Accueil | Par Catherine Tricot | 22 janvier 2018

Les mots et les formes de la contestation

Chaque jour, un membre de la rédaction de Regards prend la plume pour livrer son humeur. Lundi, c’est Catherine Tricot qui s’y colle... pour analyser l’émergence des contestations, aux Etats-Unis comme en France.

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Donald Trump vient de célébrer son premier anniversaire à la maison blanche. De l’activisme tout azimut, il y en eut sans relâche au cours de l’année. « Le 45e président » s’est beaucoup agité pour remettre en cause l’Obama Care, interdire sur le territoire américain les ressortissants de certains pays musulmans, prolonger le mur avec le Mexique, menacer l’interruption volontaire de grossesse, mettre à mal la presse et la neutralité du net, déstabiliser l’Organisation des Nations Unies et le multilatéralisme, mettre en place une nouvelle réforme fiscale, sortir les Etats-Unis des accords contre le réchauffement climatique, relancer la politique en faveur des industries carbonées, etc.

Les sujets de contestation sont légions. Mais le Parti Démocrate est toujours à la peine, encore groggy par l’échec de sa candidate. Ce sont les femmes et les mouvements féministes qui ont relevé le gant en marquant cet anniversaire du sceau de la contestation. Trois millions l’an passé, en masse cette année encore, les femmes sont descendues dire leur opposition au raciste et au misogyne de la Maison-Blanche. L’affaire Weinstein a alimenté la mobilisation. Nombreuses pancartes #metoo étaient brandies dans les cortèges.

La résistance passe par les femmes

Mais la mobilisation était beaucoup plus générale. C’est sur le terrain politique que les militantes se sont placées : « L’objectif du jour est d’enregistrer des centaines de milliers d’électeurs à travers les Etats-Unis ». Le but est clair : assurer la défaite politique du camp Trump lors des élections de mi-mandat dans moins d’un an. Les féministes trouvent à leur côté, les villes contre le réchauffement climatique, le mouvement Black lives maters, les femmes d’Hollywood et une mobilisation inédite des musiciens... Bernie Sanders en avait eu l’intuition : l’alternative et l’énergie du changement viendra de la société américaine.

De notre côté de l’Atlantique, le président Macron déroule son programme avec une énergie tout aussi débridée. Sa politique accumule les raisons de s’opposer. Tapis rouge pour les dirigeants autoritaires de ce monde. Diner de gala pour les patrons multimilliardaires des multinationales en escale à Versailles avant Davos. Mise en cause du service public français de l’audiovisuel et annonce un tribunal de la vérité contre les « fausses nouvelles ». Installation dans l’ordre ordinaire des mesures d’exceptions de l’état d’urgence. Facilitation des licenciements collectifs à grande échelle. Mesures fiscales pour les plus riches acteurs de la finance. Politique immorale à l’endroit des migrants.

Des deux côtés de l’Atlantique, la contestation en actes

Cette liste donne le tournis par ses similitudes avec l’agenda ultra-libéral du président peroxydé. Comme aux États-Unis, c’est la société qui prend le devant de la contestation. La semaine qui vient de s’achever a été marquée par la victoire des zadistes qui ont su inventer les formes d’une résistance pour tenir bon contre l’aéroport du bocage et pour un autre monde. Elle marquera peut-être un tournant avec l’émergence d’un front opposé à la politique migratoire du pouvoir. On se souvent qu’en 1997, l’appel des cinéastes en faveur de la régularisation des sans-papiers avait couté très cher à Chirac et ses sbires. Là encore, c’est l’alliance des associations, des intellectuels et des artistes qui assurent son retentissement à cette mobilisation montante. Ils ont mis sur le devant le refus de cette honte française : l’inhumanité d’Etat à l’endroit des migrants et des réfugiés.

N’importe quel sujet peut catalyser l’opposition à une politique cohérente. Quand la politique est en panne, ce sont les thèmes les plus globaux, ceux qui s’attachent aux valeurs essentielles qui expriment refus et exigence. Plus encore que les partis, on trouve alors les intellectuels et les artistes en détonateur. Parole à l’un d’eux dans Libération ce matin, Yann Moix qui écrit, filme, agit : « J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé. J’affirme, M. le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé. »

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  • Vous citez Yan Moix qui fait part de son indignation concernant le sort inhumain réservé au migrants , c’est très bien. Mais on constate que pour certains, comme Yan Moix , l’indignation est sélective , quid des pauvres et des chômeurs partout dans l’EU broyés par les politiques austeritaires et néolibérales , pour ne parler que de ceux la .

    Il ne s’agit pas d’opposer le malheur des uns au malheur des autres. Comme l’a dit très justement F Ruffin à la soirée des Césars , parlant des victimes du néolibéralisme : « pourquoi ça dure comme ça depuis 30 ans ? Ca dure comme ça depuis 30 ans parce que se sont des ouvriers qui sont touchés et donc on en a rien à foutre si c’etait... » .

    Gege Le 22 janvier à 13:51
       
    • Exact mais bien avoir à l’esprit que LFI a un électorat composite avec des niveaux de conscience politique très hétérogènes donc ne pas paraître comme des exagérés . IL FAUT RASSURER LE PETIT BOURGEOIS (majoritaire et dans l’électorat JLM et encore plus au plan national) sinon c’est la peur du chaos Vénézuélien, le soi-disant socialo-islamisme d’ OBONO (que ce soit fondé ou pas), le goulag au loin qui pointe. Je ne sais pas si tout le monde réalise dans ce blog et ailleurs ce que représente un premier vote pour ceux que l’enfer médiatique présente comme suspect d’attenter à la liberté !Si on en avait conscience pleinement...on aurait pas fait toutes les conneries depuis Mai dernier . JLM doit reprendre en main les gauchistes de son entourage. Sinon c’est l’échec garanti. Il semble avoir pris la mesure du danger très récemment. Il faut aller encore plus hardiment en ce sens par exemple qu’il faut arrêter à NDL de soutenir la dérive gauchisante de certains qui vont tomber dans le piège tendu par Macron , qu’il faut arrêter de soutenir le folklorique Maduro, qu’il faut arrêter de déverser des seaux de moraline sur fond d’appartements parisiens en soldes. Pour ce qui nous concerne arrêter de proposer la démocratie pour les autres et aucune élection pour notre direction en prétendant qu’il n’y a que des orateurs nationaux alors que LFI reste une machine électorale au service d’un homme aussi admirable soit-il. Donc cessons de nous moquer du monde SINON LES GENS RETOURNERONT CHEZ BATHO, CHEZ HAMON . Et je ne parle pas de notre position catastrophique sur l’Europe migratoire et équivoque au plan économique...Il est encore temps d’arrêter de refaire fonctionner la machine à perdre . Le tiers des électeurs de Mai est déjà parti...encore un tiers ? Arrêtons la dérive gauchiste de LFI.A quand les scouts LFI, les alcoves LFI, les écoles LFI...Ne refaisons pas un PCF BIS. On aura le même résultat .

      Dominique FILIPPI Le 22 janvier à 14:27
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  • Vous citez Yan Moix qui fait part de son indignation concernant le sort inhumain réservé au migrants , c’est très bien. Mais on constate que pour certains, comme Yan Moix , l’indignation est sélective , quid des pauvres et des chômeurs partout dans l’EU broyés par les politiques austeritaires et néolibérales , pour ne parler que de ceux la .

    Il ne s’agit pas d’opposer le malheur des uns au malheur des autres. Comme l’a dit très justement F Ruffin à la soirée des Césars , parlant des victimes du néolibéralisme : « pourquoi ça dure comme ça depuis 30 ans ? Ca dure comme ça depuis 30 ans parce que ceux qui sont touchés, ce sont des ouvriers , et donc on en a rien à foutre si c’etait... » .

    Les profits symboliques que peut procurer une indignation publique sont différents , celon « l’objet » de l’indignation , d’ou cette sélection manifeste.

    Gege Le 22 janvier à 14:07
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  • Précisément, nous sommes dans une situation où l’opinion publique déboussolée par les effets d ’annonces et tétanisée par la violence de la politique mise en oeuvre dans ce début de quinquennat Macron, hésite entre consentement et mécontentement, abattement et contestation. Cet entre deux ne peut pas durer indéfiniment. Les motifs d’indignation se multiplient, mais si nous en sommes à la contestation, nous sommes encore loin de la révolte, et encore très loin de la révolution. Oui da !

    Richard N Le 22 janvier à 15:36
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