Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 11 janvier 2021

Caroline Izambert : « Il faut donner la parole aux non-soignants pour revitaliser notre système de santé »

La santé est un objet politique et pas un objet de politique. C’est ce qu’affirment les auteurs de Pandemopolitique, réinventer la santé en commun (Éditions La Découverte). Le Covid n’est pas une pandémie mais une syndémie. Caroline Izambert, historienne et co-autrice de l’ouvrage, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur la syndémie
« Le Covid-19 est un virus qui rencontre des populations qui ont un certain nombre de caractéristiques comme les personnes âgées ou les personnes porteuses de comorbidité. »
« Depuis une vingtaine d’années, les questions de santé des gens - au sens ou comment vont les gens - ont été beaucoup moins au centre du débat. »
« On a beaucoup parlé du virus mais les comorbidités devraient être beaucoup plus centrales dans les débats autour de la crise sanitaire. »

Sur le caractère systémique du triage en santé
« Le tri est la pratique normale de la médecine et il est étonnant d’avoir entendu des responsables politiques affirmer qu’on n’avait pas trié. »
« On a privilégié de manière structurelle certaines choses au détriment d’autres dans notre système de soin. Par exemple, on a privilégié plutôt une médecine de pointe, hyper-technique, très centrée sur la bio-médecine, plutôt qu’une médecine fondée sur la prévention et des approches en santé publique. Tout cela a eu comme effet de ne pas bien anticiper la question des maladies chroniques et de l’état global de la situation. »
« Un autre aspect du triage systémique c’est que l’état de santé des populations est déterminé par un certain nombre de facteurs et il y a des discriminations qui traversent la société française : en fonction de l’endroit où vous vivez ou les discriminations à caractère raciste. Vous n’arrivez pas face à cette pandémie avec le même état de santé et la même exposition au virus. »

Sur les inégalités
« Les épidémies appuient sur des inégalités préexistantes dans les sociétés. »
« Le Covid appuie sur des endroits où ça fait mal : l’âge et les maladies chroniques. »
« Dans cette crise sanitaire on n’a jamais autant parlé d’inégalités sociales en santé alors que c’était un terrain qui n’est pas l’épidémiologie la plus développée en France contrairement aux britanniques qui produisent plus de données sur les inégalités sociales en santé - ce qui ne veut pas dire qu’ils ont moins d’inégalité mais ils les connaissent mieux. »
« À la fois le virus ne frappe pas au hasard mais aussi les mesures sanitaires ont eu des conséquences sur les populations : les personnes en télétravail dans des logements suffisamment grands ont moins été exposées au virus que les travailleurs qu’on appelait peu qualifiés par le passé et qui sont devenus les travailleurs essentiels. »
« Le virus et les mesures qui ont été prises ont fait système et c’est pour ça qu’on parle de triage systémique pour rendre l’épidémie plus violente et plus meurtrière dans certains endroits de la société plutôt que d’autres. »

Sur notre rapport à la santé
« On veut lancer un débat avec ce livre en ayant une position un peu hétérodoxe à gauche : il y a eu pendant longtemps un horizon avec un certain système de soins parfaitement égalitaire qui accordait de manière illimitée des ressources pour le bien-être et la santé de chacun. Il faut continuer à être guidé par cette aspiration mais il y a un certain nombre de signaux qui montrent qu’aujourd’hui on n’a pas toutes les ressources suffisantes. »
« Le problème n’est pas le triage en soi, ni de compter ou d’évaluer mais les critères qui permettent de choisir quelle allocation de moyens on donne aujourd’hui à notre système de santé. »
« La question est : comment on remet de la démocratie dans le fait que ce soit les citoyens qui décident de quelle justice sociale ils veulent porter dans notre système de santé ? »

Sur la technocratie sanitaire
« Quand vous avez une administration qui est dirigée par des mesures d’économie, si du jour au lendemain vous lui demandez de faire de la santé publique, elle n’est pas outillée. Elle ne sait pas faire. »
« Un système de soin idéal n’est pas forcément ni gouverné par des gestionnaires ni par des médecins, il est gouverné par les personnes concernées que nous sommes tous : les usagers. »

Sur la santé communautaire
« La santé communautaire s’appuie sur des non-soignants qui ont une connaissance extrêmement fine du milieu dans lequel ils vivent. C’est une approche plus tournée sur la prévention et les stratégies sur-mesure en fonction des personnes. C’est ce dont on a manqué dans la crise. »
« Ce qui est dommage c’est que les populations les plus fragiles face au virus n’aient pas bénéficié d’un accompagnement pour mettre en place la réduction des risques. Les seuls outils qui ont été utilisés sont les outils les plus autoritaires de la santé publique : couvre-feu, attestations, confinement. »
« On peut revitaliser notre système de santé en donnant la parole aux non-soignants. »
« La santé est l’affaire de tous et non de spécialistes. »

Sur VIH et Covid
« Il y a des caractéristiques du Covid et du VIH qui font que c’est pas la même affaire de fabriquer un vaccin pour l’un ou pour l’autre. »
« Le corps humain, à la différence du Covid, ne sait pas se débarrasser du VIH. »
« Il y a un triage des maladies et le VIH à côté d’autres maladies a même été moins négligé. Aujourd’hui, on a une recherche scientifique qui est beaucoup guidée par les laboratoires pharmaceutiques - là où il y a de l’argent à s faire. »

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