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Accueil > Politique | Par Clémentine Autain | 24 août 2016

Loi travail, l’histoire d’une trahison

Pierre Jacquemain, rédacteur en chef adjoint de Regards, publie Ils ont tué la gauche pour dévoiler les coulisses de la loi El Khomri. Conseiller auprès de la ministre, il avait démissionné avec fracas en février dernier. Il raconte, et c’est explosif.

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« C’est l’histoire d’une imposture : "Mon adversaire, c’est la finance". Et d’un imposteur : le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012 ». Ainsi démarre le récit détonnant de l’un des collaborateurs de Regards, Pierre Jacquemain. Conseiller auprès de la ministre Myriam El Khomri, il avait démissionné avec fracas en février dernier. Ce court essai, vif et percutant, raconte les tristes dessous de la loi dite travail et met en lumière « un pouvoir qui vise à reproduire et reconduire ceux et celles qui sont aux responsabilités. Un pouvoir qui s’attache à conserver son pré-carré en distillant son prêt-à-penser ».

Pierre Jacquemain nous emmène dans les coulisses de la rue de Grenelle où il fut aux premières loges de la naissance du projet de loi tant décrié par les syndicats, la jeunesse et la majorité des Français. Adepte d’une gauche bien à gauche, Pierre Jacquemain avait fait le pari de Myriam El Khomri, la rêvant en contrepoids face à Emmanuel Macron au sein du gouvernement.

Leur ennemi, c’est la gauche

Collaborant avec elle au secrétariat d’État chargé de la politique de la Ville, l’auteur l’a suivie quand elle fut promue par Manuel Valls au ministère du Travail. Il pensait Myriam El Khomri capable de peser sur l’orientation politique de François Hollande et Manuel Valls ou, a minima, d’affirmer une autre voix, plus à gauche.

Comme on pouvait l’imaginer, et comme on le sait maintenant, la ministre s’est rapidement alignée sur les options libérales du sommet de l’État. Déçu, se sentant trahi, Pierre Jacquemain en a tiré les conclusions qui s’imposaient en démissionnant de son poste et en énonçant publiquement les raisons de sa déception, de sa colère. Cela ne se fait pas, mais il l’a fait, estimant que les Français ont le droit de savoir et que la trahison était celle du gouvernement.

Cette vue de l’intérieur est l’occasion d’apprendre que Myriam El Khomri n’a pas été associée à la définition des grands axes de la loi – hiérarchie des normes, licenciement économique, plafonnement des indemnités prud’homales... C’est son directeur de cabinet, Pierre-André Imbert, qui aurait « rédigé en chambre » le projet de loi, en étroite collaboration avec Manuel Valls. « Dévastée », Myriam El Khomri aurait songé à démissionner avant de faire volte-face et d’avaler un à un les boas.

Si loin du monde

Mais cet insight est surtout l’occasion de cheminer dans les dédales de cette "gauche" au pouvoir, totalement acquise au conformisme de la pensée, déconnectée de la réalité de la société, acquise aux experts néolibéraux mais étrangère à la vitalité intellectuelle, totalement technocratisée. Ils ont tué les idées, ils ont tué le travail, ils ont tué la politique, nous dit Pierre Jacquemain qui dresse un réquisitoire contre François Hollande et Manuel Valls, contre cette gauche qui n’en est plus une. C’est un monde hors-sol et sans vision qui se trouve dépeint.

Pierre Jacquemain en conclut que la refondation d’une gauche digne de ce nom se fera loin de cet univers forclos. Il regarde du côté des luttes et des initiatives citoyennes : « Sans doute vivons-nous les prémices d’une aventure collective. Elle n’est pas toujours visible (… ) Les initiatives sont éparses, parfois morcelées, mais elles finiront tôt ou tard par converger. Avec l’envie de partager. De créer du commun. Dans un cadre collectif. Parce qu’il faut réenchanter le rêve et l’utopie – ce que le et la politique ont de plus noble – pour enfin réveiller l’espoir ».

Pierre Jacquemain, Ils ont tué la gauche. Postures et imposteurs au sommet de l’État, Fayard, 196 pages, 16 euros.

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