Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 18 novembre 2020

Antoine Bristielle : « Avec la crise, on est passé de 95% de confiance dans les scientifiques à 75% »

Le complotisme s’invite dans la crise du Covid-19. Pour en parler, Antoine Bristielle, professeur agrégé de sciences sociales, spécialiste de l’usage politique d’Internet et des réseaux sociaux, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur complotisme et conspirationnisme 
« Le complot et la conspiration sont un peu la même chose. »
« En France, on parle plus de complotisme quand dans le langage anglo-saxon, on va plus utiliser le terme de conspirationnisme. »
« C’est l’idée qu’il y aurait quelques individus qui seraient derrière des phénomènes qu’on aurait du mal à expliquer. »


 Sur le complotisme comme idéologie 
« C’est difficile de parler d’idéologie avec le complotisme ou le conspirationnisme. »
« Il n’y a pas une vision ou une visée politique derrière le conspirationnisme. » 
« Le conspirationninisme est principalement lié à la défiance qu’on peut avoir par rapport aux institutions et notamment aux institutions politiques. »

Sur les institutions comme véhicule du complot
« Les théories conspirationnistes peuvent venir d’acteurs institués et d’institutions. »
« Plus la défiance dans les institutions est grande plus on va avoir tendance à adhérer aux théories conspirationnistes. »


 Sur le profil de ceux qui diffusent et reçoivent/acceptent les théories conspirationnistes  
« Plus les personnes sont relativement jeunes, plus elles vont avoir tendance à adhérer aux théories conspirationnistes. Plus leur niveau d’éducation est faible, plus elles vont avoir tendance à adhérer à ces théories. »
« L’usage des médias est aussi un révélateur et ce qui est assez paradoxal c’est qu’il n’y a pas seulement un effet des réseaux sociaux - il y en a un - il y a aussi un effet de la télévision. »
« Quelqu’un qui va s’informer à la télévision va être beaucoup plus conspirationniste. »
« Le comportement de certains médias et de certaines chaines d’infos en continue qui vont donner la parole à des gens qui ont des propos limites à échéance régulière, ça a bien un effet sur l’adhésion aux théories conspirationnistes. »

 Sur le discours scientifique  
« On a eu un vrai brouhaha médiatique au niveau du monde scientifique au début de l’épidémie. »
« Avant le début de l’épidémie, le taux de confiance dans les scientifiques était de 95% - ils étaient considérés comme une autorité supérieure à laquelle on pouvait s’en remettre. Et il y a une telle controverse scientifique qui a parfois été artificiellement construite dans les médias, qu’aujourd’hui on est à 75% de confiance dans les scientifiques. »
« On n’a pas confiance dans nos institutions politiques et on a aussi beaucoup moins confiance dans nos scientifiques et c’est pour ça qu’il est de plus en plus difficile d’accepter la politique sanitaire. C’est pour ça que les gens sont extrêmement défiants par rapport au vaccin. »


 Sur les capacités du gouvernement à faire accepter le vaccin anti-covid 
« Contrairement à nos voisins qui avaient déjà anticipé le fait qu’un vaccin allait arriver - en Allemagne, c’était un sujet dont on parlait depuis plusieurs mois -, en France, on commence à en parler à partir du moment où il va être disponible : l’effet est donc celui du manque de recul car dans quelques semaines, on va sûrement demander aux gens de se faire vacciner (…). Cette défiance peut d’ailleurs être légitime. »
« L’acceptation du vaccin repose en particulier sur les médecins généralistes. »
« Il faut plus miser sur la proximité que sur les grands discours. »


 Sur la réponse aux thèses conspirationnistes 
« Le risque, c’est de susciter un raisonnement motivé : tu arrives avec ta grande théorie et tu ne vas pas être capable de recevoir tous les arguments qui vont aller à son encontre, c’est-à-dire que tu vas rester dans une sorte de bulle dans laquelle les arguments adverses n’ont pas de prise. »
« Il est nécessaire d’opposer un contre-discours aux discours conspirationnistes. »
« Dans le documentaire Hold-up, ils disent par exemple en gros que l’épidémie n’est pas si dangereuse que cela et que c’est organisé par nos élites pour supprimer la moitié de la population… Il faut un contre-discours pour s’y opposer. Et différentes études montrent que cela marche. »
« Dans une enquête, on a démontré qu’environ 20% de la population était extrêmement sensible aux thèses conspirationnistes. Quand on prend les personnes défiantes vis-à-vis des institutions politiques, on atteint entre 70 et 80%. C’est sur les 60% de différence entre les deux que les contre-discours peuvent avoir un impact. »


 Sur le concept de post-vérité 
« On a une telle défiance vis-à-vis de nos institutions que tous les discours alternatifs vont être vus avec énormément de bienveillance. »
« Les gens se rendent peut-être compte que tout n’est pas totalement vrai mais comme cela va à l’encontre d’institutions qui sont honnies, ces discours sont perçus avec bienveillance. »

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