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Accueil > Société | Par Guillaume Liégard | 21 mars 2018

Faut-il mettre les médecines « douces » sous chimiothérapie ?

Les thérapies "alternatives" font les frais d’une tribune au vitriol de la part de médecins et professionnels de santé. Comme eux, on peut s’alarmer d’une tendance qui tient à la fois du charlatanisme et du complotisme, et qui nuit gravement à la santé.

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Ils sont 124, médecins et professionnels de santé, et ils y vont à l’arme lourde contre les médecines dites "alternatives" dans une tribune parue dans Le Figaro. Dénonçant le « charlatanisme », la « fake médecine », le caractère coûteux et dangereux de l’acupuncture, de la mésothérapie et de l’homéopathie, c’est incontestablement un appel au vitriol plutôt qu’un granule 15 ch.

Les mesures proposées sont, elles aussi, radicales. Les signataires demandent ainsi l’exclusion de ces disciplines « ésotériques » du champ médical, la radiation des médecins qui continuent à les promouvoir et le non-remboursement des médicaments ou soins liés à ces pratiques. Bref, de quoi faire hurler non seulement dans toutes les yourtes, mais aussi de surprendre une grande partie des Français. Car il est vrai qu’au pays de Descartes, la rationalité tangue un peu et que le nombre de patients qui recourent à ces "médecines" est en nette progression.

La croyance et l’efficacité

Pourtant, lorsque le texte parle de « pseudo-médecines à l’efficacité non prouvée », il est presque indulgent. Pour l’homéopathie, par exemple, il existe des dizaines d’études qui montrent que les fameux granules n’ont aucun principe actif, et que le seul effet possible est l’effet placebo. Ces études n’ont pas seulement des résultats, elles ont aussi des protocoles, une démarche scientifique.

Manipulation des grands laboratoires pharmaceutiques par du personnel stipendié, nous dira-t-on ? Après le scandale de l’affaire Servier, la rapacité, mais aussi le caractère meurtrier de certains groupes pharmaceutiques n’est plus à démontrer. Mais l’auteur de ces lignes tient à affirmer qu’il n’est pas rémunéré par les labos et que l’écriture de cet article n’est pas un appel de pied pour arrondir ses fins de mois. On signalera, au passage, que le laboratoire Boiron, un des leaders de l’homéopathie dans le monde, n’est pas exactement une sorte d’Amap autogérée, mais lui aussi un solide groupe industriel.

« Mais ça marche ! », entendra-t-on ici ou là. À vrai dire, un placebo a réellement une efficacité relative. Tout parent connaît l’efficacité de la câlinothérapie pour réconforter son enfant victime de petits tracas, il n’en demande pas pour autant une déduction fiscale.

Et que dire de la religion ? Sans même évoquer Lourdes, la prière, pratiquée par des milliards de fidèles depuis des millénaires, a aussi démontré son utilité sans pour autant relever de la Sécurité sociale. Il n’y a donc absolument aucune raison que le système de santé français prenne en charge financièrement ces pratiques. Au fond, là où pour la médecine traditionnelle, « On y croit parce que ça marche », on pourrait dire ici qu’avec les médecines alternatives, « Ça marche parce qu’on y croit ».

Complotisme

Au moins ce n’est pas dangereux, objectera-t-on. Et c’est vrai, tant que ces pratiques ne prétendent pas soigner des pathologies sérieuses. Quand on n’est pas vraiment malade, il n’y a guère de raisons d’absorber des médicaments qui ont, eux, une action, voire des effets secondaires déplaisants.

L’interdiction et la radiation des contrevenants proposées par l’appel poussent sans doute le bouchon un peu loin. En revanche, les signataires sont tout à fait fondés à écrire : « Produisant un discours à la limite du complotisme, entretenant la confusion dans l’esprit du public entre médecine scientifique et croyances, ces disciplines à la tête desquelles trône l’homéopathie font du mal bien plus que du bien ». Au Canada, l’essor des "vaccins homéopathiques", « aussi efficaces voire plus » que les vaccins traditionnels a tout de suite rencontré un gros succès : une belle épidémie de rougeole.

Vu les enjeux financiers, leur passé, leurs pratiques, il n’y a aucune raison de faire confiance aux grands labos pharmaceutiques. Mais la dimension totalement complotiste, parfois elle aussi intéressée financièrement, des anti-vaccins est intolérable.

Portée en France par tout une mouvance, notamment dans le sillage de l’eurodéputée Michèle Rivasi, le taux de couverture vaccinale tend à baisser dangereusement. Pourtant, en 2016, dernière année connue, 89.780 décès liés à la rougeole ont été recensés dans le monde. En 2000, ils étaient 750.000, et dans les années 1960, avant l’arrivée de la vaccination 6 (oui, 6 !) millions. C’est à cette aune qu’il faut apprécier les prouesses des anti-vaccins.

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  • Enfin un coup de gueule contre les charlatans !!!

    Mais c’est curieux d’appeler la médecine qui cherche des réponses scientifiques "médecine traditionnelle"

    Pierre Defontaines Le 21 mars à 21:07
       
    • oui j’en conviens le terme n’est pas heureux

      Guillaume Liégard Le 22 mars à 12:34
  •  
  • La science expérimentale a toujours condamné l’empirisme sous prétexte qu’elle n’en comprend ni n’en maîtrise ni les principes ni les processus ni les effets. Donc, il faut dérembourser l’homéopathie quand bien même elle soulage de nombreux maux. Rien ne doit échapper aux grands esprits scientistes et surtout nous sommes tous conviés à entrer de plus en plus dans une société du tout contrôle... mais sous contrôle de qui ? Et pour quoi ? Qui croira que l’allopathie ne présente aucun danger après les scandales à répétition qu’on a connus ? À ce que je sache, personne du moins n’est mort de s’être soigné avec du Sulfur, du Nux Vomica ou de l’Urtica Urens !

    Geraldine Chanteperdrix Le 22 mars à 01:09
       
    • Donc, il faut dérembourser l’homéopathie quand bien même elle soulage de nombreux maux.

      Source qui montre que c’est le cas ? Actuellement toutes les études qui ont été faites sur l’homéopathie démontrent qu’elles ont l’effet placebo, à savoir le même effet que de se voir donner des boules de sucre par un praticien (en même temps spoiler : ce sont des boules de sucre).

      L’argument « oui mais je connais machin pour qui ça marche » ou « j’ai fait ça sur moi, ça marche » ne tient pas. On ne montre pas qu’un système est efficace par des personnes qui disent dans leur coin « pour moi ça marche ». On évalue cliniquement. A ce moment là, je demande le remboursement de mes frais de medium et de vaudou parce que je considère que « pour moi ça marche », c’est le même raisonnement.

      Par ailleurs pour :

      personne du moins n’est mort de s’être soigné avec du Sulfur, du Nux Vomica ou de l’Urtica Urens

      C’est encore à vérifier (voir plus loin). Mais ça donne une caution à des méthodes qui par l’expérience ont été évaluées inefficaces. Et ça a deux effets pervers :

       on donne des « médicaments » (qui n’en sont pas) pour des pathologies où un médecin devrait juste dire "rentrez chez vous, reposez vous ça va passer (grippe/rhume/etc). Et chez les gens ça induit un raisonnement « j’ai un truc qui va pas » -> « il faut que je prenne quelque chose », ce qui n’est pas bon.

       il y a des gens qui commencent à utiliser des choses comme l’homéopathie pour guérir des cancers. Et ça, c’est pas bon. Du tout. Cette étude en parle par exemple : https://academic.oup.com/jnci/article/110/1/121/4064136 . Qui a montré qu’en retardant la prise de traitements efficaces contre les cancers, l’utilisation d’homéopathie à la place fait exploser le risque de décès.

      KsassPeuk Le 22 mars à 09:10
  •  
  • Vive la dictature du tout allopathique ! La médecine expérimentale n’ayant jamais prouvé que l’âme ait un poids, celle-ci n’existe pas. Et alors même que le gouvernement insiste sur l’importance de la prévention, toutes les médecines alternatives qui sont pour l’essentiel préventives seraient toutes à jeter à la poubelle.
    Quant aux médecines chinoises ou ayurvédiques, elles ne sont pas occidentales donc elles ne sauraient aider en rien nos organismes franco-Français. Et sus à l’homéopathie bien sûr quand bien même le principe actif des granules provient de teintures-mères de plantes ou d’oligo-éléments selon un dosage précis. Mais non, la science ne prouve pas ! Donc, les effets bénéfiques n’existent pas.

    Geraldine Chanteperdrix Le 22 mars à 13:05
       
    • Et sus à l’homéopathie bien sûr quand bien même le principe actif des granules provient de teintures-mères de plantes ou d’oligo-éléments selon un dosage précis.

      Précis c’est le moins qu’on puisse dire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oscillococcinum . « On peut calculer qu’un tube contient moins de 1×10^(-400) gramme issu du canard, soit beaucoup moins qu’un seul atome » (Note : j’utilise wikipedia comme caution, mais le calcul est facile à faire soi-même).

      C’est fort quand même. On a ici un produit qui arrive à faire de l’effet avec une quantité de principe actif qui est de très loin inférieure au poids d’un atome.

      (Et au passage du coup, l’homéopathie a trouvé comment casser des particules plus petites que les électrons ! On croirait de la magie ...).

      KsassPeuk Le 22 mars à 13:50
    •  
    • @Ksass - Pour ceux qui seraient un peu trop campés sur leurs certitudes, je vous engage au moins à une lecture rapide et non moins instructive du dossier "Médecines alternatives et complémentaires" dans la rubrique "/Vos-dossiers-sante/Prises-en-charge/" sur le site hopital.fr... On peut en déduire sans trop se tromper qu’il y a un réel intérêt à recourir aux Médecines alternatives et complémentaires en terme de Santé Publique, et donc qu’étudier sérieusement la nécessité de procéder à leur remboursement n’est pas que le résultat d’une escroquerie à grande échelle profitant notamment aux grands laboratoires (comme Boyron par exemple)...

      Pour autant, la question de la mise sur le marché des produits homéopathiques notamment, mérite d’être totalement revue, mais au même titre que celle des médicaments allopathiques dont on demande à ceux qui les fabriquent de produire les études d’impacts éventuels... Au delà de cela, c’est la question du cadre de prescription ou de l’auto-prescription qui est posée et de la responsabilité des professionnels de santé qui l’"encadrent". Si les pharmaciens s’inquiètent de celles qui est la leur lorsqu’ils conseillent (façon amstramgrame) telle boîte plutôt qu’une autre, alors il faut prendre au sérieux le fait que des études consciencieuses puissent être menées sur les effets "constatés" auprès de patients "tests"... On ne peut pas se contenter en effet du peu d’études réalisées pour arguer d’une quelconque rigueur intellectuelle et scientifique dans l’affirmation que les M.A.C.s relèvent toutes du charlatanisme (études indubitablement ridicules en termes quantitatifs... et pas forcément toutes "à charge", compte tenues des expérimentations positives dans les services hospitaliers) !

      carlos Le 22 mars à 14:34
  •  
  • Qui est ringard et passéiste ?

    La médecine officielle, dogmatique, académique ne rec onnaît que ce qui sert son discours.

    Ce qui est considéré comme fumeux, superstitieux, etc. est

    □ Parfois

    □ Souvent

    □ Ne se prononce pas

    ce qui n’a pas encore été « découvert » par le DOGME, donc « reconnu »…

    Pas besoin d’être con plotiste pour flairer pas loin certains groupes organisés, industriels et criminels quoique chouchoutés par certains pouvoirs bien câlinés.

    Mais, ni ici, ni là, pitié, pas de dogmatisme, pas de projection incontrôlée, pas de manichéisme et pas d’amalgame.

    Mouise Lichel Le 28 mars à 19:15
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