Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 26 juin 2018

Benoît Borrits : « Une entreprise sans propriétaire, c’est possible »

Nous n’avons jusque-là essayé que deux systèmes de propriété collective : la coopérative et l’étatisation des moyens de production. Pour l’auteur de Au-delà de la propriété, pour une économie des communs (Ed. La Découverte), il existe une troisième voie, celle de la non propriété. Rencontre avec Benoît Borrits, cofondateur de l’association Autogestion.

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VERBATIM

 

 Sur le modèle de propriété collective 
« On s’aperçoit après deux siècles d’expérience que cette propriété collective est une impasse. »
« La propriété collective reste une propriété à l’égard de ceux qui ne font pas partie de la collectivité. »
« Plus la propriété collective est grande plus il y a une grande bureaucratie qui se met en place et plus elle exclut les gens au nom de qui cette propriété collective a été constituée : souvent les travailleurs et les usagers. »

 Sur le mouvement coopératif 
« Le mouvement coopératif, depuis les années 30 dit clairement qu’il n’a pas vocation à transformer la société mais qui se constitue de plus en plus comme étant un tiers secteur entre un secteur étatisé et un secteur privatisé. »

 Sur la socialisation des revenus 
« La troisième voie [entre coopérative et étatisation des moyens de production] c’est la non propriété. »
« La cotisation sociale, dont on minimise la portée transformatrice, est une contestation de la propriété. »
« On peut commencer à parler de mutualisation des revenus : le revenu universel, la sécurité sociale professionnelle. C’est un débat sur la socialisation des revenus. »

 Sur l’entreprise sans propriétaire 
« On fait référence à la théorie du commun : une entreprise sans propriétaire, c’est possible. »
« Si on résonne avec un secteur financier socialisé qui est capable de financer la totalité des actifs de l’unité de production, on a à la fin des fonds propres. Et qui dit la fin des fonds propres, dit la fin des propriétaires. »

 Sur les contenus de la production 
« Lorsqu’on a une entreprise de taille importante, la question de l’intervention des usagers est primordiale. »
« Il faut que les travailleurs contrôlent d’office leur travail, le gère. Et les usagers doivent intervenir dans la définition de la production : qu’est-ce qu’on doit produire, comment, en collaboration avec les travailleurs. »

 Sur le système financier socialisé 
« L’épine dorsale de ce secteur financier socialisé c’est un commun qui s’érige sur une zone géographique. »
« Il faut qu’il y ait la création d’un fond commun socialisé d’investissement sur une échelle territoriale donnée. »
« L’intérêt de ce fond socialisé d’investissement, comme il est établit sur une base géographique donnée, il y a un débat parmi les citoyen-nes sur ce que l’on va faire de cet argent. »
« Il y a un bien un choix de société qui s’opère à deux niveaux : un niveau macro-économique vis-à-vis des citoyen-nes de cette zone géographie. Et puis il y a un niveau beaucoup plus micro-économique entre les travailleurs et les usagers. »

 Sur l’échelle du modèle économique 
« Je ne privilégie absolument aucune échelle géographique. »
« Il est probable que si un jour ce type de commun financier socialisé voit le jour, c’est à l’échelle du pays que ça va se créer. »
« Ce qui est important, c’est la volonté d’une population donnée de s’ériger : on peut très bien avoir une région qui dit « on s’érige en commun géographique financier. » Et on peut avoir une volonté pan européenne extrêmement forte qui a besoin d’un fond socialisé d’investissement à l’échelle européenne. Et ces fonds vont se compléter. »

 Sur l’exemple de la SNCF 
« Il est nécessaire aujourd’hui d’ériger le service public du ferroviaire en commun. »

 Sur le « commun » comme racine du communisme 
« Le terme communiste est un terme très chargé et notamment par l’échec de la propriété collective à l’échelle de l’Etat. »
« Le terme de commun est un terme sur lequel on peut se retrouver en fonction de différentes origines. »

 Sur l’économie collaborative 
« L’exemple d’Uber comme modèle d’économie collaborative défraie la chronique par rapport à ce qui existait avant. »
« L’économie collaborative est une économie qui ressemble beaucoup à ce qui existait avant : Uber est une entreprise privée qui est en quasi monopole sur un certain mode de transport et qui décide du prix auquel les conducteurs vont travailler, la façon dont ça va fonctionner et l’usager n’a pas son mot à dire. »
« L’important c’est de transformer ce type d’entreprise en commun c’est à dire une rencontre réelle entre les travailleurs et les usagers pour se comprendre sur des tarifs raisonnables. »
« Il y a moyen de faire converger les taxis traditionnels avec les chauffeurs Uber dans la construction d’un véritable commun de la mobilité voiture - qui serait d’ailleurs très complémentaire du commun évoqué en terme de transport ferroviaire. »

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Vos réactions

  • l’auteur vit dans ses rêves petits bourgeois.
    ce type de collectivisme sera certainement possible quand les travailleurs ne seront plus aliénés.
    Pour l’instant, on doit faire face à la monté du nazisme en Europe, et au marché mondialisé de l’autre, le tout dans le cadre de changements climatiques aussi rapides que dangereux.

    Donc d’abord on instaure une planification de l’économie par l’État, ensuite on verra à quel rythme on peut "abolir" cet État

    https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/utopi-1.htm

    On a pas le temps de permettre aux gauchistes idéalistes de rêver...

    kheymrad Le 27 juin à 16:56
  •  
  • et on rappelle à l’auteur qu’il n’y a pas eu "d’échec" de l’URSS.
    Il y a eu des imbéciles qui ont instaurer une démocratie bourgeoise au milieu du processus révolutionnaire.

    L’économie de l’URSS se portait très bien, loin de la société de consommation. Aujourd’hui, la Chine est la première puissance économique mondiale, et son organe de planification économique par l’État et au coeur de ce succès.

    kheymrad Le 27 juin à 16:59
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