Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 28 mars 2018

Valls, un spectre très médiatique

Il n’est plus rien, il ne représente rien, il a tout raté… et il est invité partout. Reconnaissons-le, il y a bien un mystère Valls, ou pour le moins une incongruité médiatique. Son curriculum vitae est pourtant lesté comme celui d’un multirécidiviste.

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Principal artisan, avec François Hollande, de la déroute du quinquennat précédent, il aura réussi à rétrécir l’espace de son parti, façon chef des Jivaros. Rappelons la prouesse qui ne sera sans doute pas égalée avant longtemps ! Il a tellement détruit son camp qu’il n’y avait pas de candidat défendant l’orientation du quinquennat à l’élection présidentielle.

Politique libérale, dérive autoritaire, restriction des libertés, coups de menton énergiques, les trois années du premier ministre Valls auront été un festival. Avec au bout, la nette défaite aux primaires face à Benoît Hamon. Il y a peu, sur les ondes d’Europe 1, il déclarait « la social-démocratie est en fin de cycle, le PS est mort ». L’affirmation n’est certes pas sans fondement, mais curieuse dans la bouche d’un des principaux meurtriers. Mais peut-être que le propos relève du vieil adage : un assassin revient toujours sur les lieux du crime ?

Boudu sauvé des eaux aux législatives

Il se voyait président de la République, le voilà donc député apparenté. Et encore, difficile de dire que ce mandat fut acquis dans le cadre d’une compétition libre et non faussée. Il ne doit son élection qu’à l’extraordinaire – l’étonnante ? – mansuétude du Conseil constitutionnel.

Face aux recours déposés par sa rivale de la France insoumise après une courte défaite de 141 voix, et alors que quatre bureaux ont beaucoup tardé à communiquer leurs résultats, celui-ci a tranché, n’estimant qu’à 61 les suffrages litigieux : « Ces suffrages irréguliers restant en nombre inférieur à l’écart de voix entre les deux candidats du second tour, cette irrégularité ne saurait conduire à l’annulation des opérations électorales ».

On pourrait donc résumer l’arrêt du Conseil par : il y a bien eu tricherie, mais apparemment ça n’a pas faussé le résultat du vote. Se revendiquer urbi et orbi ardent défenseur de la République, mais avoir des méthodes de satrapes, c’est donc ça aussi Manuel Valls.

Valls, le renouveau identitaire

L’ancien premier ministre n’a jamais incarné la gauche du PS, mais depuis quelques années, il se surpasse dans une frénésie identitaire, au point de prendre ses désirs nauséabonds pour des réalités. Tout en lucidité et perspicacité, il avait estimé en avril 2016, que la présidentielle de 2017 se jouerait sur « la bataille culturelle et identitaire ». On connaît la suite.

Cette obsession à camper sur les thèmes de l’extrême droite lui avait valu, à la même époque, la une de l’hebdomadaire Le Point avec le titre : « Valls, la gauche Finkielkraut » (si vous avez oublié cette perle). Au-delà de l’oxymore de bon niveau – on attend « l’extrême droite Blum » ou la « culture Morano » –, il faut reconnaître à ce numéro d’acter que Manuel Valls est désormais étranger à ce qu’est la gauche dans ses infinies nuances.

Libéral, sécuritaire, identitaire : c’est bien sur les thématiques de la droite extrême qu’il se situe désormais. Un Wauquiez sans parka rouge en quelque sorte. Officiellement, Manuel Valls promeut une « laïcité exigeante ». En réalité, il ne s’agit là que d’un habillage pour fustiger une seule religion, dans un amalgame aussi douteux qu’irresponsable : l’islam.

Une laïcité de plaisantin

Entre deux dîners du Crif, on l’aura par exemple vu soutenir le gouvernement de Rajoy dans la crise catalane. Pourtant, le Parti populaire, repaire des anciens franquistes et de l’Opus Dei, n’est pas un parti de droite classique, au point que l’ancien premier ministre se verra rabrouer publiquement par sa propre sœur.

Mais son voyage en Israël, en septembre 2017, est plus symptomatique encore. Si Netanyahou est encore plus corrompu que Rajoy, c’est au côté de la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, qu’il a souhaité s’afficher tout sourire (lire le compte rendu dans Actualités juives). Cette dernière, numéro 2 du parti d’extrême droite Foyer juif, est une ultranationaliste décomplexée susceptible de dérapages ignobles.

Dans un post Facebook, elle a écrit à propos des Palestiniens :« Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang devrait leur retomber sur la tête. Cela inclut également les mères de martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient partir, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Sinon, d’autres petits serpents y seront éduqués ». Bref, un appel aux meurtres de masse. Et une bien charmante compagnie, en somme.

Au fond, la saturation médiatique par Valls fait penser aux multiples passages inexpliqués de Claude Allègre sur la question du réchauffement climatique. Comme lui, il raconte n’importe quoi, mais vous pouvez être sûr que chaque intervention se caractérisera par une sortie ignoble ou une petite phrase qui fait le miel de biens des journalistes. De quoi occuper les antennes pour la journée.

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  • MALHEUREUSEMENT LES FANTOMES REVIENNENT UN JOUR...

    Dominique FILIPPI Le 28 mars à 19:08
  •  
  • c’est qui ?

    carlos Le 29 mars à 09:24
       
    • Il ne faut pas dire jamais en politique.....

      Dominique FILIPPI Le 29 mars à 16:36
  •  
  • " Que la FI assume un discours claire de lutte contre l’immigration de masse et de rééducation des réfugiés réactionnaires

    Sacré Kheymrad , on reconnaît bien la dialectique des rouges bruns mi identitaire , mi "soralien" C’est tellement lourd comme rhétorique que ce deviens drôle !

    Surtout ne change rien a ta prose , c’est bon de rire en ces temps moroses

    buenaventura Le 31 mars à 00:47
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  • Manuel Valls pourrait ètre le candidat espagnoliste à la mairie de Barcelone pour le parti néolibéral-autoritaire d’ultra-droite Ciudadanos (oups : "centristes" !) contre les méchants "terroristes" catalanistes ? (et certes pour le moment, contre les pourris du Partido Popular de Mariano Rajoy). Finalement dans son fanatisme, une trajectoire assez fascinante, mais inquiétante aussi : la violence, mème médiatique, des politiques se retrouve souvent dans la violence de leurs politiques et de leurs polices. Valls, on l’a subi en France, j’espère que les Espagnols/Catalans sauront l’éviter.

    jompise Le 25 avril à 20:01
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