photo Les morts de la rue / collage RadaK
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 14 février 2018

SDF : comment le gouvernement s’est déshonoré

Pour justifier la non-réalisation de la promesse d’Emmanuel Macron de ne plus voir de SDF dans les rues avant la fin de 2017, le président et son gouvernement s’enfoncent dans le déni et l’indignité.

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« Je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois, d’ici la fin de l’année 2017. » Ainsi s’exprimait le président Emmanuel Macron, lors du discours sur sa politique migratoire, à Orléans, le 27 juillet. L’annonce paraissait bien péremptoire et pour tout dire franchement prétentieuse. Grisé par ses succès électoraux, le Jupiter élyséen se rêvait peut-être alors, en roi thaumaturge qui vous guérit des écrouelles à coup de « Je veux ».

Péché d’orgueil ? Suffisance présidentielle ? Mais n’était-ce pas surtout un de ces spots publicitaires dont ce gouvernement a le secret, masquant derrière des propos humanistes une politique ignoble ? Les associations d’aide aux migrants se rappellent parfaitement que, ce même mois de juillet 2017, l’État a fait appel de la décision du tribunal administratif de Lille enjoignant au gouvernement de mettre en place des mesures d’aide aux réfugiés.

La faute aux sans-abri

Avec l’hiver et l’arrivée du froid, le grand n’importe quoi allait pouvoir s’emballer. Jamais en retard dès lors qu’il s’agit de proférer une énormité, c’est Christophe Castaner, le président de LREM, qui dégainait le premier en affirmant le 30 décembre sur BFMTV : « La promesse de l’État, c’est de garantir des places d’accueil et vous avez, à l’heure où je vous parle, encore des places d’accueil disponibles en Île-de-France et dans les grandes villes. Peut-être pas assez, il faut un peu de temps pour améliorer cela ». Avant d’ajouter : « Ensuite, il y a des hommes et des femmes qui refusent aussi, dans le cadre des maraudes, d’être logés ».

Bref, on a tenu nos promesses et ce n’est pas de la faute du gouvernement si les SDF ne veulent pas être hébergés. Le président du Secours catholique, Bernard Thibaut, avait immédiatement et sévèrement taclé en invitant dans un tweet Christophe Castaner à se joindre à une maraude « pour prendre la mesure de l’indécence de son affirmation. Merci de ne pas ajouter à la souffrance des personnes sans-abri une propagande niant leur combat quotidien pour rechercher un hébergement pérenne ».

De son côté, le 30 janvier, le secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, affirmait sans rire que pour l’Île-de-France, « C’est à peu près une cinquantaine d’hommes isolés pour être très précis ». Pourtant, mi-janvier, pour le seul 10e arrondissement de Paris, une expérimentation de décomptage des SDF a été menée, donnant le résultat de 450 personnes dormant dans la rue pour ce seul arrondissement.

Pour être « très précis », à notre tour, disons qu’un secrétaire d’État en charge d’un dossier qui dit de telles énormités devraient être illico remercié (ou « libéré » comme on dit dans les start-up). Face à la levée de boucliers devant l’énormité de tels propos, il se trouvait quand même un député LREM pour en remettre une louche. « Pour l’immense majorité de SDF qui dorment dans la rue, c’est leur choix », déclarait ainsi Sylvain Maillard, député de Paris. La réponse la plus cinglante est venue de Sylvain, le SDF 2.0, sur Europe 1.

Le déni des chiffres

La communication gouvernementale semble avoir changé, ces dernières heures. Emmanuel Macron a dû reconnaître l’évidence : « Nous n’avons pas réussi ». Mais tel un petit garçon pris le doigt dans le pot de caviar, il ne voit qu’une explication au cafouillage sur les chiffres (ici, par exemple) : « II y a un problème de méthodologie dans le comptage de ceux qui dorment dans la rue ».

Un élément de langage aussitôt repris par le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard sur les bancs de l’Assemblée. Dans une affligeante réponse à la question du député LFI, Adrien Quatennens, le ministre n’avait rien d’autre à dire que : « Et moi je ne me suis jamais lancé dans des querelles de chiffres ».

Et bien si, justement, parlons chiffres, car ils sont épouvantables. Rien qu’à Paris, onze sans-abri sont morts depuis le 1er janvier. Selon le collectif Les morts de la rue, ils seraient déjà au moins 38 pour l’ensemble de la France. Sur le même site, on apprendra qu’ils ont été au moins 459 à mourir dans la rue en 2017, avec un âge moyen du décès de 49,8 ans, et qu’ils étaient 501 en 2016, avec un âge moyen de 49 ans.

Loin des piteuses circonvolutions gouvernementales, il est temps de prendre la mesure du problème. Évidemment, cela nous éloignera des préoccupations des « premiers de cordée ».

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