Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 19 novembre 2019

Aminata Traoré : « Il faut tout revoir pour que l’Afrique du XXIème siècle ne soit pas qu’une pâle copie de vos sociétés »

Alors que le Premier ministre Edouard Philippe vient de rentrer de Dakar, au Sénégal, où il a assisté au Forum international pour la paix et la sécurité en Afrique, Aminata Dramane Traoré, militante altermondialiste et ancienne Mmnistre de la Culture du Mali, est l’invitée de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur les gilets jaunes 
« Les gilets jaunes sont l’une des expressions les plus parlantes de l’échec d’un système économique qui produit les mêmes effets chez nous [au Mali] et qui broie les gens. »
« La fluorescence des gilets jaunes et l’écho qu’ils ont réussi à donner à leur colère, me parlent. »

 Sur les soulèvements dans le monde et l’altermondialisme 
« Le temps a donné raison [au combat altermondialiste]. »
« C’est la même lame de fond qui secoue les sociétés un peu partout. »
« Les humains n’en peuvent plus de système qui ponctionne, qui accule et qui détruit les sociétés et la planète. »
« Il y a l’expression d’un ras-le-bol planétaire à la dimension du capitalisme mondialisé et financiarisé. »

 Sur les morts en Méditerranée 
« Il est temps que les dirigeants européens se posent les bonnes questions. »
« Les dirigeants européens sont à côté de la plaque quand ils disent que c’est une question de passeurs et qu’il faut lutter contre les trafiquants d’être humains. Ce trafic a prospéré à la faveur de l’échec des politiques néolibérales mises en œuvre dans ces pays depuis les années 1980. »
« Il suffirait aujourd’hui de créer dans les pays d’origine les conditions qui permettent aux hommes et aux femmes de travailler et de vivre décemment. »
« L’Europe a déstabilisé la Libye. »

 Sur l’immigration 
« On instrumentalise les peurs. »
« Comme on s’interdit de nommer le système, on érige les conséquences en cause. »
« L’Europe se barricade et considère que ces hommes et ces femmes qui meurent par milliers en Méditerranée n’ont pas vocation à vivre en Europe alors que cette même Europe force les frontières de ces pays d’origine. »
« Il y a une part considérable de cynisme, d’arrogance et de racisme. »
« Il faut vraiment avoir la conviction qu’une vie vaut plus qu’une autre [pour laisser passer ce qu’il se passe]. »
« Le Mali est considéré comme le pays d’origine par excellence de l’immigration jetable. »
« Le migrant malien est le prototype de ceux qui viennent en Franc et n’y ont pas leur place. »

 Sur la Françafrique et les liens France/Mali 
« La Françafrique existe et a de beaux jours devant elle. »
« Nos efforts de libération de nos pays - et ça n’est pas spécifique au Mali - sont restés inachevés. »
« On a cru devoir emboîter le pas aux colons mais plus tard, lorsqu’en mars 1991, nous avons cru tourner une page après la chute du régime - qui était une insurrection populaire - on a cru qu’on allait entrer dans une nouvelle ère. »
« Nous ne sommes pas au bout de nos peines : pas du fait de la faillite de l’Etat mais de l’Etat post colonial mis en faillite. »

 Sur le peuple malien 
« Il y a une colère des Maliens. »
« Il a un contraste entre l’accueil euphorique qui a été réservé à l’opération Serval à la suite de la promesse qui nous a été faite - ça devait être une guerre rapide de libération de notre pays - et quand les gens ont constaté, qu’après la libération de Gao et de Tombouctou et que l’armée Française s’est détachée des forces armées maliennes, que Kidal est demeuré une ville interdite. »
« Les Maliens constatent - ainsi que les Burkinabés - que l’insécurité à partir du nord du Mali s’est répandue au Burkina, au Niger et en Cote d’Ivoire et, qu’en dépit de la promesse et de la présence de troupes étrangères, nous n’avons pas droit à la paix… Il y a toujours davantage de morts. Donc nous nous interrogeons de plus en plus sur le sens de la présence de ces forces étrangères. »
« Pour la première fois ces derniers mois, comme s’ils s’étaient passés le mot, il y a eu des manifestations au Niger, au Burkina, au Mali contre la présence militaire étrangère. »

 Sur le système mondial et la corruption 
« Le développement, c’est la guerre. »
« D’un bout à l’autre du continent, c’est la guerre au nom de la transparence des urnes. C’est la guerre et le business. »
« Quand ils crient sur tous les toits que l’échec de nos économies est dû à la mauvaise gestion de nos pays, c’est faux : la corruption est consubstantielle à ce système et ils ont institutionnalisé la corruption. »
« Le système est corrompu et corrupteur. »

 Sur les femmes cheffes de guerre 
« La question des femmes - et surtout de l’égalité homme/femme - fait partie de la rhétorique des dominants. »
« Le président Macron a déclaré à Erevan lors du sommet de la francophonie qu’il fallait que l’Afrique soit féministe comme l’Europe et le reste du monde. Mais, quand Macron dit ça, j’entends que l’Afrique doit se libéraliser comme le reste du monde. »
« L’idéal féminin tel qu’il a émergé et tel qu’il est conforté dans le discours sur l’Afrique et le monde, c’est les femmes guerrières, c’est les valeurs marchandes, masculines et prédatrices. »
« Nous sommes encouragées, nous les femmes, à descendre dans l’arène comme les hommes et à nous battre bec et ongle pour des parts de marché. »
« C’est tout ça que nous devons revoir si nous voulons que l’Afrique du XXIème siècle soit autre chose qu’une pâle copie de vos sociétés. »

 Sur la culture 
« La culture est centrale et comme dit mon ami Federico Mayor : “ça n’est pas la marge, c’est la page”. C’est la culture qui va nous permettre d’écrire cette histoire. »

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