Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 29 octobre 2018

Christophe Ventura : « Le vrai adversaire de Bolsonaro, ça va être le peuple »

Avec l’élection de Jair Bolsonaro ce dimanche à la tête du Brésil, doit-on craindre le retour d’un régime autoritaire ? De quelles marges de manœuvre bénéficie-t-il réellement ? Pour répondre à ces questions Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Amérique du Sud était l’invité de La Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’élection de Jair Bolsonaro et les risques pour la démocratie et les libertés 
« Il y a un risque évident d’autant plus que Jair Bolsonaro n’est pas le début d’un problème de la démocratie brésilienne : il est le produit d’une crise démocratique qui a déjà commencé il y a au moins deux ans avec la destitution de Dilma Rousseff. »
« Cela a donné naissance à un gouvernement qui a gouverné 2 ans sans être élu pour imposer une politique libérale très dure – et il faut y ajouter l’arrestation de Lula qui était favori de ces dernières élections. »
« Bolsonaro n’est que le sous-produit de cette crise démocratique qui dure depuis 2 ans. »

 Sur l’éventualité d’une destitution de Jair Bolsonaro 
« La Constitution prévoit effectivement cette destitution, donc c’est possible. Mais pour cela, il faudrait une coalition très large au Congrès qu’on ne voit pas du tout aujourd’hui. »

 Sur les contrepouvoirs face à Jair Bolsonaro 
« Bolsonaro a relégué le Parti des Travailleurs dans les eaux basses de son électorat. »
« Le Congrès qui ressort de cette élection sera totalement fragmenté : le Parti des Travailleurs reste le parti qui aura le contingent le plus important des députés avec 56 sièges, puis suit le parti de Bolsonaro avec 52. Après, vous avez 9 partis politiques qui sont plutôt de droite au de centre-droite qui se partagent entre 25 et 50 députés. Enfin 20 autres partis se partagent le reste des sièges. »
« Bolsonaro sera condamné à subir le présidentialisme de coalition, ce qui va l’obliger à avoir un gouvernement basé sur des alliances complètement mouvantes. »

 Sur les différentes institutions comme contrepouvoirs 
« L’équilibre des institutions au Brésil n’est plus assuré. […] Chaque institution est en conflit avec les autres. […] Les médias par exemple prennent parti et très largement contre la gauche. »
« Le conflit des institutions est la marque de fabrique de la politique au Brésil. Et quand Bolsonaro fait son discours la Constitution à la main, cela veut dire qu’il s’imagine son défenseur et qu’il va remettre de l’ordre dans tout ça. »
« L’institution judiciaire, on va voir : certains disent que le juge qui a inculpé Lula prendrait le ministère de la Justice – on est donc pas dans un contrepouvoir mais plutôt dans une convergence. »
« Le seul réel contrepouvoir est à trouver du côté de mouvement citoyen des femmes contre Bolsonaro – mouvement qui s’est très largement élargi dans les dernières semaines avec des citoyens simplement attachés à la démocratie et à l’exercice de leurs droits. »

 Sur les relations de Jair Bolsonaro avec le peuple 
« Bolsonaro est populophobe. »
« Le vrai adversaire de Bolsonaro, ça va être le peuple. »
« Ce sont les pauvres qui vont être attaqués par la politique ultralibérale de Bolsonaro. »
« Bolsonaro va réduire et raboter les prestations du système brésilien de retraites. »
« Bolsonaro va assécher par inanition les services publics. »
« Bolsonaro va organiser une offensive très forte pour flexibiliser le monde du travail et réduire les droits salariaux et sociaux de l’ensemble de la population. »

 Sur l’ultralibéralisme de Jair Bolsonaro 
« Bolsonaro est l’homme des pouvoirs économiques et notamment de ceux qui ont fait le choix de s’insérer dans le capital financier international. »
« Bolsonaro est l’homme qui a réussi à organiser la convergence à la fois du monde de la finance brésilienne largement sous pavillon nord-américain, du puissant lobby de l’agronégoce qui est le principal secteur d’activité du commerce extérieur brésilien et des Eglises évangéliques. »
« Bolsonaro veut accélérer la déforestation de l’Amazonie pour promouvoir la culture du soja et de la viande, sortir de le pays de l’Accord de Paris sur le climat. »

 Sur le rapport de Jair Bolsonaro avec les Eglises évangéliques 
« Les Eglises évangéliques encadreraient un tiers de l’électorat brésilien. »
« Les Eglises évangéliques sont des acteurs entrepreneuriaux très actifs : ils détiennent énormément d’entreprises, de télévisions… »

 Sur le programme de Jair Bolsonaro en matière de relations régionales et internationales 
« L’axe avec Trump est très clair : il y a une alliance qui veut se renouer. »
« Pendant sa campagne, Bolsonaro n’a eu de cesse de déclarer sa flamme aux Etats-Unis et à Trump. »
« Steve Bannon, le grand gourou des populismes de droite mondiaux, a suivi la fin de la campagne et a rencontré le fils de Bolsonaro. »
« Bolsonaro veut réarrimer le Brésil dans les courants du libre-échange et du capitalisme mondial auprès des Etats-Unis. »
« La mission qu’aura Bolsonaro, ce sera mettre un coup d’arrêt à la montée en puissance de la Chine. »
« Pour le futur ministre de l’économie, Paulo Guedes, la priorité du Brésil n’est plus le Mercosur c’est-à-dire le marché commun du sud, et encore moins les relations économiques et commerciales avec les pays dits bolivariens (le Venezuela, la Bolovie et Cuba) mais de réaffirmer toutes les possibilités du Brésil en matière de commerce bilatéral. »

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