Ce à quoi les français sont attachés c’est la démocratie. Elle suppose un parlement élu au suffrage universel, dans le pluralisme politique, chaque parti représentant un courant d’opinion. Chaque citoyen est libre de la sienne, n’ayant à en répondre que devant sa conscience.

    Ces principes, ainsi que l’organisation de l’Etat qui en procède sont incompatibles avec le marxisme, dont se réclame une partie de la gauche, qu’il serait plus rigoureux d’appeler l’extrême-gauche : elle est révolutionnaire, donc extrémiste.

    L’autre partie de la gauche, modérée, reconnaît la démocratie. Elle peut s’allier avec l’extrême-gauche si elle le souhaite pour des raisons de tactique électorale. Mais on ne peut gouverner en tenant le moyen terme entre ces deux conceptions, l’une favorable à la démocratie, l’autre la rejetant.

    Glycère Benoît Le 8 avril à 10:56
       
    • Tu n’en as pas marre de répéter toujours les mêmes conneries...

      Dominique FILIPPI Le 15 juin à 14:26
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