Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 24 juin 2019

Aurore Lalucq : « On s’est longtemps interdit de penser certaines choses de peur de passer pour un gauchiste »

Elle vient de signer avec d’autres élus de gauche, une tribune contre le CETA, un traité de libre-échange entre le Canada et l’UE. Elue eurodéputée le 26 mai dernier sur la liste Place Publique-Parti socialiste, Aurore Lalucq est l’invitée de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur la ratification très prochaine du CETA par la France 
« Emmanuel Macron avait promis pendant la campagne présidentielle de mettre en place une commission d’experts indépendants pour tenter d’évaluer les conséquences démocratiques, sociales, environnementales et sanitaires du CETA. Elle s’est réunie, un rapport a été publié – et ce n’est pas une bande de gauchistes – et des risques sanitaires et démocratiques réels ont été mis en lumière. »
« Des entreprises pourront se retourner contre des réglementations qui seront mises en place au niveau national. »
« A titre personnel, je n’ai rien contre le commerce international et le fait que des pays échangent entre eux. Mais c’est une question de priorité : la mondialisation est déjà très approfondie et je ne crois pas que ce soit une urgence d’approfondir les échanges entre le Canada et la France. »

 Sur les traités de libre-échange 
« Il faut repenser la façon dont on commerce aujourd’hui : les échanges internationaux ne peuvent pas aller contre la lutte contre le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité. »
« Il y a un nombre phénoménal d’accords dans les tuyaux [de l’Europe]. Donc il va falloir faire du bruit, expliquer, dévoiler, montrer la valeur réelle de ces accords. »
« Toute une partie de la gauche et des Verts n’était pas vraiment contre les accords de libre-échange. Mais ça a évolué et ça continue d’évoluer. »
« Il faut un lien fort entre la société civile et les députés européens pour ne pas faire que gagner des majorités mais faire évoluer la bataille culturelle. »

 Sur le vote du groupe de l’alliance des Socialistes et Démocrates du Parlement européen en faveur du CETA 
« Aucun groupe du Parlement européen n’est homogène et il y a des évolutions. »

 Sur sa volonté de siéger au sein du groupe Verts puis social-démocrate 
« Claire [Nouvian] m’a convaincue d’aller chez les sociaux démocrates. »
« Quand on voit le jeu au Parlement européen, on voit bien que la pureté et la cohérence des groupes n’est pas là. »
« La question des groupes au Parlement européen n’est pas si déterminante que ça. »
« Il y avait peu de différences programmatiques entre les listes donc on a trouvé les appartenances aux groupes pour en faire. »

 Sur Génération.s, sur Place Publique et sur le Parti socialiste 
« Je regrette que Génération.s n’ait pas d’élu.e.s au Parlement européen, notamment Guillaume Balas, même si j’ai des différences stratégiques avec lui. »
« Place Publique n’a jamais lâché l’affaire sur la question du rassemblement. »
« Le rassemblement, il y a ceux qui en parlent et ceux qui le font. »
« J’ai toujours été critique envers le Parti socialiste mais, mine de rien, c’est le seul qui a été capable de faire le rassemblement avec des gens qui ont été très critiques comme avec Raphaël Glucksmann qui l’a été envers les années Mitterrand. »
« L’inventaire d’Olivier Faure [sur les années Hollande] a été un pas vers le rassemblement. »
« Le fait que le PS fasse l’effort de rassemblement, de ne pas avoir la tête de liste ni un député sur deux [sur la liste] montre qu’on n’était pas dans les paroles mais dans les actes. »
« La campagne s’est bien passée avec les militants mais surtout avec les militants de la gauche. »
« La division est fatigante pour les électeurs. »

 Sur le travail avec les autres groupes au Parlement européen 
« Je suis proche de Manon Aubry, je connais Marie Toussaint… Il faut dire les choses clairement : on se connaît tous. »
« Ce serait aberrant de ne pas travailler ensemble pour des raisons stratégiques. »
« On est capable, surtout une certaine génération, de se réunir autour de combats très clairs et très identifiés. »

 Sur l’écologie politique et le rapport à la gauche 
« L’écologie politique n’a pas été bien traitée ces dernières années. Ni à gauche, ni à droite. Le logiciel reste productiviste. »
« Que l’écologie ait envie de prendre sa revanche, cela peut se comprendre. »
« Tous les mots en –isme, je m’en fous. Ce qui m’intéresse, c’est de faire plus que le discours sur la méthode. »
« Il va falloir se mettre autour de la table et avoir un programme commun – qui est en fait déjà là. »
« Si on veut lutter contre le bloc bourgeois de Bruno Amable et de Stefano Palombarini, il va falloir que l’on soit à la hauteur. »

 Sur l’évolution des débats, à gauche notamment 
« Il y a 10-20 ans, le néolibéralisme était dominant : pour pouvoir créer des emplois, il fallait flexibiliser le marché du travail, la dette publique était la mère de tous les problèmes. Mais aujourd’hui, c’est en train de bouger : ’OCDE, le FMI, la Banque Mondiale – même Davos nous dit qu’il faut faire de l’investissement public et lutter contre le dérèglement climatique ! »
« Il faut répondre à la mobilisation des gilets jaunes qui a eu lieu. »
« Ces dernières années, il y a eu une réduction du débat. On s’est interdit de penser certaines choses de peur de passer pour un gauchiste. »
« Même la réduction du temps de travail qui a été l’une des plus belles mesures de ces dernières années puisqu’elle a créé de l’emploi et qu’elle portait en germe un projet de société beaucoup plus égalitaire, une nouvelle façon de vivre, un autre rapport au travail – même si elle n’était pas parfaite car il aurait fallu aller beaucoup plus loin ! Même ça, la gauche en a eu honte. »
« Depuis les gilets jaunes, on peut dire que la question écologique est une question éminemment sociale, on peut oser parler de la hausse du SMIC, on peut oser parler de la réforme institutionnelle. »
« Faisons, allons-y clairement, on y va sur le fond, on se rassemble, on signe les mêmes lois quand il faut les signer, on va dans les mêmes manifs quand il faut y aller et on verra après s’il faut passer par un parti-ombrelle ou chapeau, s’il faut tout remettre à plat pour créer un mouvement unique ou faire l’union… peu importe, le principal, c’est de faire. »

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5 novembre 2019
Par Amandine Mathivet

Au turbin !

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  • Voilà une parfaite opportuniste

    milhac Le 3 juillet à 10:22
  •  
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