Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 2 octobre 2019

Catherine Tricot : « Il faut conforter la place des salariés et des lanceurs d’alerte dans les usines Seveso »

L’accident de Lubrizol repose la question de la place des usines, notamment dangereuses, en ville. Pour en parler, Catherine Tricot, architecte-urbaniste et directrice de Regards, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur le classement Seveso 
« Seveso est une classification particulière : il s’agit d’établissements classés qui doivent déclarer ce qu’ils contiennent et respecter un certain nombre de règles et de protections. »
« Le classement Seveso dit qu’il y a un risque très élevé et qui a des conséquences qui ne concernent pas que l’usine elle-même. »
« Le classement Seveso peut avoir des conséquences urbaines très importantes : par exemple, autour d’une usine Seveso, on ne peut pas faire passer un autobus ; on ne peut pas construire un pont ou on ne peut pas avoir une école. »
« L’usine Seveso, c’est l’usine mais c’est aussi un périmètre, entre 500 et 800 mètres qui est complètement gelé sur des services très importants de la ville. »

 Sur les usines dangereuses dans les villes 
« En région parisienne, il y a des dépôts pétroliers qui sont des dépôts de sécurité qui permettent d’assurer l’approvisionnement de la région Ile-de-France en cas de guerre ou de rupture d’approvisionnement. Ces dépôts sont classés Seveso. »
« Il y a un héritage industriel qui explique la place de ces usines dans les villes. »
« Il monte depuis des années la revendication de faire sortir les usines Seveso dans les villes parce qu’elles présentent un danger mais aussi parce qu’elles contraignent tout le développement urbain et les aménagements autour des usines. »

 Sur les solutions 
« On va continuer de conserver dans les villes des établissements classés, en revanche, ce qu’il faut, c’est que ces établissements soient réellement soumis à des règles de sécurité. »
« En 2014, au nom de la simplification, de l’allégement administratif, on a permis aux entreprises de ne plus déclarer ce qu’elles stockent. »
« Il faut revenir sur la réglementation de 2014 et durcir les exigences de sécurité : d’une part que l’Etat remplisse véritablement sa mission de contrôle mais aussi s’appuyer sur les salariés. Les salariés doivent être associés à la direction et reconnus comme des interlocuteurs publics. »
« Le fait qu’on ait supprimé les CHSCT dans les entreprises fait qu’on a un allégement de la place et des moyens alloués aux salariés pour pouvoir s’informer et alerter en cas de problème sur leur propre sécurité et du voisinage. »

 Sur l’aménagement du territoire 
« On ne va pas mettre les usines à la campagne. Si on le fait, on va mettre des villes à côté des usines ce qui a été le processus d’urbanisation avec l’industrialisation au 19ème siècle, c’est-à-dire qu’on a construit des villes autour des usines. On ne va pas recommencer ce processus. »
« Il faut que les usines restent dans l’agglomération, en revanche il faut qu’il y ait des règles de sécurité qui soient assurées par plusieurs parties : l’Etat, les salariés et des élus. »

 Sur la communication des autorités en matière sanitaire 
« Leur communication est très anxiogène : il n’y a pas un discours de vérité clair et net. »
« Il y a des éléments probablement vérifiables : la qualité de l’air et la qualité de l’eau (…). Par contre, on sait qu’un toit de 8.000m2 d’amiante s’est écroulé et est parti en fumée : c’est une question importante. Que s’est-il passé avec les fibres d’amiante qui se sont volatilisées dans le territoire ? »
« Ne pas avoir de discours clair et net me semble de nature à aggraver la défiance que les citoyens ont à l’égard des citoyens. »
« Les affaires du Mediator, du sang contaminé… il y a un souci qui n’a cessé de s’aggraver sur les agences qui sont sensées nous représenter et nous défendre dans tous les domaines. »

 Sur l’affaire Zemmour et la responsabilité des chaines d’info 
« Ce qui est frappant, c’est qu’on a fait de l’intervention d’Eric Zemmour un événement politique, alors qu’il n’y a aucune légitimité politique : c’est donc un parti pris éditorial. »
« On est devant une crise de la presse et des médias - notamment des chaines d’info en continue - qui sont en devoir de réinventer leurs missions et leur travail. »
« Une des analyses qui est faite à l’intérieur des médias, c’est qu’il y a trop d’homogénéité dans le traitement de l’information. »
« Il est extrêmement dangereux de ne chercher qu’à faire de la confrontation et du clash. On hystérise complètement les choses, on ne fait que provoquer de la peur, de l’angoisse et probablement alimenter une défiance généralisée à l’égard de toutes les institutions. On joue avec le feu et ceux qui prennent ce parti-là prennent une responsabilité très grande. »

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