Accueil | Par Pablo Vivien-Pillaud | 22 février 2021

Caroline Mecary : « Dans l’opposition à la PMA pour toutes, il y a un fond homophobe inconscient »

Dimanche avait lieu une manifestation pour ne pas que le projet de loi bioéthique ne soit complètement dénaturé et que la promesse de légalisation de la PMA pour toutes devienne véritablement une réalité. Caroline Mecary, avocate spécialiste des droits de la famille, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou en couple de femmes 
« Les sénateurs ont deux biais : ils parlent à leur électorat et ils sont des hommes qui appartiennent à une génération relativement ancienne de sorte qu’ils ne peuvent pas comprendre les évolutions sociétales de la France et de l’Europe d’aujourd’hui. »
« En France, on est persuadé de comprendre beaucoup mieux les situations que les autres : nous aurions un savoir particulier sur la médecine, nous serions les tenants de l’éthique… Dès lors que l’on touche à ses questions, il y a donc des réticences. »
« La réglementation sur la PMA date de 1974 - même si elle a évolué avec 2 évolutions notables de la loi. Au-delà de cela, le législateur a toujours souhaité qu’il y ait une évolution régulière dans la mesure où les progrès de la médecine sont constants. »
« Les conservatismes viennent des conceptions religieuses des techniques médicales. »
« Dans les années 1980, l’Eglise considérait que le recours aux techniques de PMA était pour les couples hétérosexuels comme un adultère. »
« Le poids de l’Eglise ne se manifeste plus de la même manière quoique les évêques ont pris position contre la PMA mais passe par d’autres canaux comme le la Manif pour Tous ou Sens Commun. Ces collectifs ont des moyens financiers et ont parfaitement su intégrer les outils d’une propagande anti-PMA efficace - n’oublions pas qu’ils ont fait peur à François Hollande pendant les débats du mariage pour tous. S’ensuit une frilosité qui arrange bien les sénateurs. »
« L’évolution de la loi ne se fait pas de manière aussi rapide qu’on le souhaiterait - surtout si on compare la France aux 14 pays européens qui nous entourent et qui, eux, ont déjà ouvert la PMA aux couples de femmes… et les 26 pays européens qui ont déjà ouvert la PMA aux femmes célibataires. La France se situe en queue de peloton de l’Europe sur cette question. »

 Sur l’opposition à la PMA 
« Dans l’opposition à la PMA pour toutes, il y a un fond homophobe inconscient. »
« Les opposants à la PMA considèrent qu’il n’y a qu’un seul modèle familial possible : un homme et une femme. Si un homme et une femme ne peuvent pas avoir d’enfant, ils ont le droit de recourir à la PMA : c’est le modèle dominant. Mais ces gens-là ne peuvent pas admettre que l’enfant puisse naître pour un couple de femmes parce que ce n’est pas dans leur imaginaire. »
« Les techniques médicales de PMA ne soignent pas l’infertilité : l’infertilité d’une femme ou d’un homme hétérosexuel demeure. »
« Le fait que deux femmes ensemble ne puissent pas avoir un enfant, qu’importe la raison, ce qui compte, c’est qu’elles désirent un enfant (comme les couples hétérosexuels) - enfant qui va d’ailleurs participer à la pérennisation de notre société. »

 Sur le projet de loi bioéthique 
« Si on arrive à obtenir l’ouverture de la PMA à toutes les femmes en couple ou célibataires, ce sera déjà une grande avancée. Ca ne règlera pas toutes les questions mais cela règlera la majorité des demandes. »
« L’autoconservation des ovocytes devrait revenir à l’Assemblée nationale [en deuxième lecture]. »
« La PMA post-mortem avait été écartée à l’Assemblée nationale mais à très peu de voix. Il est possible qu’on arrive à l’obtenir. »
« Sur la question de la PMA pour les personnes trans, on y arrivera - peut-être pas aujourd’hui mais on y arrivera. Et si ce n’est pas possible en France, les personnes iront d’abord dans un premier temps à l’étranger et l’on verra alors l’obsolescence de la loi française. »
« On ne peut pas encadrer les procréations artisanales. On ne peut pas empêcher les gens d’avoir des enfants. Il y aura toujours des pratiques en dehors du cadre légal. »
« Le mieux, c’est de faire en sorte que le cadre légal permette d’inclure un maximum de situations. »
« Le projet de loi bioéthique devra être réexaminé dans 7 ans parce que dans 7 ans, il y aura eu des évolutions médicales, parce que dans 7 ans, on va se rendre compte que l’infertilité des femmes et de hommes aura été croissante du fait des perturbateurs endocriniens, de la pollution de l’air, des sols et de l’eau. »

 Sur l’état de nos droits et de nos libertés 
« Je suis lucide : je vois très bien que l’on a un président et un gouvernement qui utilisent la pandémie pour imposer un état d’urgence sanitaire dont je rappelle qu’aujourd’hui il est valable jusqu’au 1er juin 2021. Qu’est-ce que ça veut dire un état d’urgence sanitaire ? Ca veut dire que les décisions qui doivent être prises par le législatif sont prises par l’exécutif, c’est-à-dire par le gouvernement sans presqu’aucun contrôle. »
« Il y a une concentration des pouvoirs dans les mains d’une toute petite minorité : le président de la République, son conseil de défense et le gouvernement qui met en musique les décisions. »
« On a vu apparaître un nombre important de lois qui diminuent les libertés des citoyens : la dernière en date, c’est la loi sur le séparatisme… loi qui n’a rien à voir avec la pandémie et qui, théoriquement, est une réponse à l’assassinat de Samuel Paty. Cela aurait du décider ce gouvernement à mettre les moyens à l’école et pour que les territoires et les “quartiers perdus de la République”, on recrée du lien social. Mais cela ne va pas se faire en un an ! C’est du long terme. »
« On ne dit jamais un mot sur le séparatisme des ultra-riches qui, sans aucune difficulté, vont faire de l’évasion fiscale, c’est-à-dire un manque-à-gagner évalué aujourd’hui entre 80 et 100 milliards d’euros. »
« En 2022, contrairement à ce que pense Emmanuel Macron à force de vouloir faire monter Marine Le Pen et de la légitimer comme étant son adversaire naturelle, il risque fort de ne même pas être au deuxième tour de la présidentielle. »
« Aujourd’hui, les poches de résistance sont minoritaires que ce soit dans les manifestations ou dans la gauche de Jean-Luc Mélenchon. On y va mais ca reste minoritaire… »
« Le problème, c’est que l’on doit faire face à des grands médias qui appartiennent à de grands capitaines d’industries qui ont un agenda politique, c’est-à-dire pour eux, économique : c’est l’opposition d’une France avec une autre. Parce que ça pose Emmanuel Macron comme une barrière au Rassemblement national… alors qu’il est tout sauf ça ! »
« Emmanuel Macron fait voter des lois que ne désavouent pas le Rassemblement national. L’extrême droite est déjà au pouvoir dans les têtes. »

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