Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 5 mars 2020

Clément Pairot : « En coulisses, Obama organise la hotline pour Joe Biden »

Lendemain de Super Tuesday aux États-Unis. Quelle lecture en faire ? Succès pour Biden et fin de partie pour Sanders ? La primaire semble plus incertaine que jamais. Clément Pairot, auteur de Démocrazies, un Frenchie dans la campagne de Bernie Sanders, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

ET À LIRE...

Sur le basculement de la primaire démocrate  
« Le mois qui s’est passé a été stupéfiant : en début de mois Joe Biden s’est effondré et en fin de mois, il a redécollé. »
« Bernie Sander fait un score très mauvais en Caroline du Sud, Etat où Joe Biden avait tout misé. »
« Il faut réaliser que Joe Biden n’a quasiment pas fait campagne dans les Etats du Super Tuesday. »
« Pour comprendre ce retournement de situation il faut voir les différents facteurs : il y a la victoire de Joe Biden en Caroline du Sud. Il y a la force structurelle de Sanders qui été significativement au dessus d’Elisabeth Warren. »
« Les voix de gauche étaient divisées mais moins que ce qu’on aurait pu imaginer. Et il y a eu ce moment où dans les débats, on s’est rendu compte qu’une convention contestée allait être très problématique. »
« Les deux autres éléments déterminants c’est Barack Obama qui en coulisses a fait la hotline pour Joe Biden. Ca explique certains retournements de situation (…). Et le dernier élément c’est qu’on nous a présenté cette primaire comme un champ démocrate divers en termes d’âge, de genres et de propositions politiques. »
« On s’attend dans la journée ou demain à avoir une décision d’Elisabeth Warren qui risque prendre plus de temps (…). Il y a des points de tension programmatiques. Warren est sincère dans la conviction que dans le programme de Bernie Sanders il y a des points trop radicaux et qu’il faut faire des ponts avec le centre. »
« Les jeunes se sont moins mobilisé que précédemment. »

 Sur l’establishment  
« L’establishment a trois composantes : il y a l’establishment économique qui n’a aucun intérêt de voir Bernie Sanders gagner (…). Il y a l’establishment médiatique avec une collusion des propriétaires de médias (…). Et puis il y a l’establishment politique (…). Ces trois éléments-là font qu’il y a une cristallisation face à Bernie Sanders qui questionne ces trois types d’establishment qui est particulièrement forte. »
« Le lien entre l’establishment politique et économique est à peu près le même qu’entre les propriétaires des médias et les médias. »
« On ne pourra pas renouveler l’ensemble d’une classe politique en 2020. »
« Une illustration du fait que Joe Biden est devenu l’incarnation du candidat de l’establishment : son rebond lors du Super Tuesday a vu un gain en bourse faramineux des entreprises pharmaceutiques américaines. »

 Sur la ligne politique de Bernie Sanders 
« Cette primaire déjoue tous les pronostics. »
« Elisabeth Warren n’a pas l’air de vouloir tomber comme une mouche. Reste à voir ce qu’elle cherche à négocier. Qu’est-ce qui est important pour elle ? Est-ce que c’est de devenir Vice-présidente et si oui pour en faire quoi ? Est-ce que c’est obtenir une réforme de santé plus graduelle ? »
« L’idée d’adapter son programme et de le faire évoluer n’est pas nécessairement un rejet de sa radicalité originelle. »
« Entre 2016 et 2020, le programme de Sanders s’est enrichi notamment par les annulations de dettes, de dettes de santé, de dettes étudiantes. Il s’est également enrichi par le Green New Deal. »
« Bernie Sanders a évolué tout au long de sa vie. Par exemple sur le port d’arme. Il a eu des positions beaucoup moins fortes il y a dix ou quinze ans. »
« Le but de Sanders n’est pas de mourir en perdant et en ayant raison c’est de gagner pour créer le changement et son programme répond davantage aux enjeux d’aujourd’hui. En quatre ans, les enjeux sont devenus de plus en plus aigus. »
« Le Green New Deal de Bernie Sanders peut paraître radical mais il répond à l’exigence scientifique de neutralité carbone le plus vite possible. »

 Sur les minorités raciales 
« Le vote des afro-américains en faveur de Joe Biden est au départ un vote homogène. »
« Il faut distinguer deux catégories : les moins de 35 ans et les plus de 35 ans. Les jeunes votent pour Bernie Sanders. Les plus âgés votent pour Joe Biden. »
« Il y a le fait que l’électorat plus âgé, et notamment l’électorat afro-américain, est de manière plus structurelle plus conservateur, plus centriste, moins dans les grands discours de radicalité. »
« Il y a un autre élément qui explique cette fracture : c’est la manière de s’informer. Les jeunes s’informent plus sur les réseaux sociaux où Bernie Sanders a une vitalité exceptionnelle comparé à Joe Biden ou d’autres candidats. Les personnes âgées continuent de s’informer sur les chaines d’infos qui même si elles sont diverses en nombre, ne sont pas très diverses en opinions présentées. Sur ces chaines d’infos, il y a une complaisance médiatique à l’égard du parcours historique de Joe Biden. »
« Joe Biden n’est pas exempt de propos racistes. »

 Sur l’attitude de Donald Trump face aux primaires démocrates 
« Donald Trump est en campagne pour sa réélection. »
« Il y a une primaire fantoche du côté des Républicains parce qu’elle est très peu médiatisée et que les autres candidats n’ont aucune attraction au sein du parti. »
« Trump a clairement son hégémonie assurée surtout depuis l’échec de son impeachment. »
« Trump commente abondamment la primaire démocrate et son rêve le plus fou c’est de voir l’exposition du Parti démocrate et c’est pour ça qu’il encourage Bernie Sanders. Et parfois, malheureusement, il n’est pas si loin de la vérité en dénonçant l’alliance, le front commun, qui est fait par l’establishment contre Bernie Sanders. »
« Un autre acteur important, c’est l’ingérence russe (…). Les russes n’ont pas encouragé la victoire de Sanders pour aider Trump, ils ont simplement intérêt à favoriser le chaos dans la démocratie américaine. »

 Sur l’explosion du Parti démocrate  
« La primaire est encore très longue. Il reste 120 jours jusqu’à la fin de la primaire Démocrate et 240 jours jusqu’à l’élection générale. Ce qui est certain c’est qu’il va y avoir encore plein de rebondissements. »
« Je ne crois pas que l’implosion du Parti démocrate, même si on s’en rapproche, soit le scénario le plus probable. »

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