Accueil | Entretien par | 19 septembre 2018

Chantal Jaquet : « Le déterminisme social n’est pas une fatalité »

Certains individus échapperaient-ils aux mécanismes de reproduction sociale ? Comment comprendre ces cas particuliers d’individus qui passent d’une classe à une autre ? Chantal Jaquet, philosophe, a co-dirigé avec Gérard Bras « La fabrique des transclasses » aux éditions des PUF. Elle était l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur le principe de « transclasse » 
« Dans l’idée de transclassse, il y a la reconnaissance des classes sociales comme étant déterminantes pour les individus. »
« Quand on change de classe sociale, il ne s’agit pas de passer d’un monde des dominés à un monde des dominants mais d’essayer de comprendre ce qui se joue dans ce passage. »
« On peut avoir l’illusion que ceux qui sont au pouvoir sont strictement dominants mais en réalité ils sont dominés par leurs passions, leurs affects, au point que ça les rend aveugle à l’injustice et la misère sociale. »
« Quand on est dominé dans sa classe sociale, cette domination n’est pas nécessairement synonyme d’une servitude ou d’une passivité puisqu’il peut y avoir des luttes pour faire reconnaitre sa dignité, sa valeur et ses droits. »
« On peut se poser la question de savoir si celui qui a connu une ascension sociale ne s’est pas abaissé, dégradé moralement et politiquement s’il ne se souci pas de ce qu’il se passe dans les classes sociales défavorisés. »

 Sur l’individu 
« Un individu au sens strict n’a pas de valeur en soi. Il se définit par ses relations. Il incorpore le monde extérieur. »
« La notion d’individu solitaire n’a aucun sens, on est toujours dans une forme de trans-individualité c’est à dire une dynamique de la relation, du passage, de l’échange. »
« On ne peut pas définir un individu sans penser le monde social dans lequel il se situe. »

 Sur la différence entre transclasse et transfuge de classe 
« Le concept de transclasse englobe toutes les formes de passage de classes. »
« La non reproduction sociale peut aussi être l’oeuvre de la classe dominante qui satisfait ses intérêts ou qui a besoin d’utiliser certains individus. »
« Le concept de transclasse ne vaut pas que pour les transfuges de classe. Il englobe tous les cas de figure : expulsion ou propulsion par le milieu. »
« Il n’y a pas antinomie entre les deux mais l’idée de s’interroger sur les formes différenciées du passage. »

 Sur les classes sociales et le sentiment d’appartenance 
« Ce concept est fondamental pour comprendre le monde social même s’il y a des différences à l’intérieur des classes sociales. »
« On voit bien qu’il y a une logique d’affrontement qui se joue entre les classes dirigeantes qui possèdent tous les capitaux et une grande majorité de la population qui est dépossédée de tous les capitaux. »
« On s’efforce d’effacer cette notion, de dire qu’elle est archaïque, et on voit bien pourquoi : celui qui est au bas de l’échelle sociale sait bien qu’il y a des classes sociales. »

 Sur le concept de mobilité sociale 
« La mobilité sociale est un euphémisme : on présuppose que les individus sont mobiles. »
« On postule qu’il y a une certaine mobilité sociale et que la société est mobile alors qu’on devrait s’interroger sur l’immobilisme des sociétés. »
« Il n’y a pas de mobilité sans mobiles. »
« Le concept est trop abstrait et neutralise les difficultés, les crises, les conflits, qui sont inhérents au passage d’une classe sociale à l’autre. »

Sur l’expérience douloureuse transclasse 
« La dimension collective du livre est extrêmement importante. »
« Il peut y avoir effectivement une douleur transclasse, dans la mesure où il peut y avoir un déchirement, le sentiment de n’appartenir à aucun monde mais il peut aussi y avoir une force et une joie du transvase qui est aussi celle liée à la posture de l’entre deux ou on permet de voir, comme un observatoire du monde social, qui permet de voir ce qui se joue dans les constructions et déconstructions des individus et de l’identité. »
« Nous sommes façonnés par les mondes sociaux et le plus intime et plus personnel est aussi quelque chose qui est fabriqué. »

 Sur le self made man et la méritocratie 
« Il ne s’agit pas de nier le déterminisme mais de montrer qu’on est toujours dans des systèmes déterminés. »
« Un transclasse c’est quelqu’un qui est dans une logique non pas de libre arbitre, il est le résultat d’un concours de déterminations qui sont autres que celles qui conduisent à reproduire le même schéma familial. »
« Comment pourrait-on se faire soi-même, sans les autres ? Se fabriquer soi-même, ça tient du fiât divin donc c’est impossible. Donc il s’agit de penser d’autres déterminisme. »
« Le déterminisme n’est pas une fatalité mais si on veut penser une émancipation il faut penser les causes qu’elles produisent et les effets qui sont les conséquences de ces causes. »

 Sur le déterminisme social 
« Sortir du déterminisme social est extrêmement difficile car ça supposerait qu’on soit dans une posture extérieur à la société. »
« Il ne s’agit pas dire qu’on va sortir du déterminisme social mais de peser sur ce déterminisme, donc de coaguler des puissances d’agir, qui infléchissent cette loi d’airain de la reproduction sociale. »
« Nier la reproduction sociale ça serait croire que chacun nait de lui-même, sans contexte social or il est clair les chances ne sont pas égales au départ. »

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