Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 9 février 2021

Christophe Ventura : « Bolsonaro a réussi à attirer un nouvel électorat beaucoup plus populaire »

Quelle gestion pour les pays d’Amérique latine de la pandémie de Covid-19 ? Quels enseignements tirer du premier tour de l’élection présidentielle en Equateur ? Le vaccin cubain peut-il être une source d’espoir ? On en parle avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique latine.

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ET À LIRE...

 Sur la situation sanitaire et économique en Amérique latine 
« La situation est presque homogène dans les pays d’Amérique latine si on met de côté Cuba, le Vénézuela, l’Uruguay et le Paraguay. Le reste de l’Amérique latine est durement frappé par la pandémie. Tout style de gestion confondue, le résultat est le même. »
« À part le Brésil, l’Argentine et le Mexique, aucun pays d’Amérique latine n’est capable de produire de vaccins. Et ceux qui sont capables de le faire, ils n’ont pas toujours les brevets pour le faire à part le Mexique et l’Argentine qui ont un partenariat avec AstraZeneca. »
« Il faut rappeler qu’en Amérique latine, un travailleur sur deux travaille dans un secteur informel, c’est-à-dire au noir. Ces gens-là n’ont pas de protection sociale. Et s’ils ne travaillent plus, ils n’ont plus de revenus. Donc le confinement est compliqué. »

 Sur le vaccin cubain 
« Quoi qu’on pense des autorités cubaines, ils ne font pas de bluff. Le système de santé est le plus avancé d’Amérique latine et sans doute l’un des meilleurs au monde - notamment sur les biotechnologies. »
« Pour les cubains, ce vaccin est vital et il pourrait même attirer les gens à Cuba pour se faire vacciner. C’est je crois une stratégie du gouvernement parce que le tourisme est un secteur clef pour relancer l’économie. »

 Sur la présidentielle en Equateur  
« Yaku Pérez est quelqu’un qui a réussi à agglomérer autour de lui un socle de positionnements divers : écologiste, indigène. Il agglomère autour de lui tout un arc de mécontents de la politique - notamment de la gauche de Correa [l’ancien président]. »
« L’électorat de Yaku Pérez n’a pas une cohérence idéologique et politique durable. »
« Yaku Pérez est la surprise de l’élection. »
« Yaku Pérez parle de fraude électorale qui lierait tous les autres candidats pour l’empêcher d’accéder au second tour. »
« Les passifs sont lourds entre une partie de la gauche et le correisme. »
« Andrés Arauz [le candidat socialiste] a une prime à la victoire. Il a fait 30% des voix. »
« Alors que le vote est obligatoire en Equateur, il y avait 18% d’abstention et 12% de votes blanc et indécis. Ça veut dire que 30% des gens au premier tour n’ont pas voté pour un des 16 candidats en lice. Une partie de la réponse du deuxième tour c’est : que vont faire ces gens-là. Pour qui vont-ils voter ? »
« Quel que soit le président qui va sortir, les difficultés seront là : on ne vote pas que pour le président mais aussi pour l’Assemblée nationale. Il y aura des difficultés à construire des majorités. Ça remettra sur le tapis, de manière un peu obligatoire, des discussions entre des gens qui ne se sont plus parlés depuis ces quatre/cinq dernières années (…). » 
« Le contexte de crise sanitaire et économique poussera sans doute à des discussions politiques pour dépasser les lignes figées qui caractérisent ce moment électoral. »

 Sur Jair Bolsonaro et sur le Brésil 
« Il faut regarder la vérité en face et elle est assez désarçonnante : Bolsonaro jouit toujours d’une popularité importante au Brésil avec près de 40% des Brésiliens qui le soutiennent. »
« La crise du Covid-19 a fait perdre à Bolsonaro une grande partie des soutiens qui l’avaient élu en 2018, notamment les classes moyennes urbaines (…). Il a perdu cet électorat qui a rejeté sa gestion calamiteuse de la pandémie et sa corruption mais il a réussi à s’attirer un électorat nouveau, beaucoup plus populaire. »
« Bolsonaro offre de l’argent aux catégories populaires : il veut leur offrir le droit de travailler et de toucher un revenu. Il défend l’économie. »
« Au grand dam des marchés financiers et des élites économiques, Bolsonaro a mis en place un plan demandé par ses opposants, notamment par le Parti des Travailleurs : il s’agissait d’une lettre d’urgence qui a coûté 60 milliards de dollars au Brésil (…). Mais Bolsonaro a du arrêter ce plan fin décembre… Le problème, c’est que les marchés financiers lui demandent d’arrêter les dépenses publiques et de serrer les finances. »
« Aujourd’hui, Bolsonaro n’est pas encore défait et la gauche n’est pas en mesure de reprendre la direction des opérations sur le plan politique car malheureusement, le mouvement n’est pas encore mûr. »

 Sur la fin du populisme de la France insoumise ? 
« Ce que l’on met derrière le mot populisme est loin d’être fini. »
« La vague de dégagisme et de défiance vis-à-vis des institutions, au gouvernement, aux organisations intermédiaires continue de se développer car les raisons qui l’expliquent continuent de s’aiguiser - la crise sanitaire mondiale n’en est qu’un accélérateur. »
« Ce qui est compliqué en France, c’est que tout est sous la cloche du Covid-19 : il n’y a pas de débat politique. »
« Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon se lance dans une campagne présidentielle très tôt, sur le terrain, notamment numérique. »
« La phase politique n’est pas dans le déploiement d’une stratégie offensive qui vise à déborder les clivages traditionnels. »
« Tous les fondamentaux de la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017 sont à nouveau au rendez-vous. »
« Le paysage politique s’est modifié depuis 2017 et Jean-Luc Mélenchon est bien obligé de tester des stratégies d’alliances avec eux. »

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