Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 4 octobre 2021

Catherine Tricot : « Il ne faut pas seulement entretenir mais transformer nos logements sociaux »

En cette journée nationale des droits des habitants, la Confédération Nationale du Logement tient son congrès des habitants. Pour en parler, Catherine Tricot, architecte-urbaniste et directrice de la revue Regards, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’urgence liée au logement 
« Il y en a beaucoup. Il y a tous ceux qui sont mal logés, ceux qui payent trop, mais s’il y a une urgence absolue, je dirais que c’est celle de préparer le logement pour le réchauffement climatique. C’est-à-dire d’isoler, de construire des logements qui consomment moins, qui sont plus vertueux sur le plan de l’impact écologique. »
« Il était prévu d’isoler 500.000 logements par an, on est au rythme de 70.000. Ça a des conséquences dramatiques en termes de consommation d’énergie et de mal-vivre pour les gens, puisqu’ils mettent un budget fou pour avoir un confort de vie médiocre. »

 Sur la rénovation des logements 
« L’essentiel du logement reste ancien, d’avant la Seconde Guerre mondiale. Donc des logements inconfortables, trop petits. Ceci étant, on a construit beaucoup de logements après-guerre qui vont être rénovés, notamment parce que ce sont des bailleurs qui ont une capacité d’action supérieure aux copropriétés de pauvres ou les maisons individuelles. Les offices HLM ont plus de moyens d’agir que les particuliers. »
« Même rénovés, ce sont des logements qui ne sont plus adaptés aux modes de vie actuels. »
« Les logements des années 50-60 sont beaucoup plus petits que ceux des années 70. Mais, en général, tous sont frappés d’obsolescence : les salons sont trop petits. On a des T4 avec des séjours de 15m², donc quand il faut loger la diversité de la famille avec ses ordinateurs, ses télévisions… Le fait que les gens travaillent à la maison, qu’ils aspirent à sortir de leurs appartements et donc ont besoin d’un balcon – au minimum… Il y a aussi un nouveau rapport au corps, qui fait que les salles de bain sont trop petites. »
« La réhabilitation des logements passe à côté de ces évolutions, faute de quoi ces logements seront de plus en plus délaissés et donc des logements pour les plus pauvres. »
« Le logement social est un logement pour tous : 70% de la population peut y prétendre. Mais ils ne seront habités par tous que s’ils correspondent aux besoins et aux attentes de tous. »
« On est en train de fabriquer du logement de pauvres. »

 Sur la compatibilité avec la société de sobriété 
« La sobriété, c’est de ne pas détruire à tout-va et de réhabiliter au maximum. »
« Il y a des logements qui ne peuvent pas être transformés tant ils ont été construits à l’économie. »

 Sur la demande de constructions 
« La demande n’est pas identique partout sur le territoire. »
« La région parisienne, mais pas seulement, est un endroit avec une très forte demande qui n’est pas satisfaite. Il y a notamment un problème de foncier qui est rare et très cher. La balle n’est pas simplement dans le camp des bailleurs sociaux. Il y a un problème de libération de ce foncier. Il y a aussi un problème idéologique : quand on veut faire du logement social, c’est souvent très compliqué dans les villes, parce qu’il y a une mauvaise appréhension par les habitants du logement social. Pour eux, ça va être du logement mal-famé, mal-habité, qui va apporter des ennuis de voisinage. »
« C’est pour cela qu’il est fondamental de moderniser le logement social pour qu’il redevienne attractif, désirable, qu’on ait envie d’y habiter. »

 Sur l’étalement urbain 
« On ne peut plus continuer de consommer des terres agricoles pour faire des maisons individuelles, qui vont générer des routes, etc. C’est un modèle de développement impossible à soutenir. »
« Comment on répond à ce désir de maison individuelle, si l’alternative, c’est la cage à lapin ? Il faut sortir cette représentation du logement collectif comme étant une cage à lapin. »
« Il faut trouver des façons d’habiter des logements collectifs qui correspondent aux attentes, par exemple en faisant en sorte qu’on accède à son logement par sa terrasse. »
« Il faut que le logement collectif ne soit pas une punition. »

 Sur la place des habitants 
« La place des habitants est centrale dans notre réflexion. »
« J’aime l’idée que les habitants puissent être dans la conception mais aussi dans la fabrication. On peut mobiliser leurs savoirs pour transformer leurs logements. Les compagnons-bâtisseurs font travailler les habitants. »

 Sur les inégalités entre les territoires 
« Dans la banlieue populaire, il y a assez peu de places, de jardins, d’espaces en partage qui font la beauté des villes et le plaisir d’y vivre. Ça fait 40 ans à peine qu’on a commencé à faire des places dans les villes de banlieue. »
« Tout ne relève pas de l’urbanisme. Ce phénomène de ghettoïsation s’est développé beaucoup plus vite que les transformations urbaines. »
« Quelque chose se noue autour de la qualité des services publics, en premier lieu l’école. Les parents ont une grande inquiétude pour leurs enfants sur la formation qu’ils vont recevoir et donc les chances d’avenir qu’ils vont avoir. Si on n’arrive pas à redévelopper un niveau scolaire dans toute la France qui soit de qualité équivalente partout, on n’y arrivera pas. »
« Les élèves de Seine-Saint-Denis perdent une année de scolarité dans leur parcours du fait des professeurs qui ne sont pas remplacés. C’est insensé. »
« Tant qu’on aura ces inégalités, c’est pas la peine de demander aux architectes et aux urbanistes de renverser la donne. »

 Sur le concept de « démobilité » 
« C’est une idée très intéressante, qui s’oppose à l’étalement urbain. Mais avoir à proximité l’école, l’alimentation, la poste, le médecin, etc., ça n’est possible qu’en ville. »
« Il est très important de donner l’accès à la mobilité à tous. Il n’y a pas simplement un problème de devoir cesser de prendre sa voiture pour acheter du pain, amener les enfants au judo, l’autre au collège, etc. Il faut remédier à cette vie infernale avec la voiture en permanence. Mais il y a aussi quelque chose qui a à voir avec la modernité, c’est la possibilité de se déplacer. On ne va pas revenir au village, à faire toute sa vie quotidienne au même endroit. C’est un enfermement irréaliste. »
« Quand on habite Saint-Denis, il faut qu’on puisse aller à Paris. »
« Les Parisiens perdent beaucoup à ne pas oser dépasser le périphérique. Ils ont une vision surannée du monde populaire et de la France. »
« La mobilité reste un objectif, mais il faut la penser dans des conditions écologiques et sociales partagées. »

 Sur l’absence du logement dans le débat public 
« Le logement s’articule à la question de la ville, des transports, des services publics. »
« Le logement, c’est du temps long. Quand on achète, on emprunte sur 20-25 ans. Quand on construit un logement, il va avoir une vie sur 100-150 ans. Ça échappe au temps relativement court de la politique et de la démocratie. »
« On est devant un impensée de la gauche : la question foncière dans le coût du terrain mais aussi dans sa rareté. Tout le monde n’habitera pas Saint-Louis en L’île. Comment répartie-t-on ce bien ? »

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