Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 27 mars 2019

Benjamin Sonntag : « La directive droit d’auteur inscrit dans le droit la censure automatisée »

La directive droit d’auteur a été adoptée hier au Parlement européen. Avec quelles conséquences ? Une alternative était-elle possible ? Est-elle toujours possible ? Benjamin Sonntag, co-fondateur de Quadrature du Net, est l’invité de la Midinale.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur ce que va changer la directrice droit d’auteur 
« L’idée, c’est que des sites comme Google news qui reprennent des bouts de mots ou des morceaux d’articles de presse, des plateformes comme Google vont devoir payer pour pouvoir citer ne serait-ce qu’un titre ou cinq mots d’un article de presse. »
« Ça ne va pas améliorer le modèle économique de la presse. »
« On regarde ça avec beaucoup de circonspection et on pense que ça va être inutile. »
« Les éditeurs de presse vont encore plus dépendre de Google et d’autres plateformes de ce type. »
« L’indépendance de la presse qui est déjà assez nulle du fait qu’elle est possédée majoritairement par des milliardaires va continuer à prendre des coups puisqu’elle va être possédée par des sociétés capitalistiques. »

 Sur la censure 
« Le plus important dans cette directive, c’est ce qu’on appelle la censure algorithmique ou la censure automatisée - qui existe déjà. »
« Le problème, c’est que ces systèmes algorithmiques n’ont pas la capacité de comprendre qu’il y a des exceptions dans le droit d’auteur, pour le pastiche, le droit de citation ou certaines formes de remix. »
« Ce que fait cette directive, c’est qu’elle met dans le droit le fait que les grosses plateformes vont être obligées de disposer de ce genre de système de censure automatique. »
« On dénonce la censure automatisée qui n’est pas capable de comprendre la complexité du droit d’auteur. »
« Les grosses sociétés possèdent des pools d’artistes, un peu comme du bétail, et qui souvent emmènent les artistes pour défendre ces directives alors qu’elles n’apportent rien aux artistes. »
« Le principal problème n’est pas tant que cette directive instaure une censure automatisée, c’est qu’elle le met dans le droit. »
« Cette directive met dans le droit une censure automatisée. »

 Sur les géants du Net 
« Les géants du Net ont déjà une responsabilité et ils n’ont pas attendu le droit pour censurer en masse. »
« On ne veut pas que les géants du Net ait un pouvoir illimité et qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent sur Internet. Le droit s’applique dans chaque pays. »
« Le principale problème, c’est que ces grosses plateformes avalisent le modèle économique de la publicité ciblée. »
« Indépendamment de la directive européenne (…), la publicité ciblée est probablement totalement illégale dans le droit européen mais les autorités nationales comme la CNIL n’ont pas encore mesuré à quel point il faudrait agir pour faire appliquer le droit. »
« Il faut écouter les citoyens qui se mobilisent et réfléchissent aux enjeux du numérique et des plateformes et qui disent : “vous êtes en train d’apporter une mauvaise réponse à un faux problème”. »

 Sur les alternatives 
« En 2008, on prônait déjà la licence globale et on pense que c’est toujours une bonne solution. »
« L’idée de la licence globale, c’est de prendre quelques euros sur les abonnements Internet pour financer la culture (…) en échange d’une légalisation du partage hors marché entre individus. »
« Le partage des œuvres n’a jamais tué des artistes. »
« On propose des modèles vertueux qui permettent à la fois de légaliser le partage et de rémunérer les artistes. »
« On applique des choses qui ne marchent pas, on le voit avec HADOPI. »
« On ne défend pas les grosses plateformes ; d’ailleurs, on a attaqué les GAFAN. »
« Aujourd’hui, cette directive s’applique aux grosses plateformes et on s’attend à ce que demain elle s’applique à toutes les plateformes. »

 Sur la question démocratique 
« On se bat à la fois pour la démocratie et la liberté. »
« Les débats sont très sanguins… Ce que je vois, c’est que c’est aussi une histoire industrielle, les enjeux sont industriels et Google a pesé de tout son poids contre cette directive. »
« On est avec les GAFANS dans ce combat parce que cette directive nous parait attentatoire aux libertés (…) mais on est contre Google sur tout le reste des sujets parce que c’est une société qui fait du fichage en masse d’individus et qui est pour de la publicité ciblée – et ce, de manière totalement illégale. »
« On peut dire que le sujet, c’est démocratie contre liberté. Nous, on dit que c’est surtout démocratie et liberté contre monopole et business. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.