Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 21 septembre 2018

Aurélie Filippetti : « On a besoin d’oppositions de pensée parce qu’elles reflètent la société »

Où sont passés nos idéaux ? Elle vient de publier son nouveau roman, « Les Idéaux » , aux Editions Fayard. L’histoire d’un amour secret entre deux personnalités politiques, que tout oppose, du milieu social jusqu’aux convictions politiques. Au coeur du roman, le débat démocratique et les coulisses du pouvoir. Aurélie Filippetti est l’invitée de La Midinale.

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VERBATIM

 

Sur les idéaux
« Les idéaux de la gauche n’ont pas disparu mais sont bien abimés par l’expérience qui aurait dû être social-démocrate, qui ne l’a pas été, ou pas été suffisamment, des cinq dernières années de pouvoir. »
« C’est devenu [le mot « idéal »] un gros mot pour certains, pour les cyniques, pour les partisans de la realpolitik, c’est-à-dire en fait les vrais idéologues. »
« Ceux qui essayent d’empêcher les gens de vraiment transformer ce monde néolibéral, sont les véritables idéologues. »
« Quand on fait de la politique, on doit avoir des idéaux et j’espère qu’on est encore nombreux à en avoir. »

Sur la gauche
« Aujourd’hui c’est pas tant le problème de la gauche que de la social-démocratie parce que la France insoumise se porte plutôt bien, ses députés font un travail qui est remarqué à l’assemblée. »
« C’est le parti socialiste qui est en crise profonde parce qu’il a oublié ses idéaux. Il ne sait plus définir ses idées, son projet pour l’avenir, et les gens pour qui il se bat. »

Sur l’expérience du pouvoir
« C’est dans l’expérience, dans l’épreuve même, de l’exercice du pouvoir, que j’ai vu la limite de l’engagement politique. Et chez certains, un effondrement total de tout ce qui faisait qu’ils s’étaient engagés en politique. »
« Si on n’est pas solidement armé pour résister à ces attraits [les coulisses et dorures du pouvoir], on se fait complètement capter par les lobbies et par le monde de l’argent. »
« On y échappe [au gout du pouvoir et des palais de la République] par sa structure profonde et puis par l’idée, l’obsession même de savoir qui vous a fait roi. »
« Dans toute la pensée politique, il y a toujours le prince, celui qui a le pouvoir. Et s’il n’est pas lui-même très vigilant aux limites de son propre pouvoir et à ceux pour qui il doit l’exercer, à ce moment-là, il y a un effondrement du politique. C’est ce que l’on est en train de vivre aujourd’hui. »
« Les gens se détournent de la politique parce qu’ils ne se sentent plus représentés. »

Sur l’histoire d’amour du livre
« Je ne voulais pas faire un livre qui soit non plus trop partisan parce que l’idée c’était de dire, au fond, que la politique c’est d’une grande force, d’une grande noblesse. »
« Ces deux personnages ont des idées politiques totalement opposées mais ils arrivent à en discuter et à en débattre, parfois en s’engueulant. Aucun des deux ne nient ce qu’ils pensent mais malgré tout, ils se respectent, voire ils s’aiment. Donc c’est une allégorie de la démocratie. »
« C’est ça la démocratie, on est tous ensemble, on n’a pas les mêmes idées mais on trouve le moyen de délibérer pour parvenir à faire émerger une volonté générale. »

Sur la gauche et la droite
« On a besoin d’avoir des oppositions de pensée parce qu’elles reflètent ce qu’il se passe dans la société. »
« Le pire, c’est la négation de la politique qui est représentée par ceux qui disent qu’il n’y a ni droite ni gauche. »

Sur la politique
« Je peux vivre sans la vie politicienne, sans parti. On vit mieux sans cette folie des partis politiques. »
« L’intérêt pour la chose publique, c’est une passion que j’ai et que j’aurai toujours. »
« La littérature est une manière de s’engager dans la cité. C’est toujours un dialogue avec l’autre. C’est une manière d’être dans la société. »
« Il ne faut jamais dire jamais, on ne sait jamais. »
« J’ai tourné la page de l’engagement partisan. »

Sur les transclasses
« La lecture de Bourdieu a été une forme d’illumination au sens où ça m’a donné un éclairage sur moi-même, des choses que je pensais qu’elles étaient uniquement psychologiques, personnelles et intimes, et que j’ai découvertes comme étant partagées par d’autres. »
« Cette douleur, ce sentiment de double appartenance, le fait de ne se sentir finalement totalement chez soi ni dans un milieu, ni dans l’autre ; le sentiment d’imposture, la question de légitimité qu’on se pose en permanence. »

Sur la méritocratie
« C’est une grande ruse d’appeler méritocratie ce qui au fond est pour beaucoup de la reproduction sociale. »
« Il y a une arrogance des sachants, de ceux qui sont nés du bon côté, fait beaucoup de mal à la politique. »

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