Accueil > Société | Par Guillaume Liégard | 7 février 2018

Inscriptions post-bac : Parcoursup et les marchands du temple

Loin d’être dû à un logiciel défaillant, le prévisible chaos des inscriptions d’après-bac est le résultat d’un programme politique qui dessert les étudiants, mais enrichira des prestataires opportunistes.

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C’était s’il y a six mois, la session du baccalauréat 2017 venait de s’achever et des dizaines de milliers de candidats reçus à l’examen découvraient avec effarement qu’ils étaient sans affectation. Le 14 juillet 2017, ils étaient ainsi 87.000 bacheliers en attente et encore 3.000 le 14 septembre deux mois plus tard.

Il faudrait ajouter, à cet immense gâchis, les dizaines de milliers d’étudiants ayant eu une proposition très éloignée de leur vœux principaux et qui se sont retrouvés dans un cursus sans rapport avec leurs attentes. Autant dire que pour tous ceux-là, l’échec en premier cycle est déjà programmé.

Une catastrophe prévisible

Le coupable idéal était vite désigné à la vindicte populaire et médiatique : la plateforme Admission post-bac, bien connue désormais sous le nom d’APB. C’était donc la faute à un logiciel : c’est pratique, un logiciel, c’est impersonnel et ça exonère de toute responsabilité les politiques éducatives.

Lors de la formulation de ses vœux, chaque lycéen devait pourtant demander une formation labellisée "pastille verte", c’est-à-dire une formation dont le nombre de places n’était pas contingenté et dont l’obtention était donc assurée si d’autres vœux, plus sélectifs, n’étaient pas satisfaits. Ce contrat, annoncé comme tel aux élèves de terminales, n’a pas été respecté par manque de places dans les universités, et les fameuses pastilles vertes sont devenues des impasses.

Pourtant, la catastrophe annoncée était prévisible depuis fort longtemps. En réalité, elle est inscrite dans le registre des naissances depuis 1999. Car oui, voilà, les enfants du mini baby-boom qui existe en France depuis 1999 ont donc eu dix-huit ans en 2017. Surprise ! Compte tenu du taux de réussite moyen aux différentes épreuves du baccalauréat, l’explosion démographique à l’université était donc connue depuis au moins le début des années 2000.

Un chaos organisé

On peut comprendre, face à un afflux de naissances, qu’il y ait pendant quelques années une pénurie de place en crèches : prendre en compte le phénomène, construire des locaux, former des personnels pour des enfants qui arrivent à quelques mois crée une distorsion. Mais pour l’université ? Qui peut croire que la lourde machine du ministère de l’Éducation nationale n’a pas vu le problème arriver ?

C’est en réalité strictement impossible et de ce point de vue, le chaos a été largement organisé et trouve sa justification dans la nouvelle plateforme Parcoursup.

Certes, les nouvelles règles évitent, sur le papier, les mots qui fâchent comme "sélection" voire "prérequis". En Macronie, on a le sens de la formule, l’inscription dans une formation en licence générale pourra donc « être subordonnée à l’acceptation, par le candidat, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogiques ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite ». Surtout, en l’absence de places suffisantes, la priorité pourra être donnée par les universités aux profils les plus en adéquation avec la formation demandée, ce qui quand même, est une bonne définition de la sélection.

Une crise lucrative

Le nombre de places supplémentaires ne couvrant pas la pression démographique, la situation va donc mécaniquement s’aggraver en 2018. Face au chaos annoncé, certains ont déjà flairé la machine à cash potentielle. Exploiter les légitimes inquiétudes des futurs bacheliers et de leurs parents pour remplir ses caisses, voilà une idée qui peut rapporter gros. C’est en tout cas, entre autres, le pari du site tonavenir.net.

La transition du lycée au monde universitaire est ainsi décrite : « l’inscription à une formation post-bac sur Parcoursup peut rapidement relever du chemin de croix lorsque des interrogations et des doutes subsistent. S’attaquer à semblable mission sans aide c’est un peu comme endosser le rôle d’un Thésée s’engageant fièrement dans le célèbre labyrinthe dépourvu du non moins célèbre fil d’Ariane, la dulcinée transie ». La prose est un peu ronflante, la suite serait plutôt sonnante et trébuchante puisque le site propose deux Pass pour remédier à tout cela.

Le premier nommé "Inspiration" vous propose, pour la modeste somme de 320 euros, de vous aider à sélectionner vos vœux et à réaliser vos lettres de motivation. Le second intitulé "Sérénité" » mais qui pourrait être renommé "la bourse ou la vie" vous délestera de 560 euros en échange d’une prise en charge qui va jusqu’à l’inscription sur la plateforme Parcoursup. La fondatrice de ce site, Sophie Laborde-Balen qui s’auto-définit comme conseillère d’orientation, était podologue avant de monter sa start-up lucrative. C’est vous dire si elle est compétente.

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  • Nul doute que les marchands du temple vont se positionner sur le « créneau » de l’aide a l insertion sur les filières universitaires.

    Et le site « tonavenir » n’est sûrement que l éclaireur anticipateur de boites de ce genre qui vont fleurir et surfer adroitement sur les légitimes inquiétudes de parents déboussolés par la complexité du processus décrit dans cet article.

    Macron et c’est que qui lui donne pour le moment, je dit bien pour le moment, une cote de popularité assez haute dans les sondages d opinion , c’est qu il « prend » les problèmes sociétaux ou sociaux par le col.

    Bien entendu, les solutions qu il apporte sont d’ordre libéral in fine et une fois de plus, sa méthode bien rodée est efficace, la question universitaire et le bac en sont l’exemple.

    Pendant des années, a droite comme a gauche, tout les acteurs de l éducation faisait comme si tout se passait bien dans le meilleur des mondes avec le bac une « institution Frôôôncaise » ( accent Gaullien)

    Les syndicats enseignants réclamaient des moyens, et puis aussi des moyens et puis encore des moyens. Mais surtout on ne touche pas à la « spécificité Frôôôncaise »

    La droite elle chantait « école libre » « choix des parents » « profs feignants et politisés ».

    Le tout enveloppé dans le fameux et hypocrite « non a la sélection » là encore une spécialité Frôôôncaise,l’ égalitarisme posé en dogme, même et surtout si cela ne fonctionne pas.

    Il était évidemment admis, unanimement que le bac était un sésame magique qui permettait d intégrer quelque soit le niveau acquis les filières universitaires et /ou réussir dans des études supérieures.

    On connaît le vrai résultat, inutile de revenir sur les chiffres d échecs et sur les surcharges d inscription dans toutes les formations et surtout sur celles qui sont bouchées, au nom de la liberté non mais ! .

    L article de Guillaume Liégard Procède du même autisme, « c’est la faute a ceux qui ont pas anticipé le « mini baby boom » de 1999 ! .

    Evidement c’est limpide ; il aurait fallu construire 95 lycées, un par département, 21 universités, 1 par région, embaucher 50 000 enseignants (ah non mince cela à été fait par hollande) heu ! Alors 100 000 ? C’est bien 100 000 non ?

    Et bien sur, laisser le niveau du bac en l état, il ne faut pas désespérer la seine saint Denis, et créer des filières en Histoire de l’art, en sociologie, en sport ( stpas) sans aucun contrôle ni évidemment pré requis , ni bien sur consultation des professionnels du secteur concernés.

    Les PTT, EDF, SNCF, sont débordants de licenciés et de maîtrisés en histoire, géographie, philosophie, sociologie mais qu’importe c’est a ce prix que l on prouve la vraie liberté de choix !

    Gagner le SMIC après des années études coûteuses dans des boulots de catégories C, passer pour pertes et profits pour la nation et pour les parents modestes le coût d études supérieures et les sacrifices consentis.

    Pourquoi ne pas s inspirer de ce qui se fait ailleurs ?.

    Au canada par exemple (ce Canada que bcp d étudiants citent en exemple), le niveau d’exigence est tout autre niveau des notes obtenues au DEC, sont élevées et souvent des « tests de niveau » suivant l université visée sont la règle.

    Ne pensez vous pas tous et vous y compris Mr Liégard, qu il est temps de tout mettre a plat y compris en se battant pour la tenue d état généraux de l éducation nationale ? Au lieu de stigmatiser un mini baby boom ?

    C est peut être la solution pour renvoyer Madame Laborde soigner des corps aux pieds ?

    buenaventura Le 7 février à 13:59
       
    • Les PTT, lol, comment se griller en une phrase ...

      Simon Le 7 février à 16:01
    •  
    • @Buenaventura - Même si je ne partage pas tous vos propos, votre conclusion sur la nécessaire remise à plat sans aucuns tabous de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de leur articulation m’apparaît comme tout à fait judicieuse. A ce titre, j’espère qu’elle est partagée par d’autres...

      carlos Le 7 février à 18:15
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  • À mon avis cette réforme n’est pas l’ultime. Le coup d’après c’est le système anglo-saxon.

    Dominique FILIPPI Le 7 février à 14:23
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  • Simon vous préférez la poste ?

    buenaventura Le 7 février à 16:34
       
    • ...oh le vieux daron pas frais...

      Carlos Le 7 février à 19:02
    •  
    • Nan... Décidément je fais pas illusion...

      Carlos Le 7 février à 19:02
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  • j’ai utilisé PTT a dessein, j’ai même eu la tentation d écrire, compagnie du gaz pour EDF et PLM , Paris Lyon Marseille pour SNCF.

    Je suis tellement habitué sur ce site a lire des post utilisant , les vieux dialectes, " luttes des classes, " "réformiste" et autres "anti communiste primaire" que je m’attache a me faire comprendre de tous même si pour cela je dois faire appel a des termes obsolètes ou tombés en désuétude.

    le vivre ensemble intergénérationnel passe surtout par le langage.

    Merci d’avoir rectifié vous même Carlos .

    buenaventura Le 7 février à 19:43
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  • Bonjour,

    Macron haut dans les sondages ? Ce n’est pas tout à fait ce qui ressort des différentes enquêtes du moment, non ? Personnellement je pense que la fonction est décroissante et pour un moment à mon avis, vu que les mesures rentrent dans chaque foyer désormais... même pas sur du tout de la présence d’un point d’inflexion en vue ! Après le pain blanc (la COM qui s’épuise), le pain noir (le ressenti des pauvres qu’on appauvrit face à la caste qui s’en met plein les fouilles !). Ce moment est des plus intéressants : c’est maintenant qu’il faut proposer L’Avenir en Commun !

    ecureuil66 Le 8 février à 09:54
       
    • @ecureuil66

      Tout a fait , dernier sondage Macron perd 5 points et E Philippe 9 points !

      Gege Le 8 février à 17:44
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  • Sur Parcoursup et son monde de marchandisation et sélection à outrance, voir sur le blog de Pascal Maillard (médiapart), l’excellent article intitulé :
    "Parcoursup : le dernier combat".
    Présentation : "Le combat contre la sélection à l’entrée de l’université est peut-être le dernier avant la rupture définitive des frêles digues qui nous protègent encore de la lame de fond de la défonctionnarisation et de la libéralisation totale de l’éducation. Contre Parcoursup et son monde : 10 thèses pour rester lucide et résister à la politique de Macron."

    Autrement Le 9 février à 16:03
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