Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 16 avril 2021

Bruno Jaffré : « Thomas Sankara a rendu dignité et fierté à la jeunesse africaine »

L’ex-président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, sera bientôt jugé pour complicité d’assassinat de Thomas Sankara. Le rôle de la France, comme de nombreux autres pays, sera aussi interrogé au cours de ce procès. Bruno Jaffré, auteur de La liberté contre le destin, discours de Thomas Sankara (Éditions Syllepse), est l’invité de #LaMidinale​.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le procès pour complicité d’assassinat de Thomas Sankara 
« On va faire le procès de plusieurs hommes dont le principal accusé est Blaise Compaoré. »
« Il s’agit d’un procès historique dans la mesure où Thomas Sankara était l’une des plus grandes références de la fin du XXème siècle à la fois comme dirigeant révolutionnaire et promoteur d’un nouveau modèle de développement autocentré et indépendant. »
« Ce procès traitera des hommes qui ont organisé le complot à l’intérieur du pays. Il y a aussi une instruction qui concerne un complot à l’international qui reste à élucider. »
« Le dossier sur le complot à l’international n’est pas fermé. »
« Nous exigeons que la France, qui est citée parmi les pays complices de ce complot, ou plutôt présumés complices de ce complot, envoie les documents déclassifiés concernant l’assassinat de Thomas Sankara - documents qui n’ont toujours pas été fournis. »
« En novembre 2017, Emmanuel Macron a promis d’envoyer tous les documents classifiés secret défense. »
« La thèse officielle de Blaise Compaoré au lendemain de la mort de Thomas Sankara c’était de dire qu’il devait être arrêté avec ses amis. »
« Dans des auditions de gendarmes burkinabés, on apprend que des Français sont venus le 16 octobre à Ouagadougou pour détruire des écoutes téléphoniques qui accusaient Blaise Compaoré d’avoir préparé un complot. »

 Sur les intérêts de la France au Burkina 
« Thomas Sankara tranchait avec tous les dirigeants de la région à part celui qui était au Ghana. »
« Thomas Sankara dérangeait parce qu’il était jeune et très populaire : il était en train de mettre en place un modèle, malgré les difficultés, qui produisait une certaine réussite économique. »
« Sankara a démontré qu’un pays africain indépendant peut construire un modèle de développement qui tranche par rapport à tout ce que l’on voit dans la région. »
« La jeunesse africaine regardait Sankara avec beaucoup d’intérêt. Il était la preuve qu’il était possible de lutter contre la corruption, mettre de l’ordre dans les administrations et organiser la mobilisation d’une population dans un pays pauvre. »
« Ce qui est un élément déclencheur de la colère de la France c’est lorsque Thomas Sankara a fait campagne pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie à l’ONU. À l’époque, Jacques Chirac avait écrit au ministre de la coopération de Sankara pour dire que Sankara avait été trop loin et que la France allait diminuer l’aide prévue pour le Burkina. »
« La France ne voulait pas qu’on remette en cause la présence des entreprises françaises au Burkina. »
« Thomas Sankara c’était une forme de dignité et de fierté. Il a rendu dignité et fierté à la jeunesse africaine. »

 Sur l’héritage de Thomas Sankara 
« Il y a un très lourd héritage Sankara mais il y aussi une espèce de fumée qui entoure Sankara qui fait que tout le monde est sankariste, même le gouvernement actuel. »
« Ceux qui dirigent le pays aujourd’hui - et qui se revendiquent du sankarisme - sont les mêmes qui étaient du côté de Compaoré au moment de l’assassinat de Sankara. »
« Les partis politiques qui se réclament de Sankara ont une longue histoire de déchirements entre eux et d’accusations internes et ils sont plus ou moins déconsidérés. »
« On cultive une image idyllique de Sankara sans jamais discuter de ce que signifie être sankariste aujourd’hui. »
« Ceux qui se réclament de Sankara aujourd’hui ont perdu tout ce qui concerne son idéologie révolutionnaire. »
« Après son assassinat, tout a été fait par ses successeurs pour détruire l’image positive de Thomas Sankara. »
« L’insurrection a été un moment que je considère comme extraordinaire. »
« Au lendemain de l’assassinat de Thomas Sankara, personne n’a été en mesure de prendre en charge le pays et d’apporter des perspectives de changement politique. »

 Que reste-t-il du sankarisme, notamment en France ? 
« Thomas Sankara n’a pas travaillé que pour l’Afrique. »
« Thomas Sankara a beaucoup remis en question l’Etat. C’est même fondamental dans sa politique. »
« Thomas Sankara a démystifié le pouvoir en refusant le culte de la personnalité et en mettant les ministres en congés tous les ans, au moins de façon symbolique. »
« Thomas Sankara a construit un pouvoir populaire dans lequel il faut aller chercher des inspirations. »
« On a tendance à croire que la réforme au Burkina Faso, ça a été de donner la terre aux paysans parce que les gens ont pour modèle les grands latifundia (…). Mais cela n’existait pas au Burkina Faso : il y avait des chefs locaux qui avaient le pouvoir de donner la terre mais sans pouvoir de propriété. »
« Thomas Sankara a créé un parti dans lequel il voulait unifier tous les groupes de gauche qui existaient, dont les amis de Blaise Compaoré qui sont très rapidement devenus les défenseurs du néolibéralisme. »

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