Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 15 janvier 2021

Aurore Lalucq : « L’absence d’activité économique ne se rembourse pas »

Quelles conséquences les nouvelles mesures du gouvernement vont-elles avoir sur notre économie, les petites entreprises, les commerces ? Aurore Lalucq, députée européenne (Place publique), est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur les nouvelles mesures du gouvernement
« Il y une cohérence [dans la politique du gouvernement] dans l’attentisme. Le gouvernement est dans l’attentisme et prend des décisions avec 15 jours, voire trois semaines de retard. »
« La meilleure des politiques économiques, c’est la politique sanitaire donc s’ils reportent leur décision de confiner les Français pour des raisons simplement économiques, c’est incompréhensible. »
« Il n’y a pas de rationalité dans les politiques mises en place aujourd’hui. »
« Le gouvernement ne tire aucune leçon des événements passés. À chaque fois, c’est le jour sans fin. On recommence les mêmes erreurs sans apprendre des erreurs passées. »
« S’il y a une mesure dure à prendre, autant la prendre tout de suite. »
« Avec le couvre-feu à 18h, les gens vont s’entasser dans les transports ou les magasins donc c’est une stratégie qui interroge. »
« Le gouvernement manque de courage et de sincérité politique. »

Sur les conséquences du couvre-feu sur les commerces
« La question c’est pas "quoi qu’il en coûte" mais "à qui il en coûte" ? »
« On ne va pas voir les conséquences maintenant, on va les voir après. C’est comme si on avait une espèce de vague qui avait déferlé et c’est quand la vague va totalement se retirer qu’on va mesurer les conséquences. Pour l’instant, on n’a pas un degré de faillite élevé du tout parce que l’Etat a arrosé partout, sans contrepartie. »
« On a des entreprises qui ne sont pas en si mauvais état mais il faut savoir que ces entreprises n’embauchent plus, ne recrutent plus, n’investissent plus. Tout est à l’arrêt. Les effets de la crise viendront plus tard. »

Sur l’absence de contreparties et les effets d’aubaine des aides aux grandes entreprises (15,2 milliards d’€)
« Quand on distribue de l’argent sans contrepartie, il y a forcément des effets d’aubaine. »
« Il faut conditionner les aides. »
« Certaines entreprises qui ont reçu de l’argent font de l’optimisation fiscale. Certaines n’ont pas besoin de ces aides et on se retrouve avec des entreprises qui veulent le beurre, l’argent du beurre et des parts dans la coopérative. »
« Ce qui m’inquiète quand j’entends le ministre de l’économie c’est que ce sont les banques qui vont étudier les décisions et prendre les décisions. Ça n’est pas aux banques de prendre des décisions mais à l’Etat. Il s’agit d’argent public. »
« À force de reporter l’échéance de remboursement des prêts aux entreprises, ça va finir en subvention. C’est donc à l’Etat de prendre des décisions. »

Sur la possibilité d’une crise bancaire
« Les conditions d’une crise bancaire sont réunies pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’on est entré dans cette crise avec un taux d’endettement privé extrêmement élevé, notamment en France (…). Aussi, on risque d’avoir des faillites d’entreprises donc on a ouvert les vannes du crédit pour les sauver là où il avait fallu faire de la monnaie hélicoptère ou des subventions pour faire en sorte de sortir de cette idée de prêt à rembourser. L’absence d’activité économique ne se rembourse pas. »
« Le risque enfin, c’est aussi un accroissement des impayés, y compris chez les ménages, qui faute de revenus ne pourront plus payer leurs crédits à la consommation ou immobiliers. Les voyants sont au rouge. »
« Cette crise bancaire est évitable. Il fait faire en sorte que les revenus ne baissent pas. »
« Il faut sauver les gens plutôt que sauver les banques. Au final, ça sauvera les banques. Il faut à tout prix éviter les faillites personnelles. »
« On donne trop de pouvoir aux banques. »
« Il faut faire une vraie réforme bancaire. »

Sur la dette
« Les termes du débat sont mal posés. »
« Ceux qui nous gouvernent nous ont fait croire qu’ils étaient des libéraux alors qu’en réalité on n’a pas eu de réductions de l’intervention de l’Etat. On a même un Etat qui s’est endetté. Ça veut dire qu’on utilisait des éléments de langage de type libéral - il faut être plus compétitif ; il faut moins d’Etat, etc. - et en même temps ceux qui utilisaient ces éléments de langage demandaient des interventions de l’Etat pour soutenir les entreprises. Un Etat qui, en plus, vient les aider massivement et sans contraintes - là où on en met aux plus fragiles, comme les chômeurs. Ça n’est pas une perspective libérale mais dans un Etat prédateur c’est-à-dire un Etat qui se met au service des plus puissants. C’est ça la dynamique. »
« La dette est l’argument phare de ces dernières années pour pouvoir justifier des politiques de rigueur. »
« La question n’est pas de savoir si la dette c’est bien ou c’est mal. La question c’est : une dette pour quoi faire ? »
« En politique, on met les marqueurs de la dette sur les moyens et non sur la finalité. »
« Il faut assumer de ne pas mettre de doctrine dans les moyens mais dans la finalité. »
« Il y a une instance qui ne doit de l’argent à personne, c’est la banque centrale européenne donc si elle annule les dettes qu’elle détient des Etats, elle ne devra rien à personne. »

Sur la recherche de la croissance
« Ça n’est pas tant la croissance du PIB qui doit nous intéresser. Ce qui doit nous intéresser c’est d’avoir de l’activité économique. C’est d’avoir une réponse à la crise sociale et écologique. »
« La croissance du PIB ne nous dit rien sur l’état des étudiants. C’est un indicateur aveugle aux inégalités sociales. On n’a pas les bons indicateurs. »
« Il nous faut trouver de bons indicateurs pour mieux guider l’action politique. »
« Il nous faut des indicateurs de santé mais aussi des indicateurs sociaux et environnementaux. »
« La question de l’activité économique est présente chez tout le monde et il ne faut pas la balayer. »
« Il nous faut réfléchir à un nouveau modèle de développement. »
« On ne peut pas produire plus en polluant moins donc il va falloir réfléchir à la post-croissance. »

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