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Accueil | Par Pierre Jacquemain | 23 janvier 2018

« Y a qu’à, faut qu’on », la danse du ventre d’Emmanuel Macron

Grand séducteur de patrons internationaux, habile metteur en scène de sa propre image, le président français ne promeut en réalité que des recettes simplistes et inefficaces pour l’emploi.

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Comme si les médias français ne tarissaient pas suffisamment d’éloges sur l’hôte de l’Élysée, la séquence d’Emmanuel Macron avec la BBC a visiblement conquis la presse outre-Manche. Dithyrambique ! En France, on redouble d’extase en s’apercevant que le président suscite autant de convoitise parmi les confrères de l’étranger dans un contexte où, du Royaume-Uni jusqu’aux États-Unis, les dirigeants ne provoquent pas vraiment le même enthousiasme. Et c’est peu dire. Donald Trump et Theresa May, bien malgré eux, donnent des ailes au jeune Emmanuel Macron.

Et l’invitation ce lundi, sous les ors de la monarchie, des cent cinquante plus grands patrons du monde ne pouvait que conforter cette presse désormais unanime, alors même que ce rendez-vous s’est déroulé à huis-clos, sans que personne ne s’en émeuve.

Entreprises à la fête

L’amour rend aveugle. Aveugle au point d’en oublier l’essentiel : que certaines de ces entreprises – à commencer par Goldman Sachs –, sont responsables de la crise des subprimes de 2008 ; sont coupables d’avoir misé sur la faillite de l’État grec et de s’être ainsi enrichies sur la misère d’un peuple entier – avec la complicité des institutions européennes. Que d’autres mènent des politiques managériales qui génèrent souffrance au travail et autres burn-out, comme on le voit au McDonald’s Villefranche-de-Rouergue où les salariés ont franchi le cap des 150 jours de grève.

Alors sans doute doit-on se réjouir de l’intérêt qu’on ces grands groupes pour la France. Sans doute aussi, doit-on dans le même temps se poser les bonnes questions, et s’interroger sur les raisons qui poussent ces entrepreneurs à s’installer en France. Sans doute alors s’apercevra-t-on que dans un pays où l’État a cédé une partie de son pouvoir pour "libérer" l’économie et redonner de la "souplesse" aux entrepreneurs avec une fiscalité avantageuse et un emploi précarisé, les entreprises ne peuvent que se réjouir. Et nos gouvernants avec.

On les connaît par cœur, les éléments de langage entendus depuis hier soir jusqu’à tôt ce matin lors des matinales des chaînes de télé et de radio, des députés de la majorité qui se glorifient de la création de 700 postes dans le Nord, usine Toyota d’Onnaing. Et c’est bien. En revanche, il y a moins de monde pour commenter la décision du groupe Carrefour qui va procéder à un plan de départ volontaire et entrainer la suppression de 2.400 postes en France.

Grandes pompes

Finalement, le problème ne vient pas tant de l’invitation d’Emmanuel Macron et du tapis rouge déplié pour ces géants de l’économie mondiale que de l’absence de contreparties exigées, sur le terrain de l’emploi, de la fiscalité, de l’écologie ou de l’égalité salariale. Parce que le "Y a qu’à, faut qu’on" d’Emmanuel Macron ne suffit pas. "Y a qu’à" libérer l’économie et redonner des marges aux entreprises, elles créeront de l’emploi. On l’a vu avec le CICE, ça ne marche pas. Et ça coûte cher (Environ 80 milliards d’euros pour 200.000 emplois créés).

"Y a qu’à" accueillir en grandes pompes les plus grandes entreprises du monde, elles investiront. Ça ne marche pas, ou à la marge. On l’a vu par le passé, c’est bien l’investissement de l’État français dans les domaines de l’énergie, de la recherche, des télécoms ou des transports, qui a permis à la France d’être une référence internationale dans bien des domaines, et aux entreprises de bénéficier de juteux contrats jusqu’à faire leur notoriété d’aujourd’hui.

On peut également s’interroger sur la stratégie d’Emmanuel Macron qui a choisi le château de Versailles pour réunir les grands patrons de ce monde alors que l’emploi manque dans les quartiers, dans les zones rurales, en régions. Un speed dating entre les grands dirigeants invités et les ministres – qui s’étaient déplacés en nombre –, a eu lieu au cours de la très royale journée d’hier.

Absence de vision

Il eut sans doute été plus utile, plus pertinent, plus juste – dans la mesure où Emmanuel Macron voulait convaincre des atouts de notre pays aux yeux du monde –, d’emmener ces acteurs économiques sur le terrain, de les présenter à cette jeunesse talentueuse qui innove et qui se bat au quotidien pour trouver le job, sans pour autant rêver aux milliards de ces grands patrons, mais qui peinent et galèrent à trouver un emploi, faute d’avoir la bonne couleur de peau ou la bonne adresse.

Relancer l’économie ne dépend pas de la bonne camaraderie et de l’entente cordiale de l’entre-soi de la finance et de l’industrie. L’image est belle. Sans doute séduit-elle nombre de Français. Mais ça n’est pas suffisant. Parce qu’Emmanuel Macron manque d’une vision pour notre pays, d’un plan d’investissement sur le long terme pour encourager les entreprises à investir et recruter davantage. Dans les domaines du numérique, de la transition énergétique, du logement, des transports, plusieurs millions d’emplois pourraient être créés en quelques années.

Aux États-Unis, Barack Obama – que l’on aime à comparer au président Français – profitait aussi de l’image d’un président dynamique, attractif, sympathique. Mais à quel prix ? Celui de la désespérance sociale. D’un peuple défait qui a conduit Donald Trump au pouvoir. Et la France pourrait bien connaitre le même sort si l’on n’y prend garde…

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