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Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 20 février 2018

Face au rouleau-compresseur macronien, faire bloc avec des propositions

L’actuelle léthargie sociale et politique encourage le gouvernement à enchaîner des "réformes" que peut pourtant désapprouver une majorité de Français. La gauche de transformation doit lui opposer, sans plus attendre, une vision et des réponses concrètes.

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Les réformes conduites par Emmanuel Macron suivent un rythme ébouriffant. Avant même d’être votées, elles entrent en application, comme pour l’université. À peine les rapports remis, le gouvernement s’attelle à leur mise en œuvre, comme pour la SNCF. Le Parlement et le dialogue social, c’est du décor. Le président de la République s’alarme parfois de la montée de l’illibéralisme, cette forme de gouvernement élu qui malmène la séparation des pouvoirs et écrase les contrepouvoirs. Il s’y connaît.

Inlassablement, Emmanuel Macron et le gouvernement défont les équilibres passés. Le détricotage en cours est bien plus sévère qu’une cure d’austérité. Une autre France est en train d’émerger. Or ce processus de transformation libéral et autoritaire rencontre peu de résistances. L’opinion publique semble assommée et les oppositions sociales et politiques peinent à se faire entendre.

Carte blanche pour dégommer le passé

On pourra à bon droit dire qu’il y a une difficulté à organiser l’opposition face à un tel tourbillon. Il sera juste et nécessaire de relever les mobilisations pour l’hôpital, contre le délabrement des Ephad, contre les mesures anti-migrants de Gérard Colomb. Les luttes pour sauver ce qui peut l’être ne sont pas rien. Elles disent, autant que leur soutien par l’opinion publique, que le pays n’est pas devenu réactionnaire ou conservateur, gagné aux idées inégalitaires. Emmanuel Macron subit même un tassement de bonnes opinions de 6%.

Pourtant, cela finit par ressembler à une forme d’assentiment. Un sondage et une émission de télévision ont jeté un éclairage cruel sur ce constat.
Le sondage a été publié par Les Échos et il porte sur les projets de réformes de la fonction publique. Il ressort qu’une large majorité de Français, tous secteurs confondus et toute tendance politique mêlées, soutiennent le salaire au mérite, un plan de départ volontaire et même la mise en cause du statut de fonctionnaire.

L’émission, c’est celle du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Sur France 2 jeudi soir, il est parvenu à convaincre une très large partie des téléspectateurs (plus de 70%) de de son projet global. Comment comprendre que le pays soutient ces réformes qui pourtant vont fragiliser les salariés, aggraver les inégalités ?

Depuis des années, le thème du déclin de la France a dominé les débats publics et avec lui celui de l’irréformabilité du pays. Une majorité de nos concitoyens a fini par se convaincre du lien entre les deux et par vouloir que cela bouge. C’est au point de donner carte blanche au gouvernement pour dégommer le passé.

Car le "dégagisme", qui s’exprime avec encore tant de puissance, ne se nourrit pas seulement d’une crise démocratique. Il ne porte pas uniquement un regard sévère voire cruel sur les partis, les élus, les institutions. Il dit d’abord une profonde colère à l’égard d’une situation, une insatisfaction à l’égard des réponses apportées jusqu’alors et une demande de chambardement.

Reformuler une vision de notre société

Le "coup de pied dans la fourmilière" est en passe d’être donné. Il l’est de la pire des manières, aussi, du fait des faiblesses de la gauche qui se veut de transformation sociale, mais qui peine à porter un discours et des propositions à la hauteur des attentes.

Face au rouleau compresseur d’Emmanuel Macron, il n’y a pas d’autre chemin que la double réélaboration du projet et de ses traductions programmatiques. Les discours technocratiques, dépourvus de sens apparent, sont rejetés. La politique n’est rien sans fonction idéologique, c’est-à-dire si elle ne propose pas une analyse du monde. Mais les discours qui ne seraient qu’idéologie ne peuvent pas non plus convaincre un pays épuisé de voir tant de questions urgentes sans réponses. Le débat de l’entre-deux tours a été une acmé de la vacuité du discours de Marine Le Pen. Elle en a été lourdement et durablement sanctionnée.

Il faut donc reformuler une vision de notre société et l’articuler à une transformation du travail, du logement, du service public, de l’école, de la santé, de la fin de vie, de la ville, d’Internet, etc. Évidemment la crise profonde des partis n’aide pas. Christiane Taubira, dans la Midinale lundi dernier, faisait le constat de l’essoufflement du politique et elle le liait à la dissociation des politiques et des intellectuels.

Face à la politique conduite par celui qui faisait campagne avec un livre intitulé Révolutions et qui mobilise l’appareil d’État pour traduire en acte cette transformation libérale, il est urgent de renouer avec le double travail d’élaborations politique et de construction de propositions. Dans les années 60, la gauche a connu un moment de grand vide. Le PS était discrédité par sa politique coloniale. Le PCF ne sortait pas de sa gangue stalinienne. De Gaulle était en majesté. Le Nouvel observateur avait alors entrepris de reconstruire les réseaux intellectuels, de reformuler les idées, de raccorder la gauche aux mouvements profonds de la société... Ce travail dura une décennie et fut le socle de la conquête socialiste au sein de la gauche.

Le doute semble de moins en moins permis : il serait dangereux d’attendre le retour de balancier. Serait-il en notre faveur ? La gauche française peut s’affaiblir jusqu’à disparaître comme c’est advenu en Italie, en Allemagne… Il est plus que temps d’en prendre la mesure. Toutes les bonnes volontés doivent être sollicitées et considérées comme les bienvenues.

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Vos réactions

  • Que ceux qui nous ont mis dans cette merde, nous en sortent.

    irae Le 20 février à 20:23
       
    • je les soupçonne de s’y trouver très bien... sinon on nagerait pas dedans comme on le fait actuellement.

      carlos Le 27 février à 17:47
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  • "Les discours technocratiques, dépourvus de sens apparent, sont rejetés." Non. Ce qui se passe actuellement montre au contraire que les discours technocratiques fonctionnent parfaitement parce qu’ils sont vendus aussi bien par les politiques que par les médias comme opposés à une approche idéologique et comme scientifiques. En fait, ces discours sont uniquement fondés sur une dogmatisme intégriste à caractère religieux et sans fondements scientifiques. L’économie mainstream est une vaste escroquerie intellectuelle et ses thuriféraires le savent parfaitement : ils savent que leurs modèles sont faux et qu’ils sont incapables de représenter la réalité - il suffit de lire ce que les économistes mainstream disent dans leurs livres ou leurs cours - mais font comme si ça marchait : leur argument est que sinon on ne pourrait rien faire.

    contribuable Le 21 février à 08:29
       
    • absolument.

      carlos Le 27 février à 17:45
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  • Oui, la situation est effarante, comme l’est cet article.
    Votre regard ou champ de vision ne voit plus les "partis", normal les électeurs les ont pulvérisés.
    Ce qui est bizarre, ces mêmes électeurs font grandir une autre force, que vous avez décidément refusée de reconnaître, je veux parler ici de La France Insoumise. Celle-ci agit, pense, se bat etc etc autant d’actes que vous réclamez par ailleurs

    Boost Isabel Le 21 février à 11:53
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  • En préambule il est nécessaire de rappeler que les sondages ne produisent que des artefacts . Les enquêtes menées auprès de ceux qui suivent l’émission n’on pas grand sens . En effet on sait que pour les émissions politiques, l’invité est regardé très majoritairement par son propre camp . Partir de ces données pour dresser un constat ne reflète aucunement la réalité , ce qu’il est possible de dire c’est qu’elles influent sur la réalité .

    Le tableau de la « gauche » que nous dépeint C Tricot est tout à fait surréaliste. Pour elle à « gauche » c’est circulez il n’y a rien à voir ! La FI , l’Avenir en Commun , la 6eme république et sa constituante, replacer l’être humain et son environnement au centre du projet politique, la remise en cause des traités de l’UE ,tout cela ne constitue pas pour elle un projet d’avenir pour la « gauche », puisqu’elle n’en dit pas un mot, même pour critiquer. Que tout cela doit être amélioré, enrichi, approfondie, cela ne fait aucun doute . Et toutes les contributions sont les bienvenues .

    La lutte contre E Macron a commencé à la présidentielle, malheureusement la candidature de B Hamon et l’attitude des dirigeants du PCF n’ont pas contribué à la victoire de la « gauche » , au contraire. Et je crains fort que , et B Hamon , et le PCF , deux européistes béats, continue à l’avenir leur travail de sape .

    Gege Le 21 février à 12:38
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  • Titrer un article comme ça et ne faire aucune proposition à l’intérieur de celui-ci, c’est fort.
    Y a pas à dire.

    Mackno Le 21 février à 17:46
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  • TRICOT TRICOTTE UN PULL MAIS POUR QUELLE MICROCHAPELLE PCF ?

    Dominique FILIPPI Le 22 février à 16:28
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  • "Sans doute, face à la radicalisation de la droite, escomptent-ils être un pôle de stabilité raisonnable quand il faudra prendre la relève de Macron."
    Les socialistes survivants et les 2/3 de leur électorat sont avant tout anti-LFI comme leurs aïeux ou les mêmes étaient avant tout anticommunistes.
    Pour eux LFI ce sont des révolutionnaires intolérants qui menacent les libertés individuelles et collectives comme les PCF autrefois. Ces gens ne voteront jamais pour la vraie gauche car au mieux la peur et/ou au pire la haine du "rouge" les habite. Il n’y a pas entre eux et les gens de droite de différence fondamentale.
    Le 1/3 de l’électorat PS est allé sur JLM l’an dernier ce qui lui a permis -avec la dynamique de la campagne -d’atteindre le score de 19,58%. Cet électorat est de gauche. Ce 1/3 est reparti soit vers l’abstention pour l’essentiel soit parfois même a rejoint le bercail d’origine comme l’atteste les résultats de Haute-Garonne - dont on attend toujours l’analyse par JLM...
    Nous sommes donc en recul sensible depuis Juin dernier pour une part en raison du bombardement en nappes de la part des médias qui a bien compris qu’il fallait au plus vite réactiver sans cesse le procès contre LFI pour que cette fraction de l’électorat "PS" pour aller vite déclare forfait. Pour une part seulement.
    Pour une part seulement car LFI a fait comme si par la grâce d’une présidentielle réussie - essentiellement par un vote par défaut en faveur de JLM d’une fraction de l’électorat qui était allé en 2012 sur Hollande - on représentait désormais un Français sur 5 d’où les erreurs commises :
    Acharnement à défendre le folklore Vénézuélien alors que l’ALBA nous a peut-être fait perdre l’accès au second tour...et çà a continué pendant des mois jusqu’à la chienne de garde Salamé et la désastreuse Emission Politique dont aucun enseignement n’ a été tiré .
    " Deux pas avant" sur la conscience politiques des "gens" avec les appels au peuple sur la loi travail," le million sur les Champs" alors que nous étions déjà à l’automne en phase de repli et que macron venait d’être élu.
    "La haine des médias" qui n’est juste et saine que pour nous en tant que militants la subissant chaque jour...et qui nous éloigne de millions de personnes pour qui la "haine" et la "colère" ne sont pas des mots synonymes...
    Résultat...
    Une perspective politique égale zéro à l’horizon.
    Une défaite sociale lourde plus que probable sur les services publics et les retraites.
    "un pôle de stabilité raisonnable quand il faudra prendre la relève de Macron" qui n’est pas à exclure. Voir à nouveau la Haute Garonne où l’élu PS avait voté contre la confiance ...à l’approche des élections ses collègues feront aussi semblant de jouer les opposants de "gauche" car çà rapporte des voix ( 10000 voix gagnées en quelques mois par le candidat PS en Haute Garonne dés lors qu’il fait semblant d’être à gauche !)
    Qui aura sur ce blog l’envie de sortir enfin de l’entre soi dans lequel beaucoup semblent se complaire ?

    Dominique FILIPPI Le 21 mars à 16:37
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