Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 10 octobre 2018

Clara Linhart : « Bolsonaro est l’héritier de la dictature »

Dimanche dernier, Jair Bolsonaro, un candidat d’extrême droite, arrivait en tête du premier tour de l’élection présidentielle au Brésil. On en parle avec Clara Linhart et Fellipe Barbosa, réalisateurs de Domingo, un film qui retrace la vie d’une famille bourgeoise le jour de l’investiture de Lula en 2003 et qui sort en salles aujourd’hui.

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VERBATIM

 

 Sur leur film comme farce politique
« La farce vient de la distance temporelle et géographique […] pour pouvoir rire de cette bourgeoisie qui avait tellement peur d’un futur communiste qui n’est jamais arrivé. »
« Le film se passe 2003, le 1er janvier, lors de la première investiture de Lula. Et nous sommes désormais en 2018 à nous demander si notre prochain président sera un fasciste. »
« Ce film est une façon de critiquer cette famille bourgeoise mais en essayant de les aimer quand même. C’est un regard dur mais si on peut rire, c’est parce qu’on peut s’y identifier. »

 Sur le l’arrivée du politique dans la famille 
« La famille est une allégorie mais une allégorie de quelque chose qui est bien réel. »
« Le mélange de l’intime et du politique est l’une des grandes questions du Brésil : on a toujours dit qu’on était mixte racialement, qu’on s’aimait, que nos employés domestiques faisaient partie de la famille tout en n’assumant jamais l’existence d’une lutte des classes qui est importante dans un des pays le plus inégalitaires du monde. »
« C’est aussi une photographie de cette peur à ce moment-là [l’arrivée de Lula] qui est très distante de la réalité. Le film est une allégorie des transformations qui sont survenues depuis 12 ans dans ce pays. »

 Sur le bilan de Lula et Rousseff à la tête du Brésil 
« Ça reste un bilan très positif. Ils ont sauvé 32 millions de personnes de la famine. Je crois que le fait qu’il y ait un ouvrier à la tête du pays, cela change les mentalités. »
« Autre élément important de leurs présidences : l’accès des classes populaires à l’université. »
« Il faut également que la gauche fasse son autocritique. Il y a eu tout de même beaucoup de corruption. Le “gouvernement Dilma” a été un des pires gouvernements face aux mouvements sociaux, aux mouvements des sans-terre et face aux indigènes. »

 Sur la présence en tête du premier du premier tour de Jair Bolsonaro 
« L’ascension du fascisme provient des mêmes raisons historiques. C’est la crise économique, le chômage et la violence. »
« C’est une élection très polarisée. Cela veut dire qu’il n’y a aucun espace pour la réconciliation et pour la paix. »
« C’est justifié de l’entendre dire que Dilma et Lula sont des candidats du système. Ils ont été 13 ans au pouvoir. Ils ont beaucoup d’argent pour la campagne. Tandis que Bolsonaro vient d’un parti insignifiant. Ça fait 27 ans qu’il est député et il n’a fait passer que deux lois. »
« S’il se dit héritier de quelque chose, c’est de la dictature. Il dit d’ailleurs que le problème de la dictature, c’est d’avoir torturer et pas tuer. »
« Il parle directement aux préjugés des gens. De plus, il devient le représentant de groupes traditionnellement puissants, l’agrobusiness, les forces armées et les religieux évangéliques. »
« On était déjà le pays le plus catholique du monde, donc avec une très forte morale religieuse. De plus, depuis la fin de la dictature, il y a eu un passage massif des classes défavorisées vers l’évangélisme. Les églises évangéliques sont là où l’Etat n’est pas, dans les prisons et les quartiers défavorisés. »

 Sur le second tour entre Haddad et Bolsonaro 
« On a de l’espoir. Haddad [du Parti des Travailleurs] a ses chances. On espère qu’on aura moins d’abstention parce qu’on a eu 20 % d’abstention, c’est énorme et le vote est obligatoire. »
« On a de l’espoir mais je pense qu’on a déjà perdu. On a déjà élu beaucoup de députés à cause de Jair Bolsonaro. Les gens n’ont désormais plus peur de dire des choses qui ne s’entendaient pas. Comme le fait de tuer les homosexuels ou des payer moins les femmes. »
« Le fait de se faire attaquer l’a beaucoup aidé. Il n’a pas pu assister au débat et ça l’a sauvé. C’est parfait pour lui de se placer en victime. »

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