Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 3 septembre 2018

Bertrand Badie : « Le populisme, c’est le contraire de l’internationalisme »

Fin du multilatéralisme, retour des populismes. Où va le monde ? Pour la rentrée de #LaMidinale, le spécialiste des relations internationales, auteur de « Le Retour des populismes » aux éditions de La Découverte, Bertrand Badie est notre invité.

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VERBATIM

 

 Sur le populisme 
« Le populisme, par définition, disparaît et réapparaît, un peu comme des vagues. »
« Le populisme, ce n’est pas un régime ni une doctrine, c’est une situation. »
« Le trait commun [à tous les populismes], c’est une crise institutionnelle profonde : de confiance, d’échec et le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative dans d’autres formes d’ordre politique. »
« Le populisme va se réfugier et se cristalliser dans l’extrapolitique : l’ethnie, la race, l’identité sous toutes ses formes, une vision nouvelle et néoconservatrice de la nation, le chef ou une certaine vision de la cité hors de la compétition entre partis. »
« Les idéologies sont mortes avec le populisme. »

 Sur Donald Trump 
« Trump n’a pas de diplomatie, il a une diplomatie électorale c’est-à-dire plaire à ceux qui l’ont porté au pouvoir. »
« C’est le grand paradoxe de notre décennie : la superpuissance américaine inventeure de la mondialisation est devenue le premier contestataire de la mondialisation à travers le protectionnisme, à travers la dénonciation du multilatéralisme sous toutes ses formes. »
« Le but de M. Trump, ce n’est rien d’autre que d’être réélu par ceux qui l’ont porté au pouvoir. »

 Sur le populisme d’Emmanuel Macron 
« Le populisme, c’est un peu comme la teneur en becquerel lors des accidents dans les centrales nucléaires. »
« Il y a du populisme partout. »
« La manière dont Emmanuel Macron s’est mis en scène, joue la communication, veut transcender les partis politiques, nier la distinction entre la droite et la gauche, dépasser les grands débats politiques, c’est quelque chose qui ressemble à du populisme. »
« Et en même temps, Emmanuel Macron est quelqu’un qui, de manière très évidente, est issu de l’élite, de l’énarchie, qui incarne ces pouvoirs, que le populisme stigmatise et dénonce. »

 Sur le rapport du populisme au nationalisme 
« Le propre du populisme à travers sa négation des idéologies et de la politique au sens classique du terme, c’est le retour à l’identité. »
« La nation, celle qui a été fondée notamment dans le contexte du XIXè siècle, c’est une conquête, celle d’un droit, d’une souveraineté, contre un pouvoir absolutiste, contre une tutelle impériale, contre une puissance colonisatrice. »
« Le néo-nationalisme aujourd’hui, c’est la nation comme repli, comme privative de droits : dans sa manifestation xénophobe, de rejet des migrants, de l’autre, d’affirmation culturaliste, de retour aux racines, de refus de ce qui fait l’essence de la nation révolutionnaire, c’est-à-dire une communauté politique issus justement de différentes cultures, de différentes ethnies, de différentes religions. »
« La nation aujourd’hui et notamment dans les pays du Nord, c’est une nation reculturalisée, chrétienne, blanche, qui s’affirme contre les minorités, contre l’étranger, contre la mondialisation dont elle a peur. »

 Sur le populisme et le monde 
« Le populisme, c’est le contraire de l’internationalisme. »
« Le nationalisme épouse une vision frileuse de la mondialisation. »
« La mondialisation est ce que l’on en fera : il y a une mondialisation de droite et une mondialisation de gauche. »
« La mondialisation de gauche, c’est celle qui fait revivre l’idéal internationaliste, c’est-à-dire qui donne un sens nouveau et plus fort à l’idée de solidarité internationale. »
« Le populisme, c’est le refus de la mondialisation au nom de l’égoïsme national. »

 Sur Jean-Luc Mélenchon 
« Je pense que Jean-Luc Mélenchon prend un risque. »
« En partant de cette vision populiste de la nation, on risque d’avoir une vision caricaturale de la mondialisation et de sortir de l’internationalisme. »
« L’internationalisme, c’est l’idée que seule la solidarité entre les mouvements ouvriers pourra conduire à un changement social. »

 Sur le terrain de la diplomatie internationale 
« Le multilatéralisme est en péril de mort. »
« La force du discours de Kofi Annan c’est d’avoir averti : la solidarité entre les peuples pourrait mettre un terme aux violences que nous connaissons dans le monde contemporain. »
« Nous connaissons des formes nouvelles de conflit qui n’ont rien à voir avec les guerres interétatiques d’autrefois mais qui sont l’expression de ce défaut d’intégration sociale et internationale. »
« Il faut rebâtir le multilatéralisme sous forme d’un multilatéralisme social. »

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  • « En partant de cette vision populiste de la nation... » A quelle vision populiste de la nation , B Badie fait il référence . Qu’elle partie ou proposion du programme « l’Avenir en Commun »permettent, selon lui , d’étayer ce qu’il affirme.

    A plusieurs reprises B Badie utilise le concept de « mondialisation » , à aucun moment celui de capitalisme. Pourtant la mondialisation que l’on nous impose, notamment au travers des traités européens et de libre échange, sont le fruit d’une mondialisation imposé à marche forcée par un capitalisme néolibéral, mondialisé et financiarisé.

    Affirmation pour affirmation , peut-être que la position qu’occupe B Badie dans l’espace social , les honneurs et rétributions qu’il en retire, caractérise son point de vue comme aurait pu le dire Pierre Bourdieu , et ne le prédisposent pas au changement.

    Gege Le 4 septembre à 14:13
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