Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 8 décembre 2021

Aurore Lalucq : « Macron ne croit pas à la théorie du ruissellement, mais il doit justifier ses politiques injustes »

Mardi 9 décembre, un rapport sur les inégalités post-Covid a été publié. On apprend notamment que la France compte 14,6% de pauvres, soit 9,3 millions de personnes. Aurore Lalucq, eurodéputée Place publique, économiste et auteure de Reconquête. Au nom de l’intérêt général (éditions Les Petits Matins), est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur l’accroissement des richesses et l’appauvrissement des États
« Le patrimoine privé explose et le patrimoine public s’appauvrit, au nom d’une idéologie, de choix politiques qui voulaient que le keynésianisme, le modèle des 30 Glorieuses ne fonctionnaient plus et qu’il fallait maintenant être efficace et soutenir les classes les plus riches pour que ça ruisselle vers le bas et que tout le monde puisse s’enrichir. Ça allait être la mondialisation heureuse. »
« Résultat : les États se sont séparés d’actifs qui leur rapportaient de l’argent : les autoroutes, Air France, etc. »
« On s’est mis à faire des coupes dans les impôts en permanence et ça coûte extrêmement cher. L’État est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. »
« Par ailleurs, l’État donne beaucoup de subventions (crédit impôt recherche, CICE, etc.) aux grandes entreprises sans condition et sans évaluation pour savoir ce qu’elles ont fait de cet argent. Cet argent n’a pas créé d’emplois, en revanche, il a permis à certains de s’enrichir. »

Sur l’auto-organisation de l’impuissance des États à lutter contre les inégalités
« C’est une politique qui accroît les inégalités sur le court, moyen et long terme. »
« Ce sont des choix idéologiques et politiques. »
« Il y a toujours eu des chocs idéologiques. C’est une politique de classe qui a gagné. La technocratie a une idéologie, il n’y a pas de neutralité. »
« C’est une arnaque fantastique : cette politique en faveur des plus riches a fait croire à tout le monde que c’était pour être plus efficace dans la lutte contre les inégalités. »

Sur l’UE, continent moins inégalitaire ?
« Le modèle social français n’a pas besoin des institutions européennes pour être détricoté. Les gouvernements français l’ont très bien fait. »
« L’UE n’oblige pas la France à ne pas payer correctement les soignants, les professeurs. »
« Le néolibéralisme est une idéologie dominante. »
« La différence entre l’UE et les États-Unis, c’est qu’on est parti d’une situation où l’on avait de meilleures institutions, un État-providence. C’est ce qui nous permet de mieux résister. »

Sur la mondialisation financière
« Il faut revenir à l’après-guerre, où il y a l’idée de mettre en place un système financier international qui soit au service d’un État-providence, des politiques sociales. On s’est dit tout bêtement que la prospérité, c’était pas mal pour garantir la paix. Pour pouvoir avoir des politiques sociales indépendantes et généreuses, il fallait tenir la finance. C’est là-dessus qu’on est revenu à la fin des années 70. Depuis ce moment-là, on a des problèmes avec une finance débridée. »
« Dans les 1% les plus riches, ils ont tout leur patrimoine placé dans des activités financières, avec des rentabilités extrêmement élevées. »
« Aujourd’hui, on est dans un capitalisme de rentiers. Mieux vaut hériter que de travailler et mériter. »

Sur la théorie du ruissellement
« Emmanuel Macron n’y croit pas. Par contre, il faut bien justifier le fait de mettre en place des politiques injustes. »
« Ce serait bien qu’on ait une classe politique qui assume ce qu’elle pense. »

Sur l’investissement
« On a toujours un problème, tant au niveau français qu’européen : on n’investit pas assez. Les politiques favorisent le capital et les actionnaires, l’argent qui dort. L’économie est un circuit dans lequel il faut toujours remettre de l’argent. Il faut aller le chercher. »
« Il faut mettre en place une taxation sur le patrimoine. »

Sur les milliardaires qui se sont enrichis avec le Covid
« Il se passe quelque chose en matière fiscale au niveau mondial et européen [en juin dernier, le G7 s’est engagé sur l’objectif d’une taxe mondiale sur les bénéfices des multinationales à hauteur de 15% "au moins", ndlr], maintenant ça serait bien que ça arrive au niveau français. »
« C’est une première étape. Dans un pays comme la France, il y a plein de choses à faire pour lutter contre les inégalités de patrimoine. On peut taxer le patrimoine. On peut faire une dotation de patrimoine à chaque jeune quand il atteint 18 ans, afin que tout le monde démarre au même niveau. Commencer avec un appartement ou une maison, ou rien, ça n’est pas la même chose. »

Sur les indicateurs pour mesurer la santé économique d’un pays
« Le PIB ne peut rien dire sur l’état des inégalités. On le sait depuis toujours, son concepteur le disait ! »
« Il faut des indicateurs de santé, environnementaux, pour savoir si on va dans le bon sens. Ça nous permettra aussi de sortir des discours sur la croissance du PIB. »

Sur la dette Covid
« Cette question s’impose dans le débat électoral de façon très négative. C’est un élément de langage pour culpabiliser les plus pauvres. Pour quoi et pour qui faut-il se serrer la ceinture ? »
« Ça fait 40 ans qu’on mène le même type de politique, des politiques qui visent à couper dans les recettes publiques et à soutenir les grandes entreprises. Ça n’a fait qu’aggraver les inégalités. On parle de la cinquième puissance économique mondiale, qui a un taux de pauvreté de 15% ! C’est inadmissible. »

Sur le fait que, dans les sondages, la majorité des électeurs s’apprêtent à voter pour des candidats qui vont renforcer les inégalités
« On a une dégradation du débat public. On cherche toujours un bouc émissaire. »
« Ce qui permet de lutter contre les inégalités primaires, c’est l’éducation, la santé, les services publics. »
« Valérie Pécresse veut supprimer des fonctionnaires – ce qui réduirait la croissance du PIB – tout en luttant contre la désertification médicale. Comment fait-elle ? Elle joue sur nos sentiments les plus mesquins. »

Sur la gauche et 2022
« Il faut se battre. L’union, ça se fait. »
« La désunion, c’est du temps perdu pour travailler à un programme commun afin d’ensuite le défendre, le marteler dans les médias et imposer nos thèmes. Là, c’est l’extrême droite qui impose ses thèmes dans le débat public. »
« Quand on parle de la gauche, on ne parle pas des idées mais des tactiques, des stratégies. »
« L’union doit se faire sur une base programmatique. »
« Il n’est jamais trop tard pour être responsable face à l’histoire. »

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