Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 22 octobre 2019

Catalogne : « Le tribunal de Madrid n’est pas indépendant : les juges sont nommés par le gouvernement »

Neuvième jour de mobilisation à Barcelone après la condamnation des dirigeants catalans à de la prison ferme pour avoir organisé un référendum d’autodétermination il y a 3 ans. Pour en parler, Mariana Sanchez, journaliste et co-auteure de Catalogne, la République libre, est l’invitée de #LaMidinale.

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 Sur les raisons des mobilisations à Barcelone actuellement 
« Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la sentence qui a été rendue par le tribunal suprême de Madrid contre les anciens ministres du gouvernement catalan et les deux dirigeants d’association. Ils ont été condamnés pour sédition c’est-à-dire avoir osé organiser le référendum du 1er octobre 2017 pour tester l’idée de l’indépendance auprès de la population catalane. »
« Les Catalans avaient essayé d’organiser le référendum légalement mais avaient échoué à cause de Madrid. »

 Sur la justice espagnole qui a condamné les dirigeants catalans 
« Le tribunal suprême de Madrid n’est pas indépendant : les juges qui y siègent sont nommés par le gouvernement en place. Ainsi, ceux qui ont jugé les dirigeants catalans ont été nommés par le précédent gouvernement, celui de Mariano Rajoy… des gens très connus pour leurs convictions de droite voire d’extrême droite. »
« Contrairement à ce qui se dit en France, la justice espagnole n’est pas indépendante. »

 Sur le sentiment indépendantiste en Catalogne 
« En Catalogne et en Espagne, on entend souvent dire que le plus gros recruteur d’indépendantistes, c’est Mariano Rajoy. »
« Le sentiment catalan est très ancré d’un point de vue culturel notamment, par la langue, par ses traditions… et il a survécu au franquisme ! »
« Sous le franquisme, il y a eu un temps pendant lequel nous n’avions pas le droit de parler catalan puis nous avions le droit mais pas celui de l’écrire ou de l’apprendre à l’école. Ce n’est qu’à la mort de Franco que ces droits ont été rétablis. »
« Au moment de la promulgation de la Constitution espagnole de 1978, des régimes d’autonomie ont été donnés, non seulement aux régions qui, historiquement, le demandaient (le Pays Basque, la Catalogne et la Galice), mais aussi à sept autres régions pour diluer le sentiment catalan dans le contexte espagnol (…). A partir de 2010 et l’arrivée de la droite au pouvoir, ces prérogatives ont commencé à être amoindries. »
« Dans les années 80-90, la mouvance autonomiste faisait à peu près 15% - la Catalogne étant une région à gauche qui votait très majoritairement pour les partis socialiste ou communiste. Après les années 2000, on a un mouvement qui est devenu quasiment majoritaire. »

 Sur le clivage gauche-droite en Catalogne actuellement 
« En Catalogne, le mouvement indépendantiste est trans-courants. »
« Pour Podemos, il y a une différence de point de vue sur la situation entre les Catalans et Madrid, entre Pablo Iglesias et Ada Colau. Podemos a une position claire sur le référendum : ils ont toujours soutenu que le peuple catalan, comme d’autres, puisse organiser un référendum. Mais ils rajoutent qu’une fois le référendum organisé, ils voteront contre l’indépendance. »
« Ada Colau a une position similaire à celle de Madrid mais beaucoup plus campée sur ses positions d’autodétermination et contre la répression. »
« Ada Colau, aujourd’hui et au vu de la situation de crise, tente une espèce de médiation, non pas avec Madrid qui fait la sourde oreille, mais pour parer aux violences et à la répression qui sévit. »

 Sur le dialogue impossible entre Madrid et Barcelone 
« Pedro Sanchez a visité un hôpital hier, lundi 21 octobre. Il y a quand même eu 579 blessés, plus de 300 gravement, 4 qui ont perdu leur œil… et le Premier ministre n’est allé voir qu’un policier blessé et s’est fait huer par le personnel médical. »
« Pedro Sanchez refuse de rencontrer Quim Torra [le président de la Catalogne]. »
« Pedro Sanchez envoie ses émissaires un peu partout en Europe… comme hier, sur BFM TV, où un monsieur est venu expliquer que Quim Torra était un méchant parce qu’il coupait les routes en Catalogne ! Effectivement, Quim Torra fait partie du demi-million de personnes qui ont marché sur les routes catalanes vendredi pour converger à Barcelone. »
« Quim Torra est dans une position compliquée : une partie de sa police, la police catalane dirigée par un de ses ministres, tape sur les gens. »

 Sur la répression policière 
« L’attitude des forces de police, c’est de la provocation. »
« Au lendemain de la grande manifestation, il y a eu des manifestations de jeunes fascistes à Barcelone. La Guardia Civil les a laissé passer et rejoindre d’autres jeunes qui étaient en train de faire un sit-in devant une caserne. Et ce n’est qu’au moment où le cortège fasciste a rejoint les jeunes que les policiers sont intervenus, chargeant majoritairement les jeunes non-violentes. »

 Sur l’issue politique du conflit 
« Pedro Sanchez joue le pourrissement. »
« Il y aura une issue politique possible à partir du moment où Pedro Sanchez acceptera de discuter. »
« Les Catalans se sont mis d’accord sur trois points sur lesquels ils veulent discuter avec Madrid : la paix c’est-à-dire l’arrêt de la violence, l’autodétermination et la libération des prisonniers politiques. »
« Pedro Sanchez se pose sur le terrain de l’unionisme et donne des gages à la droite et à l’extrême droite : au vu des derniers sondages, cela fait monter Ciudadanos, une droite franquiste décomplexée qui passe des alliances avec l’extrême droite dans certains exécutifs locaux, le Parti populaire et Vox, l’extrême droite. »

 Sur le rôle de l’Union européenne 
« Les Catalans, toutes tendances confondues, sont profondément européens. Ils ont été très déçus par l’attitude de l’Union européenne lors du référendum. »
« Les Catalans, depuis le début, en appelle à l’Europe. »
« Ne fût-ce qu’en termes de répression, de droits fondamentaux et même quant à l’autodétermination, l’Europe a quelque chose à faire. »

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