Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 28 novembre 2019

Caroline Roussy : « La force Barkhane est de plus en plus considérée comme une force d’occupation »

Après le drame de la mort des 13 militaires français au Mali dans un accident d’hélicoptère, quelle stratégie pour la France au Sahel ? Quel bilan des opérations Serval et Berkhane ? Caroline Roussy, chercheuse à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et docteure en histoire de l’Afrique contemporaine, est l’invitée de #LaMidinale.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur la présence de la France au Mali 
« Actuellement, on est dans une impasse : cela fait six ans que les Français sont là-bas. Les résultats ne sont pas tangibles, avec, en toile de fond, une montée d’un ressentiment anti-français. »
« La force Barkhane est de plus en plus considérée comme une force d’occupation. »
« Il y a une histoire entre la France et ces pays qui est particulière et qui est marquée du sceau de la colonisation. »

 Sur le ressentiment des Maliens 
« Je ne souhaite pas être la bouche des Maliens et capturer leur message. »
« Ce que l’on peut observer, c’est qu’il y a des drapeaux français qui sont brûlés. »
« Dans une tribune publiée dans Le Monde, le général Bruno Clément-Bollée s’inquiète et envisage un scénario selon lequel les forces françaises pourraient être amenées à partir sous pression populaire. C’est un scénario parmi d’autres mais qui peut être considéré comme crédible. »
« Le ressentiment anti-français est nourri par différentes sources : il y a l’opération Barkhane, il y a aussi la question du franc CFA. C’est un discours de cohésion nationale qui prend de l’ampleur. Il s’exprime violemment sur les réseaux sociaux mais il ne faut pas déconsidérer la parole de ceux qui demandent davantage d’implication de la France. »
« On a l’impression qu’on est dans une tactique court-termiste et on ne voit pas une vision stratégique globale se dessiner. »

 Sur les intérêts de la France au Sahel 
« Il y a sans doute un enjeu économique mais je serais extrêmement prudente parce que je ne dispose pas de toutes les informations. »
« Rarement les engagements militaires sont de type humanitaires. »
« Je ne pense pas qu’il faille tomber, surtout dans la séquence actuelle, dans une dénonciation qui consisterait à dire que la France voudrait seulement sauvegarder ses intérêts. »
« Au début, la France et François Hollande n’avaient pas du tout envie d’intervenir. »
« L’opération Berkhane officie très peu au Niger et son théâtre d’opération est le Mali et le Burkina Faso. »
« Il faut faire attention aux propos qui pourraient être de nature politicienne dans une séquence qui est plutôt dédiée au recueillement. »

 Sur le terrorisme 
« Il y a de plus en plus de chercheurs qui démontrent qu’en réalité, on appose des catégories occidentales sur la situation malienne. En réalité, c’est beaucoup plus flou : les motivations desdits terroristes ne sont pas nécessairement à la création d’un Etat islamique mais des revendications plus opportunistes, pécuniaires, etc. »
« Il y a une assez grande porosité entre la population et les terroristes. »

 Sur la Françafrique 
« Aminata Traoré affirme que la Françafrique a encore de beaux jours devant elle mais, à titre personnel, je me permettrais d’être un peu plus nuancée. »
« La France n’est pas la seule à être investie dans la région : le G5 Sahel et les armées nationales sont mobilisés sur le front. »

 Sur le G5 Sahel 
« Cette organisation a été créée en 2015 pour envisager progressivement un transfert de compétences et un allégement de l’opération Barkhane vers le G5 Sahel et les forces conjointes. »
« Il est extrêmement complexe pour le G5 Sahel de fonctionner sans moyens. »
« Le problème du G5 Sahel, c’est peut-être aussi qu’il est en inadéquation avec la menace actuelle : qu’elle soit de nature terroriste mais pas seulement - car il y aussi le banditisme, le trafic de drogues et divers trafics interlopes. C’est une menace trans-territoriale qui ne s’arrête pas aux frontières du Sahel. Il y a une extension de cette menace vers les pays côtiers que sont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Togo. »
« On peut se demander quel rôle pourrait jouer l’Algérie considérant le fait que pour tenter de trouver des voies de solutions sur la situation malienne – et n’oublions que c’est à Alger que des accords avaient été signés. »
« Il y a fort à craindre que la situation ne cesse de se détériorer. »

 Sur la récupération des 13 militaires français morts par les djihadistes 
« Il est très probable que les terroristes exploitent ces événements. Sur les réseaux sociaux, il y a des rumeurs qui disent qu’en réalité, c’était une attaque djihadiste. »

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Ça fait 10 ans que je dis que le futur secteur des islamistes et que la France ne dois pas rester seule pour assumer le risque d’implantation car l s’agit d’un risque international
    maintenant bien sur que certains souhaitent être indépendant comme c’était le cas en Algérie et au Liban depuis ces même personnes ont compris que c’était une erreur

    yvon kerlidou Le 28 novembre à 18:36
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.