Accueil | Par Clémentine Autain | 3 septembre 2015

Mort d’un enfant : de l’émotion à la raison politique

Alors que les réfugiés meurent aux portes de l’Europe depuis des années, la photo du corps d’Aylan Kurdi, trois ans, échoué sur une plage, crée un choc mondial. Une prise de conscience probablement salutaire, à laquelle il ne faut pas s’arrêter.

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L’indigence politique vire à l’horreur humaine. Ce n’est pas une nouvelle, mais le simple partage international d’une photo sur les réseaux sociaux a permis de monter d’un cran dans la prise de conscience du sort des migrants. Le corps d’Aylan Kurdi, trois ans, retrouvé mort face contre terre sur une plage de la station balnéaire de Bodrum a cristallisé l’insoutenable. Cette image publiée par de nombreux quotidiens, notamment britanniques, et relayée dans le monde entier exprime peut-être mieux que des mots l’impasse de choix politiques égoïstes et inhumains.

Ce n’est pas le premier bateau qui échoue, ce n’est pas le seul enfant victime, sur le territoire européen, de la violence des politiques migratoires. Selon le HCR, plus de 2.500 réfugiés sont morts depuis le début de l’année, parmi lesquels de nombreux enfants. La situation de ces Syriens fuyant la guerre, courant par tous les moyens vers la vie, est connue. Elle se heurte depuis longtemps à l’aveuglement et au dogmatisme des gouvernants, à l’incapacité de l’Union européenne de trouver une solution pour accueillir dans la dignité celles et ceux qui pâtissent des inégalités planétaires et de ces guerres que des nations occidentales ont aussi nourries.

Arrêter le massacre

Tous ces traités et ces lois qui façonnent une Europe forteresse se fracassent sur le mur de la réalité aujourd’hui partagée en un clic, en une image, celle de la honte. Que la France, "pays des droits de l’Homme", soit à la traîne dans l’accueil des réfugiés est consternant.

Sur la toile et ailleurs, certains s’indignent qu’il faille montrer un tout petit enfant mort sur une plage pour que les esprits se réveillent. D’autres interpellent sur la dignité des victimes qui ne serait pas respectée. L’essentiel est ailleurs : des hommes, des femmes, des enfants fuient la guerre, tentent en Europe de chercher refuge et se retrouvent violemment refoulés. Ils et elles viennent chercher la vie, la mort les guette à l’arrivée. Quand cette mort nous est montrée, nous sommes submergés par l’émotion.

Mais des affects à la raison qui permet de prendre les décisions nécessaires à la vie et à la dignité de ces migrants, il y a un pas. Il est impératif de le franchir pour arrêter le massacre. Et pour poser les questions essentielles qui fâchent sur l’organisation mondiale et l’inégale répartition planétaire des richesses, sur l’inefficacité des murs bâtis contre la circulation des personnes, sur l’égoïsme des États qui jouent la concurrence et non la coopération, sur les voies qui permettent réellement et dans la durée d’enrayer l’engrenage de la guerre. Le sursaut citoyen et politique doit prolonger la force de l’émotion.

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Vos réactions

  • Qui a déstabilisé la Syrie ?
    Qui voulait aider l’opposition à renverser par les armes le régime de Bachar élu ?
    Qui était le meneur de la coalition occidentale qui voulait éliminer Bachar ?
    Les anlo-américains, Sarkozy et Hollande portent la responsabilité de toute cette misère.
    Au delà des émotions, au delà de l’aide humanitaire à apporter d’urgence, il faudrait aussi que les responsables politiques puissent être jugés et prennent vraiment leurs responsabilités.
    La question du politique doit être posée.

    totoLeGrand Le 3 septembre 2015 à 13:17
       
    • Car avant ce n’était pas la misère ? Pourquoi les syriens ce sont révoltés ????

      rico211 Le 3 septembre 2015 à 16:08
    •  
    • @Rico

      Je t’invite à lire l’échange d’email entre le parti communiste espagnole et syrien révélé par wikileaks pendant les troubles.

      Val Le 3 septembre 2015 à 16:32
    •  
    • @rico

      Ou alors de revoir les confidences de Roland Dumas ...

      Val Le 3 septembre 2015 à 16:36
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  • Au fait Clémentine, une petite nuance : la France n’est pas le pays "des droits de l’homme", mais le pays "de la déclaration des droits de l’homme". Ca fait une petite nuance !

    totoLeGrand Le 3 septembre 2015 à 13:26
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  • Vous parlez de l égoïsme des états, mais l ’état, c’est qui, sinon nous tous ensembles ? je crains bien , malheureusement, que nous tous, même les plus contestataires, les plus à ’’ gauche’’, etc, etc... portions une bonne part de responsabilité . Sommes-nous prêts à partager ? j’aimerais en être sûre !

    gilji Le 3 septembre 2015 à 13:37
       
    • Votre réflexion est intéressante, parce qu’elle est l’émanation, pure et parfaite, de la rhétorique néo-libérale, qui fait peser sur l’individu la responsabilité et la charge de changer le système par le biais de nos comportements individuels.
      Or c’est n’est pas la question, tant qu’on aura pas régler un certain nombre de problème fondamentaux qui ne peuvent être régler que par une politique à l’échelle, rien ne changera.

      Val Le 3 septembre 2015 à 15:40
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  • Attention au dictate de l’émotion.
    Sans être insensible à cette photo, je me méfie comme de la peste du discours qui l’accompagne, par son intermédiaire on peut justifier n’importe quoi. Ce qui d’ailleurs n’est pas le cas dans l’article, bien entendu.
    Mais le problème de penser aujourd’hui de façon émotive, ce que nous apprends les médias, équivaut pour moi à un travail de destruction de l’intelligence.
    Aujourd’hui nous sommes dans le signale reflex émotionnel, à l’image du taureau pris dans une corrida où ce dernier ne réalisant pas qu’il est pris dans un spectacle, fonce dans le chiffon rouge plutôt que d’encorner le Matador, voir le caméraman entrain de le filmer.
    On voit très bien ce que ça peut donner, les états-unis ont de l’avance en la matière.

    Val Le 3 septembre 2015 à 15:10
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  • Un club de foot achète un gamin de 19 ans 80 millions d’euros.
    Un patron encaisse 14 millions d’euros après avoir licencié des milliers de salariés.
    L’horreur en méditerranée. L’abject du tri des uns contre les autres.
    Le cynisme des débats sur les moyens que l’on a pas pour accueillir tout le monde.

    Le monde marche sur sa tête.
    C’est l’ordre du monde capitaliste.

    Jean Paul Cazeneuve

    Jean Paul Cazeneuve Le 3 septembre 2015 à 15:53
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  • Bonjour à toutes et tous,
    Parce que c’est insupportable, et qu’il y a urgence, je vous fais passer cette pétition, peut-être voudrez vous la signez :

    http://accueilrefugies.wesign.it/fr

    “Il faut changer le monde vite fait, sinon c’est lui qui va nous changer.” Quino

    Fraternité, solidarité !

    Desbois Christian Le 3 septembre 2015 à 17:11
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  • Ce n’est pas l’inégalité des richesses qui crée les tensions !
    C’est l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes.
    Ce n’est pas le libéralisme ni le néo ou alter libéralisme qui sème le chaos c’est l’impérialisme stade suprême du capitalisme.
    Dixit Lénine

    jean-Louis Le 3 septembre 2015 à 20:56
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