Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 26 novembre 2020

Caroline De Haas : « Les reculs sur les questions sociales et les libertés ont un impact sur les droits des femmes »

Lendemain de mobilisation contre les violences faites aux femmes. Le mouvement social plus fort que les pouvoirs publics ? Caroline De Haas, militante féministe, membre de #NousToutes, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la mort de Diego Maradona et la réaction de l’Elysée 
« C’est toujours compliqué quand il y a une icône d’un sport ou d’un art qui décède de parler des violences qu’il a commise. Il y a beaucoup d’émotion dans la société. »
« Ce que je trouve intéressant c’est à quel point ces violences vont être oubliées quand on va faire l’historique de ces personnes. »
« Le communiqué de presse du président de la République a parlé de “ceux qui ont négocié avec leur compagne pour que leur fils s’appelle Diego“. Je ne sais pas ce que les championnes de foot pensent de ce type de communiqué de presse mais c’est assez symptomatique de la façon dont les femmes en général et la question des violences qu’elles subissent, sont complètement absentes de l’agenda politique. »
« Le président de la République est à des années lumières de comprendre la problématique d’égalité entre les femmes et les hommes : ça ne l’intéresse pas et il n’est pas sensibilisé. »
« Pour quelqu’un qui s’est présenté comme un homme moderne, alors que cette question de l’égalité femmes/hommes fait partie des grands mouvements sociaux de ces dernières années, le fait que sur ces sujets là il soit complètement en décalage, ça donne un sentiment d’un vieux monsieur. D’un monsieur d’un autre siècle. »
« Emmanuel Macron ne mène pas une politique de droite sur la question de l’égalité femmes/hommes, il ne mène pas de politique. »

 Sur les violences policières dans les manifestations féministes 
« Nous sommes dans un pays dans lequel le pouvoir a laissé la violence s’exprimer parmi les forces de l’ordre sans rien cadrer. Le préfet de police Didier Lallement en est l’incarnation. »
« Les mouvements féministes ont été criminalisé, pénalisé et victimes de violences que plus tard dans l’historie du pays. »
« Les premières violences policières ont eu lieu d’abord dans les quartiers populaires. Ensuite on les a vues apparaitre dans l’espace public au moment de la loi travail. La question des violences que subissent les mouvements féministes arrivent plus tard. »
« Les premières images choquantes de violences policières qui ont émergé dans l’espace public ont eu lieu le 8 mars de l’année dernière lors de la manif de nuit. »
« Les violences policières s’étendent petit à petit à toutes les couches de la société (…). Il y a maintenant des violences policières dans tous les mouvements sociaux, quels qu’ils soient. »

 Sur la vidéo du président à propos des violences faites aux femmes  
« Il y a une évolution sur la question des violences faites aux femmes. »
« Les pouvoirs publics ne sont pas complètement déconnectés de ce qu’il se passe dans la société. »
« Il y a un décalage entre le mouvement social, la demande sociale d’égalités, et l’ampleur des politiques publiques. »
« La vidéo d’Emmanuel Macron montre à quel point il ne comprend rien. » 
« Emmanuel Macron passe l’ensemble de la vidéo à expliquer aux femmes qu’il faut qu’elles parlent alors qu’elles parlent depuis des décennies quand elles sont victimes de violence. Le problème c’est qu’on ne les entend pas. »
« Cette vidéo est totalement contre productive parce qu’il explique aux femmes que si elles sont victimes de violences c’est quand même un peu de leur faute, c’est qu’elles n’ont pas parlé assez fort. C’est grave de dire ça. »

 Sur la ligne téléphonique du 3919  
« Le 3919 est géré par une association qui s’appelle solidarité femmes. La ligne est ouverte tous les jours de 9 à 21h et l’objectif c’est de la faire passer à 24h/24. »
« Les juristes ont expliqué que si le gouvernement voulait passer le service du 3919 à 24h/24, ça ne pouvait plus passer par une subvention à une association mais par un appel d’offres, donc une mise en concurrence. »
« On va tirer par le bas la qualité du service public du 3919. »

 Sur l’inaction du gouvernement en matière de violences faites aux femmes 
« C’est difficile de parler d’inaction parce qu’ils existent des actions depuis longtemps. »
« Il y a 3000 femmes qui bénéficient chaque année d’une ordonnance de protection. C’est un dispositif qui permet de faire en sorte que le conjoint ne s’approche pas. En Espagne, ce dispositif en délivre plus de 20000 par an. On ne peut pas parler d’inaction mais d’un manque d’ambition. » 
« Il y a des hébergements en France pour les femmes victimes. Mais les places disponibles ne permettent pas d’atteindre le seuil minimal définit par l’Union européenne. »
« Ce qu’il se passe n’est pas à la hauteur pour en finir avec les violences faites aux femmes. Les politiques publiques ne sont pas efficaces. »

 Sur la formation des policiers 
« Ce qui nous manque en matière de violences c’est beaucoup de données. »
« Il y a un audit qui a été mené par le ministère de l’Intérieur qui nous dit que 90% des femmes sont contentes de l’accueil en commissariat. »
« On voit qu’il y a une augmentation du nombre de plaintes. »
« Aujourd’hui, on ne sait pas mesurer la manière dont les femmes sont accueillies. »
« Il n’y a pas aujourd’hui de formation massive et obligatoire des forces de l’ordre sur l’accueil de la parole. Ça n’existe pas. »
« Pour faire des formations de policiers et de gendarmes, je vois bien qu’on est encore très loin d’une culture commune, d’une homogénéité dans la prise en charge des victimes et dans la compréhension des mécanismes de la violence. »

 Sur l’évolution des droits des femmes 
« Dans le monde, on fait face à des lobbys très importants et très inquiétants. »
« Sur la scène internationale, il y a des tensions très fortes et des risques de recul des droits dans certains pays. On l’a vu en Pologne avec la question du droit à l’avortement. »
« En France, je ne dirais pas que ça recule sur le droit des femmes. En revanche, comme ça recule sur les questions sociales et des libertés, ça a forcément un impact sur les droits des femmes. »
« Sur les droits des femmes, ça ne recule pas mais ça n’avance pas suffisamment. »
« Les mouvements sociaux que l’on vit en ce moment génèrent des bouleversent majeurs dans la société - même quand les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur. »
« Les médias sont intéressants à observer : c’est la première fois que le Monde fait ça une sur le crime d’inceste. C’est la première fois que ce mot, cette expression, est en Une du Monde. »

 Sur la présidentielle 2022 
« Je suis très optimiste sur la question de l’égalité femmes/hommes, je suis en dépression politique sur le reste. »
« Ma conviction c’est que même si la gauche, les écologistes et les mouvements sociaux réussissent à trouver un candidat ou une candidate unique, même si on arrivait à faire ça et c’est franchement pas gagné, le pays aujourd’hui n’est pas en état idéologique pour voter pour un candidat ou une candidate de gauche ou écologiste. »
« La gauche devrait s’inspirer de ce que l’on a fait à #NousToutes. On a mis en place des formations sur Internet sur la question des violences : on a formé près de 50000 personnes à détecter les violences, à comprendre les mécanismes des violences. Ces formations ont eu un impact dans la société sur le niveau de conscience. On a dépassé le seul champ des militants et des militantes féministes. Et je pense qu’une de nos missions dans les mois et les années qui viennent, c’est de préparer le pays à voter pour quelqu’un de radicalement de gauche et écologiste. Et ça peut passer par des formations. »
« Il y a eu un abandon de la dimension de formation dans les partis politiques, les syndicats et les mouvements sociaux. »
« Quand vous formez une personne, derrière vous touchez cent personnes qui vont être plus à même de changer le monde et de s’engager. »

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