Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 9 octobre 2020

Aude Lancelin : « J’ai voulu raconter une épopée, la beauté de ce soulèvement par les gilets jaunes »

Elle a fondé le média en Ligne QG, pour Quartier Général, et vient de publier son premier roman, La Fièvre, aux éditions Les Liens qui Libèrent. Aude Lancelin est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur la fiction littéraire
« J’étais très tentée par le roman depuis plusieurs années et j’avais à coeur de laisser une trace, la plus profonde possible, du mouvement des gilets jaunes dont j’avais la certitude, après avoir été sali, qu’il serait liquidé - y compris dans les mémoires. »
« Je pense que la forme littéraire est plus adaptée que l’essai ou le docu-fiction. »
« Je constate que mon roman est lu par des gilets jaunes. J’ai beaucoup de retour des gens du mouvement sur le livre et ils se sentent mis en valeur et consolés par ce livre. Ils ont compris mon envie de raconter une épopée, la beauté de ce soulèvement et de montrer ses acquis et sa grandeur. »

Sur les classes bourgeoises
« Le véritable enjeu du livre c’est de convaincre, sensibiliser et conscientiser les classes bourgeoises. »
« J’aimerais tendre la main et donner une dernière chance de pouvoir comprendre à toute une classe sociale - ceux qui n’ont rien compris de ce mouvement ou sont passés à côté - ce qu’il s’est passé. »

Sur les gilets jaunes aujourd’hui
« Il y a un travail d’ensevelissement et d’oubli qui est en train de se faire. Le Covid a été une parenthèse enchantée pour le pouvoir car il a mis un coup d’arrêt aux luttes. »
« Alors que la présidentielle approche, il y a l’espoir chez les vieux partis politiques, et au sein du pouvoir, de repartir comme en 40, c’est-à-dire d’oublier ce que l’on a traversé et de renter dans la cuisine électorale. C’est très inquiétant parce que la colère est intacte et n’est pas prise en charge par les partis. »
« La jonction entre ceux qui détiennent le savoir politique, syndical, intellectuel - les intellectuels révolutionnaires a fortiori - et les gilets jaunes s’est mal faite. »

Sur la défiance des gilets jaunes à gauche
« On connait des gens qui se sont planqués pendant les mois décisifs où le pouvoir pouvait basculer. On en connait qui leur on tiré dedans [des gilets jaunes]. On en connait aussi qui on attendu pendant six mois avant de ressurgir. Comment explique-t-on ça ? Il y a une affaire de sociologie des intellectuels français actuels dont très peu ont des originaires populaires.
« Dans les classes préparatoires et dans les élites, la classe ouvrière n’a jamais été aussi peu représentée dans ces lieux. Il y a même une régression par rapport à il y a 40 ans. »
« Pour ne pas avoir peur du peuple, pour être dans une empathie immédiate avec lui, bien souvent ça passait chez les individus par une histoire personnelle, un contact familial ou autre avec le peuple. »

Sur les objectifs des gilets jaunes
« Il y a un côté révolutionnaire sage chez les gilets jaunes : il ne s’agit pas de gens assoiffés de sang et qui voudraient rétablir des guillotines. Il se seraient contentés d’une certaine redistribution. »
« Macron et ce qu’il incarne - et qui suscitait chez ces gens une horreur profonde en temps qu’emblème du parti de l’argent et du mépris-, aurait été volontiers renversé par les gilets jaunes. »
« Si je devais résumer en deux axes les exigences des gilets jaunes : il y a d’un côté la justice et de l’autre le respect, c’est à dire la considération. Ça revenait très souvent chez les gilets jaunes qui se sentent profondément humiliés par le pouvoir. »

Sur les figures des gilets jaunes
« Il y a des figures d’un peuple puissant et des figures d’un peuple impuissant parmi les gilets jaunes. »
« J’ai vu la puissance de l’Etat s’abattre parfois sur les gilets jaunes. »
« La mobilisation des gilets jaunes est une insurrection brisée. Ça ne veut pas dire que les braises ne sont pas là ; ça ne veut pas dire que la colère n’est plus là mais on sait sous cette forme, la forme ritualisée des actes, que le mouvement a vécu. »
« Il y a une forme de mélancolie chez certains acteurs du mouvement. »

Sur les acquis du mouvement
« Il y a eu un apprentissage profond, un savoir politique, une connaissance profonde des rouages sociaux qui a infusé dans le peuple et le pouvoir le sous estime gravement. Il y a des acquis de ce mouvement. »
« Il y a des tentatives de structuration des gilets jaunes qui émergent comme celui, très récent, de créer un syndicat de gilets jaunes. »
« Les gilets jaunes ont été confrontés à tous les problèmes de la politique à la racine : l’incantation, le porte-parolat, les représentants médiatisés… ils se sont un peu fracassés sur ces problématiques. »
« Je pense qu’une structuration serait indispensable à ce mouvement pour peser. »
« Macron n’a jamais eu le courage de se confronter à une délégation de gilets jaunes. »
« L’attitude d’Emmanuel Macron et de ce pouvoir en général a fait monter d’un cran le niveau de violence dans ce pays. »
« On peut encore se retrouver face à des mouvements inédits. »

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  • Merci Aude
    « On connait des gens qui se sont planqués pendant les mois décisifs où le pouvoir pouvait basculer. On en connait qui leur on tiré dedans [des gilets jaunes]. On en connait aussi qui on attendu pendant six mois avant de ressurgir.

    C’est vraiment ce que nous avons ressenti. Le flottement de la France Insoumise(au début) fut catastrophique et on montrait les limites de compréhension politiques de certains.
    D’une manière générale on s’est senti seuls face à la répréssion la matraque mais aussi les médias. Les médias dit de goche se sont montrés plus corporatifs vis-à-vis des truqueurs style BFM que solidaires du Peuple.

    Cyrano78 Le 11 octobre à 16:46
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