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Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 11 avril 2018

Un Jupiter à l’eau bénite

Le calendrier religieux de l’Église catholique, romaine et apostolique était formel : ce lundi 9 avril était jour de la fête de l’Annonciation. Et question annonce, on ne fut pas déçu. Grâce au président de la République, ce fut un festival.

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« La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas. » Stendhal

* * *

La journée avait commencé pour Emmanuel Macron par une belle rencontre avec le charmant prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salman. L’homme est certes un hérétique qui se trompe de Dieu, mais promis à diriger un pays où l’État a gardé un lien fort avec la spiritualité. Le wahhabisme sait traiter comme il se doit les individus habités par le malin et les esprits forts : dans cette brave contrée, l’athéisme est puni de la peine de mort et, régulièrement, on décapite pour sorcellerie.

Surtout, c’est un pays qui sait châtier comme il se doit les voisins déplaisants ou impolis, comme ces Yéménites. Certains parlent de crime de guerre, voire de crime contre l’humanité. Il n’en est rien. Les Saoudiens n’affament pas la population du Yemen par un blocus économique, ils lui apprennent l’ascèse. Ils ne les massacrent pas, ils leur apportent un repos bien mérité auprès d’Allah.

Seule ombre au tableau, la guerre s’enlisant quelque peu, les armes et les munitions françaises viennent quasiment à manquer. C’est la raison pour laquelle notre saint président se rendra sur place « en fin d’année » pour signer des contrats sans doute libellés en deniers.

L’Église contre la République

Mais dans la journée du pèlerin de l’Élysée, cette rencontre n’était que l’office de matines, une hostie d’apéritif. Le cœur de son sujet du jour, c’était l’homélie qu’il devait prononcer à la Conférence des évêques de France. Vêtu de son cilice le plus rugueux, il est venu mortifier la République, cette gueuse, avec en ligne de mire l’ignoble loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État.

Citons ici, quelques propos du Chanoine de Latran devant des prélats tout émoustillés : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé et qu’il importe, à vous comme à moi, de le réparer ». Mais de quel lien abîmé est-il question ? Et d’ailleurs pourquoi faudrait-il qu’existe un lien entre l’Église et l’État ? Il est vrai que l’Église catholique n’a jamais vraiment admis la perte de son pouvoir temporel. De la Révolution française à la fin de la seconde guerre mondiale, elle s’est ingéniée et acharnée contre l’existence même d’une République.

Tout promeneur qui pénètre dans la basilique du Sacré-Cœur édifiée sur le sang des communards, pourra lire au-dessus du Christ : « GALLIA POENITENS », c’est à dire « France, repens-toi » : repens-toi de la Commune, repens-toi de la Révolution française. C’est peu dire qu’une phrase présidentielle comme « La France a été fortifiée par l’engagement des catholiques » relève du révisionnisme historique.

Sermon présidentiel

À la bataille frontale contre la loi de 1905, l’Église catholique préfère depuis des décennies un lent travail de sape qui n’est pas sans succès. La loi Debré du 31 décembre 1959, sorte de concordat scolaire, a ainsi permis à de Gaulle d’opérer un remariage entre l’Église et l’École.

Mais le sermon présidentiel ne laisse pas d’étonner. Victime sans doute d’une insolation digne d’un chemin de Damas, les oreilles mécréantes ont pu entendre cette incroyable parole de foi : « Chaque jour, l’Église accompagne des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l’avortement en essayant de concilier ses principes et le réel ». Que des chrétiens à titre individuels le fassent, c’est plus que probable, mais l’institution ? Une plaisanterie.

Faut-il rappeler que dans la période récente, le Vatican a bloqué à deux reprises la nomination d’un ambassadeur français auprès du Saint-Siège : une première fois parce qu’il s’agissait d’un diplomate deux fois divorcé – d’où une vacance de poste de 2007 à 2009 –, une seconde en raison de l’homosexualité de l’ambassadeur envisagé – nouvelle vacance de mars 2015 à mai 2016.

Un Américain à Paris

Les propos du président de la République ont évidemment suscité un élan de béatitude parmi les prélats : « Je pense que le discours [de lundi] est un discours qui fera date dans l’histoire des relations entre l’Église catholique et l’Etat », a déclaré sur France Inter le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau Dumas.

Les propos récents font écho à d’autres déclarations d’Emmanuel Macron. En 2015, il affirmait dans un entretien à l’hebdomadaire Le 1 : « La démocratie souffre d’une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi ». Décidément, quel drôle de républicain tout de même.

Au fond, Emmanuel Macron est bien un Américain à Paris. Non pas dans une version Gene Kelly, mais dans celle d’un banquier d’affaire anglo-saxon biberonné aux inégalités et à l’individualisme forcené du vae victis. Comme aux États-Unis, un tel projet de société a besoin de beaucoup d’opium du peuple pour perdurer.

Amen.

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Vos réactions

  • Lors de la campagne présidentielle, le "Canard Enchaîné" avait fait part d’un petit déjeuner de Macron avec un des curés meneurs de la Manif pour tous, information non reprise dans aucun média. Son discours est donc dans la droite ligne de l’association tant regrettée par la droite du sabre et du goupillon.

    contribuable Le 12 avril à 10:30
       
    • C’est la manu.bondieuserie.com....

      Dominique FILIPPI Le 15 avril à 11:15
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