Accueil | Par Pierre Jacquemain | 5 mars 2018

Bernard Landau : « À Paris, on est dans l’idée d’une libéralisation totale de la façon de fabriquer la ville. »

Dans le cadre du projet urbain "réinventer Paris", les élus et parisiens ont découvert par voie de presse l’intention d’Anne Hidalgo de commander trois nouvelles passerelles "habitées" sur la Seine. Un collectif d’architecte et d’urbaniste ont répondu à la Maire de Paris dans une tribune parue dans Libération : "La Seine n’est pas vendre !". L’architecte Bernard Landau, co-auteur de la tribune, est l’invité de La Midinale.

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VERBATIM

Sur le projet de constructions de trois passerelles habitées sur la Seine

« On a appris par la presse - les conseillers de Paris et les parisiens - qu’il y avait à l’étude des projets de passerelles habitées sur la Seine. »
« La Seine n’est pas une autoroute. »
« La Seine est juridiquement un espace public naturel. »
« Juridiquement, c’est une affaire très compliquée à mener. »
« On est obligé d’alerter l’opinion publique. »
« On a mis le doigt dans un engrenage d’occupation du domaine public de la ville qui est inaliénable, imprescriptible. »

Sur la tribune publié dans Libé

« On n’est pas des défenseurs rétrogrades du patrimoine ; on n’est pas fermé à ce que de nouveaux franchissements de facture contemporaine, élégante, puissent s’implanter sur la Seine. »
« La tribune vise à ouvrir un débat. On est à près de 300 signatures. Donc on va réfléchir à comment mieux organiser ce débat. »

Sur la commande des trois passerelles

« Il y a dans cette affaire l’objectif des JO 2024 et l’idée d’inventer un truc un peu flashy, qui montre que à Paris on est dans le coup et on fait des choses exceptionnelles. »
« J’appelle ça un peu l’urbanisme poker/menteur . »
« Jamais un pont sur Paris, depuis qu’on a détruit le dernier pont habité, ne s’est construit comme ça. Un pont c’est un équipement public. »
« On est dans une idée de libéralisation totale de la façon de fabriquer la Ville. »

Sur le transfert au privé des aménagements urbains

« Il y a une énorme concentration depuis les 15 dernières années des acteurs du BTP et du coup ça a des conséquences pour les architectes où seules des grosses équipes peuvent participer du nouveau jeu du Monopoly urbain. »

Sur la politique de la municipalité

« La Ville de Paris est dans des injonctions contradictoires. »
« On fait beaucoup de logements sociaux mais la pression foncière parisienne et la densification de la ville - c’est-à-dire la tentative de grignoter sur les espaces vides pour y construire, n’a jamais été aussi forte. »
« Le rôle du politique est de donner les règles du jeu et pas d’offrir des possibilités qui vont au-delà de ce que l’on pourrait penser de l’esprit d’une gestion sociale de la Ville. »

Sur l’inscription des trois ponts dans le Grand Paris

« La Ville possède des ouvrages d’art qui franchissent la Seine au-delà du périphérique. »
« Je pense qu’à l’heure du Grand Paris, alors que dans Paris on a un records mondial de ponts, avec un pont tous les 500m, et que dès qu’on franchit le périphérique on a un point tous les 4km, les priorités de franchissement ne sont pas dans Paris. »
« Trois ponts pour Paris, dans ce contexte, c’est renforcer l’entre soi. »

Sur le rapport écologie / urbanité

« Je suis un peu orientaliste (…). Il n’y a pas de séparation entre les êtres humains au sens large et le cadre dans lequel nous vivons. »
« Il y a une telle pression foncière dans les villes que se battre pour avoir un bout de terre est un combat permanent. »
« C’est mieux d’avoir des arbres en pleine terre plutôt que de l’architecture avec un arbre à tous les étages. »
« La végétalisation des toits à plein de vertus. »
« Je ne vois pas en quoi une passerelle, fut-elle plantée de cinq arbres et de trois cafés, ajoute à la vision écologique de l’histoire. »

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