Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 18 décembre 2020

Cédric Herrou : « Ce qui manque aujourd’hui dans la Roya, ce n’est ni des duvets ni des tentes, ce sont des ponts »

Agriculteur et auteur de Change ton monde aux éditions Les Liens qui Libèrent, Cédric Herrou est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la « guerre » menée par Cédric Herrou 
« Oui, dans une certaine mesure, je suis en guerre : c’est une bataille juridique, une bataille de l’image, une bataille de la parole, une bataille des classes sociales. »
« C’est une bataille de eux contre nous. »
« La migration représente la précarité et les conséquences du néolibéralisme. »
« Je vois le gouvernement et les politiques s’acharner contre la migration alors que c’est l’emblème de la pauvreté. »
« Les migrants sont le reflet de la gestion politique de notre société. »

 Sur l’Etat comme ennemi 
« L’Etat est représenté par le préfet qui est un employé. »
« Le préfet est à l’administration ce que le procureur de la République est à la justice. »
« Il y a des directives ministérielles qui dit quoi faire au préfet des Alpes Maritimes, notamment de lutter contre la migration. Et le préfet, son rôle, c’est, sur la base de cette ordonnance ministérielle, de prendre l’ordre politique et de le rendre légal. »
« Le problème, c’est que l’Etat applique des directives ministérielles parfois sans se soucier de la légalité. »
« Je me bats contre certaines actions de l’Etat mais je ne suis pas pour autant anti-étatique. »
« L’Etat agit parfois dans l’illégalité : le préfet [des Alpes Maritimes] n’a rien à foutre de la justice - il s’est fait condamner plus de 400 fois. »
« Les procédures de retour à la frontière entre la France et l’Italie sont illégales et irrégulières. »
« Même certains policiers sont mal-à-l’aise parce que leurs directives sont illégales. »

 Sur le rapport à la loi 
« La loi Asile et Immigration, ça n’a été que du slogan. »
« Sur le terrain, le légal n’existe plus. »
« On est passé de la gestion politique à la idéologique. »
« Les procureurs ne lisent pas les dossiers : pour eux, l’immigration, c’est illégal. La Convention de Genève et l’espace Schengen, c’est fuck. »
« J’ai l’impression qu’on a oublié que, depuis 1985, il y a la libre circulation dans l’espace Schengen. »
« On est passé de la lutte contre l’immigration irrégulière à la lutte contre l’immigration tout court à la lutte contre les migrants eux-mêmes. »
« Toutes les personnes qui sont en Italie et qui veulent rejoindre l’Allemagne, la Belgique ou le Royaume-Uni passent de toutes les manières par la France. »
« On est en train d’abîmer des gens que l’on devra réparer par la suite. »

 Sur la consécration du principe de fraternité par le Conseil Constitutionnel 
« On a fait une une question prioritaire de constitutionnalité : on a demandé au Conseil Constitutionnel si le délit de solidarité ne mettait pas en défaut notre devise “liberté, égalité, fraternité” sur la question de la fraternité - et ce notamment parce que la liberté avait valeur constitutionnelle. »
« Moi, j’adore aller en procès : le tribunal est un endroit où l’on va s’expliquer face à la justice - et je crois à l’indépendance de la justice et des juges. »

 Sur le doute 
« Il est plus facile d’ouvrir sa porte que de la fermer. »
« Les gens qui ouvrent leur porte, ce n’est pas tant une minorité que ça. »
« Il y a énormément d’associations et d’acteurs qui sont solidaires : historiquement, la France n’a jamais été aussi solidaire que maintenant. »
« Ce sont les mêmes personnes et les mêmes structures qui oeuvrent pour les personnes migrantes et les SDF français. »
« Les gens ont peur. »
« Combien de temps on parle d’immigration mais combien de temps on donne la parole à des personnes qui l’avait vécue ? »
« La gestion de la migration n’a jamais été aussi terrible. »
« On se sert de la migration pour ne pas parler des vrais problèmes. »

 Sur la relation entre les solidaires-aidants et les personnes en migrations 
« Il n’y a pas d’égalité possible entre nous : on n’est pas du tout dans les mêmes enjeux. J’ai des papiers, je parle la langue du pays, je peux ouvrir ma porte. Eux n’ont pas de papiers, ne parlent pas la langue et n’ont pas de maison. »
« Il faut prendre en considération le fait que l’on n’est, à ce moment, égaux. »
« Les inégalités, en France, ça existe : entre un riche et un pauvre, il n’y a pas d’égalité. »
« La solidarité, ce n’est pas la charité. »

 Sur la situation actuelle dans la vallée de la Roya 
« Le Covid dans la Roya n’existe plus beaucoup dans la mesure où la tempête Alex nous est arrivée sur la gueule… »
« On a besoin de liens sociaux pour continuer à exister donc on n’a pas du tout accepter le confinement. »
« Ce qui nous manque actuellement, ce n’est pas des duvets ou des tentes Quechua, ce sont des ponts. »

 Sur le rapport au gouvernement 
« Je n’ai pas de liens avec La République En Marche mais franchement, j’aimerais bien parce que c’est quand même des gens qui sont au pouvoir. »
« Emmanuel Macron n’est pas le président des Français mais du néolibéralisme. Et il est super fort. »
« Ils méprisent totalement les pauvres… Mais jusqu’à quand ? Quand est-ce qu’il y aura une action sociale d’ampleur ? Jusqu’où la pauvreté va se laisser marcher dessus ? »
« Toutes les lois sont restrictives pour les pauvres : ils s’en prennent plein la gueule. »
« Il n’y a jamais eu autant de richesses, jamais eu autant de milliardaires et jamais eu autant de pauvres : on se fout de notre gueule. »

 Sur la gauche 
« J’ai davantage confiance dans les associations que dans les partis politiques. »
« Ce n’est pas que la gauche ne m’intéresse pas, c’est que la gauche ne s’intéresse pas à moi et à mes actions. »
« Je me rappelle en 2016-2017 où il y avait une vraie crise de migrations, il y avait personne. Personne ne s’est emparé d’un discours fort alors que c’était le devoir de la gauche de se positionner, de discuter et de réfléchir. »
« J’ai rien contre les Parisiens mais ils ne savent pas ce que c’est qu’une frontière, moi oui (…). Moi, je sais que c’est une connerie de dire qu’il faut fermer les frontières de l’espace Schengen. »
« Dire qu’il faut fermer les frontières, ça peut être un automatisme de facilité : y’a un problème, on va arrêter le problème, on va fermer les frontières. Mais dans ces cas-là, j’invite celui qui dit à venir se balader avec moi dans la montagne pour voir à quoi ça ressemble et il verra bien que c’est débile, irresponsable, bête et contreproductif de fermer les frontières. »
« Il y a souvent une lecture trop binaire de la migration : soit tu es pour, soit tu es contre. En fait, c’est plus subtil. »
« Des gens prêts à aller noyer des migrants dans la Méditerranée, à part un sociopathe ou un préfet, ça n’existe pas. »
« Le lien entre la France et les pays étrangers, c’est aussi grâce à l’immigration. »
« Quand il y a un enfant qui pleure, au lieu de le raisonner par la parole et de passer par de l’éducation pédagogique, il est beaucoup plus simple de lui mettre un smartphone entre les mains et de lui faire regarder un dessin animé. La gauche, c’est devenu ça : au lieu de comprendre, d’expliquer et d’échanger (par l’éducation populaire), on finit par aller au plus simple pour des raisons électoralistes. »
« A force de se morfondre dans un monde néolibéral parce qu’on a peur que les gens ne comprennent, on finit par lui ressembler. »
« La gauche se fait polluer par le néolibéralisme. »
« Les écolos qui ont un discours néolibéral, c’est pas possible parce qu’on est en train de détruire la planète : on ne peut pas continuer à consommer comme on le fait. »
« Le problème, c’est qui si on veut prendre la tête d’un monde néolibéral, on finit par lui ressembler. »
« On perd les combats idéologiques parce qu’on a peur de les perdre. »
« Ce qu’il faut, c’est continuer à perdre mais en défendant des idées. »
« Le but, ce n’est pas prendre le pouvoir, c’est de défendre des idées. Tant pis si elles ne font pas l’unanimité… C’est un peu comme la lutte contre le Front national : pour lutter contre, on finit par appliquer ses idées. »
« Je suis déçu par la gauche et je fais partie de ceux qui ne veulent plus aller voter. Je me force à chaque fois mais par dépit parce qu’ils me gonflent tous… »

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