Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 15 juillet 2016

Sous le choc

La violence aveugle et meurtrière qu’un homme a déchaîné à Nice, ce 14 juillet, ne doit pas nous aveugler à notre tour. Au-delà de la douleur, il faut trouver des réponses qui ne soient pas seulement policières et sécuritaires, mais aussi humaines et humanistes.

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Nos pensées terriblement émues sont à Nice, avec les victimes et leurs proches. Le bilan est si terrifiant… 84 morts et plus de 200 blessés. Un camion a fendu la foule, l’homme au volant a tiré avec un calibre 7.65, des dizaines et des dizaines de personnes venues fêter le 14 juillet sur la promenade à Nice ont péri. Cet acte de terrorisme fait suite à ceux que la France a connus depuis les événements de Charlie Hebdo et l’Hyper casher.

Nous sommes en deuil, les drapeaux sont en berne, la tristesse et la colère ont gagné nos cœurs.

Ce matin, nous pouvons pleurer en (re)lisant Antoine Leiris, dont la femme est morte au Bataclan et qui a livré un récit poignant sur la perte de l’être cher et l’infernale vie dans ce moment de deuil avec son fils de dix-sept mois. « Alors non, écrit-il, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu ».

Comprendre ne signifie pas justifier. Comprendre, c’est l’étape indispensable avant d’agir, c’est la seule voie qui peut conduire à une stratégie efficace. Des hommes et des femmes qui ont grandi dans notre pays, dans ce monde globalisé d’aujourd’hui, sont prêts à tuer et à mourir pour Daesh. Il faut prendre la mesure de cette articulation entre politique et spiritualité : ce qui est en jeu, c’est l’espérance, celle qui fait défaut dans notre époque contemporain où les grands idéaux semblent évanouis.

La demande de protection de la part de la puissance publique est légitime. Oui, il faut déployer des moyens inédits. Pour autant, soyons lucides, même l’État le plus policier du monde ne saurait venir à bout d’un tel mouvement destructeur. Ce n’est pas en plaçant des CRS à chaque coin de rue que nous empêcherons l’embrigadement d’un noyau de jeunes qui se jettent dans les bras d’un projet mortel. C’est au plus près des filières de recrutement qu’il faut agir, en développant les services de renseignement et les structures de socialisation.

J’ai reçu un prix de l’humour politique en postant un tweet, parmi d’autres, appelant à davantage de service public pour faire face à Daesh. La pensée dominante ne lasse pas d’être affligeante car le fond du propos n’a non seulement rien de drôle, mais repose sur un parti pris qui mériterait d’être considéré car il est peut-être plus efficace que le tout sécuritaire tant vanté pour faire face au terrorisme.

Les personnes recrutées dans les filières djihadistes le sont par le biais de rencontres humaines. Leurs familles, leurs proches, se sentent souvent démunies quand apparaissent les premiers signes de l’embrigadement. La mise en place d’un numéro vert fut un premier pas, mais si insuffisant pour aider les personnes qui voient l’un de leurs proches sombrer, pour identifier précisément les rouages des réseaux de recrutement qui se développent. Où sont les cellules d’écoute psychologique pour les familles touchées par l’embrigadement ? Les réseaux éducatifs et culturels, tournés vers la vie et la liberté, fondent comme neige au soleil à l’heure de la réduction des dépenses publiques.

Dans certains territoires où de véritables poudrières intégristes prospèrent, ces moyens de la République font défaut, laissant la population dans une immense solitude. Dans notre modèle social historique, nous avons un potentiel qu’il faut exploiter et non démanteler. Vu de Sevran où j’ai entendu tant de témoignages d’alerte, je ressens cette urgence des moyens humains concrets dont il n’est nulle part vraiment question.

Nous sommes face à un défi immense, infernal, difficile. C’est avant tout à l’échelle internationale que des pistes stratégiques doivent être imaginées. Notre force, ce n’est pas la haine mais l’amour de la vie, de la liberté, de la démocratie.

Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine, Fayard, 2016, 12,90 euros.

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Vos réactions

  • Et pendant ce temps, le gouvernement français (si on peut l’appeler ainsi) continue à faire ami-ami avec l’Arabie saoudite et le Qatar, inamovibles bastions du wahhabisme, qui sont les principaux bailleurs de fonds de Daesh et d’al-Qaeda. En prime, on leur donne même la Légion d’honneur...

    Cherchez l’erreur.

    hopfrog Le 15 juillet à 13:04
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  • "des hommes et des femmes dans notre pays sont prêt à tuer pour daesh", dites vous. Mais qu’en savez vous concernant cet homme, de ses motivations, de sa démarche, à part qu’il était violent avec sa compagne...
    On nous habille de terrorisme tous les actes de désespérés, évidemment stimulés par les appels aux meurtres et à la haine.
    Ce nouvel évènement dramatique devrait amener nos responsables politiques, de tous bord, à mettre tous les éléments d’analyse sur la table et avoir un peu l’humilité de constater que c’est leurs actes, tous leurs actes qui doivent être revus , je dirais , de la guerre (qui est le terreau de la haine)aux barrières (qui n’ont hélas rien empêché).

    Michel 65 Le 16 juillet à 08:48
       
    • On a connaissance presque tous les jours, en lisant la presse, d’actes désespérés : des parents qui tuent leur enfant(s) ou toute leur famille avant de se donner la mort. Il y a aussi des suicides discrets tous les jours dont la presse ne parle pas. Oui c’est un désespoir fou qui motive ces actes. Mais là nous sommes dans un autre cas de figure et je rejoins C. Autain disant "il y a des hommes et des femmes dans notre pays prêts à tuer pour daesch" et j’ajouterai : certains passent à l’acte un jour. Est-ce le moment de se demander si cet homme était désespéré ou pas ? Et s’il l’était cela n’empêche pas daesch de vouloir nous tuer et peut-être est-ce sa stratégie de "s’appuyer" sur des désespérés pour arriver à ses fins. Croyez-moi le terrorisme n’est pas fini et je pense même qu’il ne fait que commencer. Vous pleurerez peut-être un jour vous aussi victime du terrorisme et vous ne vous poserez pas la question de savoir si le terroriste était désespéré ou pas.

      Marif Le 16 juillet à 10:59
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    • Bonsoir.
      Je pense comme Michel65.

      L’homme si j’ai bien compris est un tunisien donc rien à voir avec un quelconque citoyen français de quelque origine que ce soit. Sauf que dès qu’un individu au nom un peu maghrébin commet le moindre acte aussi horrible que ce soit, il est estampillé intégriste musulman même s’il mange du porc, bat sa femme etc. L’important pour les autorités c’est qu’il ait des éléments pouvant l’associer à des terroristes. Cela justifiera le couvre -feu préparé et l’état d’urgence pour contrôler le peuple encore plus fortement.

      S’il s’était appelé Pierre cela aurait un fou déséquilibré. Même s’il était portuguais ou italien on aurait tourné la page. Cela ne rapporte pas au commanditaire et aux journalistes. Si en plus une entreprise terroriste créée par nos gouvernants et leurs complices (états-unis, angleterre, arabie saoudite, quatar et les sioniste occupant la palestine...) revendique l’acte car cela lui fait de la publicité même s’il n’y est pour rien, c’est le top pour ceux qui veulent engendrer la haine.
      Malheureusement ce sont les mêmes qui payent. Le peuple quel que soit son origine, opinion politique ou religion. Nous devons reprendre la main et diriger notre destinée. Sinon nous nous entredéchirerons sur des motifs qui ne sont pas les nôtres.

      Parmi les victimes il y a toute sorte de gens et d’origines diverses : des femmes, des enfants et des hommes. L’homme n’a pas choisi il a défoulé sa colère. Ensuite, les autres en font une récupération.

      Aldebaran

      Aldebaran Le 16 juillet à 20:46
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  • L’espoir contre le désespoir, trouver une solution contre cette organisation terroriste ? Pourquoi pas ?
    C’est en lisant l’éditorial que je vois plusieurs fois écrit qu’il est nécessaire de ne pas céder à la colère, je vois plusieurs fois écrit que les hommes armés ne sont pas la solution. Effectivement, la conscience des personnes est menacée, les personnes ont besoin d’humanité et lorsque la société durci sont fonctionnement ce sont malheureusement des fanatiques qui achèvent de corrompre nos liens.

    Je pense à l’histoire des pays (la France), je pense aussi à l’histoire d’une idéologie (le socialisme), et pourquoi pas l’histoire d’une religion (le christianisme), plusieurs fois dans ces histoires des personnes ont renversé l’ordre moral et œuvré sans respecter leur peuple ou leur planète (Mururoa _un piètre exemple_, les orgues de Staline, l’inquisition...) Comment dans chaque exemple les personnes au pouvoir ont préféré écraser les particules de vie les plus diverses pour obtenir une globalité, une totalité sans aucun sens. Pour moi la solution est dans la découverte de la diversité, autant que l’abandon des directives totalitaires ou globales qui ne présentent aucun élément de signification et sont voisines en cela de Daech. La solution est dans l’acceptation de nos limites et de nos différences. François Hollande est malheureusement tenté de tout confondre, et de tout donner à un socialisme qui prend des allures d’Internationale et de rapprochements culturels (?) avec la Chine et la Russie. Pour moi la priorité doit être donnée à la protection des microentreprises, la protection des petits projets, pour éveiller les générations avenir aux valeurs qui sont autour d’elles et non dans un terrorisme planétaire.
    Ce sont les élus de tout rang qui doivent être respectés aussi. L’affrontement est seulement une question d’honneur et de respect pour que l’avenir soit préparé au présent.

    Sylvain Maurel Le 16 juillet à 22:23
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  • au nom un peu maghrébin (sic) le prénom suffit.
    Quand au reste , qu’une frustration sexuelle s’inscrive dans le cadre d’une violence politique rien de plus classique chez certains dans le parcours du refoulé.
    Dans des familles de "cités"la porosité entre le délinquant et le "fou de dieu" est vécue, mais le communautarisme confine à l’Omerta .

    stoj Le 17 juillet à 08:19
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  • Bien d’accord, horrifié par cet acte meurtrier et plus encore par la haine poisseuse et dégoulinante qui en découle...

    Pierre Trillot Le 17 juillet à 16:58
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  • Personnellement je ne ressens rien avec ce nouvel attentat...
    Gros coup sur la tete pour Charlie hebdo depuis plus rien...
    Suis je un monstre d égoïsme ?
    Je trouve que nos médias en font beaucoup trop ils rendent encore les plus anxiogènes...
    Donc pas de chaînes d info mais des reportages géographiques. .

    ducono Le 17 juillet à 18:52
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  • Un peu court comme analyse.
    J’aurais préféré qu’on pale un peu plus de géopolitique, qu’on explique comment cette secte nommée Daesh a pu prospérer, qui lui fournit financement et armes.
    Comme toutes les sectes, elle recrute des individus psychologiquement fragiles, et comme nous ne serons jamais dans un monde parfait, il y en aura toujours.
    Oui il y a de la colère chez nos concitoyens, et je trouve honteux de dénoncer cette colère.
    Quand d’autres avant nous ont combattu la barbarie nazie, ils ne l’ont pas fait avec un discours "peace and love", sinon nous ne serions pas là.

    Danhioannis Le 17 juillet à 19:35
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  • sur un coup de tête et des problèmes personnels on ne lynche pas une #PromenadeDesAnglais ainsi...les religions ne peuvent excuser une telle démence...

    laurentgantner Le 18 juillet à 04:37
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  • Le terroriste de Nice n’avait pas grandi en France.

    Gino Le 18 juillet à 06:03
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  • Je trouve étonnant qu’il n’y aient pas plus d’articles concernant cet acte terroriste. Et je m’étonne du silence assourdissant des leaders de l’extrême gauche sur ce sujet.

    Marif Le 19 juillet à 19:21
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  • Ces attentats sont la résultante directe de la politique syrienne de Hollande.
    Après avoir tout fait pour déstabiliser le régime Syrien (ce qui a permis la création de DAESH), voilà que maintenant Hollande soutien Bachar (non sans avoir remercié/promu son ex-ministre de relations étrangères, qui déclarait que Bachar ne méritait pas d’être sur terre) et bombarde DAESH, non sans accompagner les frappes de grandes déclarations médiatiques.
    Tout cet amateurisme, les français le payent cher.

    Laïla Le 19 juillet à 22:12
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  • Sur une banderole ornant la chapelle ardente dressée sur la Promenade des Anglais il est écrit :"la bêtise humaine vient de frapper Nice".Le "tout sécuritaire" montre aujourd’hui ses limites pour ne pas dire son incapacité à prévenir ces tueries.Il est donc urgent après 20 ans d’attentisme,de coupables atermoiements ou d’absence de véritable réflexion d’engager la riposte sur le terrain culturel et éducatif.A la bêtise il faut répondre par l’intelligence,la prévention,la formation des esprits.Cela est peu spectaculaire mais rien n’est plus efficace contre la bêtise humaine.A moins de s’en remettre à l’impuissance de l’Etat et de ses mesures (comme l’opération "Sentinelle" par ex.)dont l’efficacité est plus que douteuse.A moins de s’en remettre à un Etat dont les hauts responsables ne font toujours pas le lien entre l’éducation (& son absence)et ce monstre nommé "islamisme radical".Rappelons ce triste record :la France est devenue la premier pays pourvoyeur (& « exportateur ») de djihadistes dans le monde.Ce seul fait pourrait donner à réfléchir quelques instants…Après la peine,le chagrin il faut réfléchir sérieusement à des réponses dignes de ce nom pour éradiquer le mal des ….consciences.Nous attendons donc des représentants de la nation des propositions notamment dans les domaines de la vie culturelle et de l’éducation.Il n’y a plus de temps à perdre.

    pasidupe Le 19 juillet à 23:08
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  • c’est drôle de lire certaines interventions, c’est pathétique de voir comment 40 ans de bouche en cul de poule empêchent de poser les mots sur les actes !
    a part l’intervention de marif , pas une seule fois le mot victime est prononcé et toujours a part marif personne ne se pose la question du silence assourdissant de la gauche dite radicale.
    Evidement si le "franco tunisien " avait été "Français de souche " et s était appelé Charles- Hubert membre du FN ou des républicains l’affaire aurait été plus confortable, rétrospective sur les SA et les SS, marche blanche, font antifa etc. etc.
    Manque de pot les 50 ou 60 personnes arrêtés ou abattus pour terrorisme s’appellent Mohamed, lounes, Ali etc. sont soit franco sont marocains, algériens ou Français " issu de la diversité" , se réclament de l islamisme radicale et de DAES.
    Donc , la novlangue fonctionne a plein " elle recrute des individus psychologiquement fragiles" ou bien " il est donc urgent après 20 ans d’attentisme, de coupables atermoiements ou d’absence de véritable réflexion d’engager la riposte sur le terrain culturel et éducatif"
    l culpabilité du colonisateur n’est pas loin !ceux qui pendant
    20 ans appellent "incivilités " des actes de vandalisme, des "jeunes en manque de repères " ceux qui ne sont que des délinquants, des tirs sur des policiers, des "échauffourées "
    la vérité est ailleurs ! , l’urgence n’est pas de comprendre mais d éradiquer, de combattre le terrorisme, de mettre hors de nuire y compris les complices passifs qu’ ils soient des "quartiers ou des cités "
    faute de mettre les mots sur les actes, les électeurs mettront les votes "marine " dans l urne. alors le front antifa pourra reprendre son train train . et la démocratie partira en lambeau a force d’avoir niés les évidences et mis des mots sur des actes.

    Benoit Le 21 juillet à 23:41
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  • Malgré le silence assourdissant de l extrème gauche ces derniers jours , certain reste accrochés à leur crédo ...sauront ils un jour ouvrir les yeux ???
    Préférent ils peut être avoir MLP comme président plutôt que de regarder en façe une vérité qu ils exécrent !!!!

    marc63 Le 26 juillet à 18:53
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  • Les vrais responsables de nos morts sont les personnes qui retournent le cerveau d’individus fragilisés par des problèmes psychologiques ou psychiques. Ces manipulateurs sont intelligents, puissants, organisés, sans état d’âme, ils savent souffler le chaud et le froid, soit pour nous endormir, soit pour nous terroriser. Ils méprisent mais utilisent nos valeurs de liberté et de tolérance pour prospérer afin de mieux nous détruire. Ils travaillent à établir un rapport de forces favorable pour permettre le moment venu de nous imposer leur totalitarisme divin. je crains que les belles paroles, les bons sentiments ou les meilleures politiques sociales ne soient pas suffisants pour survivre à cette menace mortelle.

    François69 Le 27 juillet à 17:18
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