Accueil | Par Pierre Jacquemain | 7 mai 2019

Suicides à France Telecom : « Il y a eu un déni de la direction »

Le 6 mai dernier s’est ouvert le procès de France Telecom. Souffrance, harcèlement, suicide au travail : de quoi ce procès est-il le nom ? Amandine Mathivet, sociologue du travail, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur le procès de France Telecom 
« C’est un procès inédit en France. »
« Ce procès va peut-être mettre en cause un système de management qui aurait été la cause de suicides et de faits de harcèlement. »
« C’est important pour les salariés d’Orange aujourd’hui et très important pour l’ensemble des acteurs de la prévention et de la question de la santé au travail. »

 Sur la privatisation de France Telecom 
« Le processus de privatisation de France Telecom a laissé place à un changement de culture : on n’est plus dans une entreprise de service public, on est dans une entreprise privée. »
« On ne parle plus d’abonnés mais de clients, les personnes ne sont plus recrutées comme fonctionnaires mais sous contrats privés. »
« L’ancien directeur a mis en place le plan “Next” : 22.000 suppressions de postes forcées. »
« Les 22.000 suppressions de postes se sont fait en instituant la mise à l’écart de certains salariés : ça veut dire supprimer des salariés des boucles de mails, laisser des personnes sans activités avec des méthodes de placardisation. »
« On a obligé les cadres à changer de postes, de services, de lieux géographiques de travail et ça a eu des conséquences sur leur vie personnelle. »
« Ces techniques managériales ont potentiellement eu pour conséquences des actes dramatiques ou des arrêts de travail, des dépressions et des burn-out. »

 Sur la prévention des risques au travail 
« D’après les différentes expertises, il y a eu un déni de la direction de France Telecom. »
« Il y a eu une volonté d’individualiser les réactions et de faire reposer les suicides sur un déséquilibre dans la vie privée. »
« Ce qui va être intéressant avec ce procès, c’est que les parties civiles ont déposé un dossier très conséquent où vont être analysés les procès verbaux des CHSCT, les différentes enquêtes de l’Inspection du travail, les différents courriers laissés par les agents. Il va y avoir une véritable enquête. »
« Il y a eu des alertes qui ont été données. »

 Sur le néomanagement 
« Il y avait des objectifs qui étaient fixés pour que les salariés quittent d’eux-mêmes leur poste. »
« On a caractérisé ce management comme étant très violent. »
« Auchan vient d’annoncer la fermeture de 21 magasins, c’est 800 postes concernés : les suppressions ont toujours lieu. »
« Il y a une violence symbolique, les choses se font de manière plus insidieuses : on met en place par exemple des groupes de paroles (…). On supprime des postes, on ferme des services mais on va en parler. C’est moins violent mais on fait illusion : le salarié va être impliqué dans la démarche. »
« Les salariés peuvent se faire aider par la médecine du travail, par les fédérations auxquelles leur activité est rattachée, les syndicats sont également présents. »

 Sur les voies et moyens des salariés dans l’entreprise 
« Rares sont les femmes qui osent porter plainte pour harcèlement sexuel. »
« La démarche de saisie des prudhommes peut engager le risque d’un licenciement. »
« C’est dans les grandes entreprises que les syndicats sont les plus forts et c’est donc là que les acquis sociaux ont été les plus importants ou que les droits sont plus nombreux. »
« Avec la suppression des CHSCT, les grandes entreprises se retrouvent fragilisées. »
« Les CHSCT ont été créés par les lois Auroux en 1981et sont une instance spécifique sur la question des conditions de travail. »
« La fusion des instances (délégués du personnel, comité d’entreprise et CHSCT dans le CSE, le Comité Social et Economique) va permettre la conservation des prérogatives mais les moyens vont être moins importants : là où il y avait 3 élus, il n’y en aura plus qu’un. »

 Sur l’impact du procès de France Telecom 
« Certains syndicats ont l’espoir que le procès France Telecom ait des conséquences notamment dans la fonction publique où beaucoup de postes sont amenés à disparaître. »
« Il y a une vraie fragilisation des syndicats sur les questions de santé au travail. »
« Les grandes transformations des entreprises sont motivées essentiellement par des raisons économiques. »
« Les entreprises sont de plus en plus complexes juridiquement. »
« Certaines personnes ou syndicats de la partie civile déplorent que les actionnaires et l’Etat notamment ne soient pas sur le banc des accusés. »
« L’actionnariat pèse sur les entreprises et sur leurs dirigeants. »
« Plus les salariés sont bien dans leur travail, plus les conditions sont bonnes, meilleure sera la productivité et plus l’entreprise se portera bien. »
« Que l’économie soit importante, c’est important : si l’entreprise n’est pas en bonne santé économique, les salariés peuvent perdre leur emploi. »
« Bien souvent, ce sont les hommes qui doivent s’adapter à l’activité alors que c’est plutôt l’inverse qui devrait se passer. »
« Le travail doit prendre en compte les spécificités d’une population, des agents, des salariés… »
« Passer d’une culture du public à une culture du privé, ce n’est pas anodin. »

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  • Ce qui s’est passé il y a 10 ans à France Télécom, i.e. détruire une mentalité de service publique en détruisant ou en bâillonnant ou en placardisant les fonctionnaires les plus compétent/es, les plus honnêtes, les plus près de la retraite ou les plus critiques, c’est ce qui se passe dans le silence depuis 15 ans dans l’Éducation nationale !
    Je vous ai envoyé 3 courriels le 4 mai dernier, pour obtenir votre soutien URGENT dans mon combat de lanceuse d’alerte contre le harcèlement moral dans l’Éducation nationale(vertical ET horizontal), utilisé pour placardiser, bâillonner, "casser" psychologiquement et faire dégager les profs trop compétent/es, trop investi/es, trop critiques envers la destruction délibérée de l’enseignement public depuis 15 ans.
    Si la parole d’une fonctionnaire d’État depuis 27 ans et d’une Gilet jaune vous intéresse : 03.26.21.82.00 ou 06.76.32.14.04.
    Jocelyne Chassard : https://www.youtube.com/watch?v=5xavOGsvfBM

    Jocelyne Chassard Le 10 mai à 16:03
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