Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 30 octobre 2018

Claire Jacquin : « Le Service National Universel ne sert qu’à répondre à la nostalgie des sexagénaires »

Plusieurs organisations de jeunesse viennent de signer une tribune dans Le Monde contre le Service National Universel : militarisation, paternalisation, mauvaise utilisation des deniers publics, les griefs sont nombreux pour Claire Jacquin, co-coordinatrice des Jeunes Génération.s.

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VERBATIM

 

 Sur le Service National Universel 
« Le SNU se compose de deux phases dont une obligatoire pendant les vacances scolaires. »
« On peut l’apparenter au service militaire puisqu’il y aura des cours sur l’histoire militaire, le but étant d’inculquer de force des valeurs morales et militaristes. »
« Le SNU prétend répondre à une crise morale que traverse la jeunesse, c’est un faux constat, ce n’est pas une crise morale mais une crise sociale que traverse la jeunesse. »
« La jeunesse est avant tout précarisée et cela empêche la jeunesse d’envisager sereinement son avenir. »

 Sur la mixité sociale et le brassage social 
« C’est important mais ce n’est pas à la jeunesse de prendre ce défi en mains : ce sont les élites qui ne veulent pas de cette mixité. »
« Ce rapport des élites à la mixité sociale s’est clairement vu à l’occasion de la sélection à l’université. »
« Les élèves venant de milieux défavorisés devaient rester entre eux dans des facs de second rang tandis que les élites obtenaient les meilleures universités et les meilleures filières. »

 Sur l’aspect obligatoire du SNU 
« L’engagement sous contrainte n’existe pas car un engagement n’est pas compatible avec l’obligation : ce doit être synonyme de volonté. »
« D’ailleurs, la jeunesse n’a pas attendue le gouvernement pour s’engager : une étude montre que la moitié des lycéens est d’ores et déjà engagée dans des associations sportives ou militantes, des organisations politiques ou des syndicats. »

 Sur les alternatives possibles 
« Le gouvernement a la manie de supprimer des choses qui existent déjà et qui vont dans le bon sens ; à l’école, on a tous connu l’éducation civique qui permet de former des citoyens et qui n’est pas du tout assez développée. »
« Le loisir aussi est important, surtout pour les classes populaires. Mais le SNU prévoit sa période obligatoire durant les vacances scolaires… alors que les vacances devraient permettre un meilleur accès à la culture et au sport. »

 Sur la consultation citoyenne autour du SNU 
« La première consultation programmée auprès des organisations de jeunesse a été un flop total : elles se sont toutes opposées au SNU. »
« Ils ont donc décidé d’une consultation citoyenne en ligne qui est complètement biaisée dans la mesure où même les sexagénaires peuvent y répondre. »

 Sur le secrétaire d’Etat Gabriel Attal 
« Gabriel Attal a beau être jeune, il ne représente que le vieux monde. »
« Il sera d’ailleurs sous la coupe de Jean-Michel Blanquer qui lui-même est très conservateur. »
« Finalement, le gouvernement utilise le SNU pour répondre à la nostalgie des sexagénaires et moins pour répondre aux problèmes des jeunes. »
« La seule mesure en direction de la jeunesse du quinquennat de Macron est le SNU : la jeunesse est méprisée au même titre que les retraités et les chômeurs. »
« Le SNU va couter 2 milliards d’euros mais ils pourraient être mieux utilisés, notamment pour assurer de meilleures conditions d’études ou une meilleure mobilité des jeunes. »

 Sur l’état de la gauche 
« Il y a eu une énorme déception et une perte d’espoir avec le quinquennat d’Hollande. »
« À coté, on avait la France Insoumise qui ne correspondait pas non plus à nos attentes. Ils sont d’ailleurs plutôt pour le service obligatoire… »

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  • Le législateur a besoin d’une main d’oeuvre quasi gratuite pour réparer, soigner, servir un modèle de société à bout de souffle, les comptes sont vites faits : 600 000 à 800 000 jeunes chaque année + mise en place de mesures attractives pour pousser les jeunes démunis pendant plusieurs mois après la période obligatoire, à s’engager dans un "volontariat" qui n’en aura que le nom ,c’est une affaire très rentable pour le gouvernement et qui n’a rien à voir avec le souci de mixité...

    myriam Alderton Le 30 octobre à 14:58
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  • Je ne comprends pas, ou trop, pourquoi on ne parle toujours pas de service civil. Quand on parle de la "jeunesse", on oublie qu’elle est fortement segmentée. Par ailleurs, le discours de Claire Jacquin reste figé dans le temps autour d’une tranche d’âge, sans question sur le devenir.

    Les étudiants de l’ENA, Science Po, HEC, grandes écoles ... sont ceux qui prendront des fonctions importantes. Comment ne pas remarquer qu’ils le feront sans ne rien connaître de la vie des plus précaires, tandis que les autres rejoindront ceux qui ne choisissent pas vraiment leur métier et qui n’y tiendront que des responsabilités relatives au salariat. Est-ce normal ? Souhaitable ?

    Dans notre société, tous devraient connaître ce que c’est de ne pas gagner beaucoup d’argent et d’avoir à travailler dans un secteur associatif ou d’intérêt général, dans une période limitée. Un an, c’est une expérience sociale qui peut rebuter a priori, mais qui apporte beaucoup aussi, parole d’objecteur de conscience.

    Mais peut-être est-on devenu bien individualiste...

    Ciriaco Le 1er novembre à 09:44
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