Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 4 février 2020

Clément Pairot : « Face à Trump le fou et Sanders le rouge, Biden veut être un président normal et ça ne suffit pas »

Après les premières primaires dans l’Iowa, la confusion règne : bug du reports des voix et pas de vainqueur clair. Qu’est-ce qui se trame au Parti démocrate ? Pour en parler, Clément Pairot, auteur de Democrazies : un Frenchie dans la campagne de Bernie Sanders, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le déroulement de la première primaire dans l’Iowa 
« Cette nuit, s’est déroulé un scrutin sous le format de caucus qui est très particulier puisqu’on vote de manière physique (on dit souvent que le corps sert de bulletin de vote, sans anonymat) et le décompte est particulièrement complexe cette année. »
« Le Parti démocrate, suite à des irrégularités qui avaient eu lieu en 2016 lors des caucus, a cherché à rendre les résultats de manière plus fidèle et plus fine. »
« Pour comptabiliser le nombre de délégués pour les caucus, on est passé par une application qui permettait, en théorie, une transmission fiable et honnête des résultats… mais il se trouve que cette application a buggé. »

 Sur la quatrième place de Joe Biden après cette première primaire dans l’Iowa 
« Le leader des sondages, Joe Biden, est en quatrième position : c’est peut-être le plus grand enseignement de ce premier scrutin, quelque soit le fiasco du report des voix. »
« Même si la dynamique de la gauche du Parti démocrate, c’est-à-dire autour de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren, était importante, Joe Biden a eu une chance incroyable : durant deux semaines et demi, ses concurrents sénateurs étaient tous retenus à Washington pour le procès d’impeachment de Trump. »
« Joe Biden se retrouve même loin derrière Pete Buttigieg qui a des positions similaires aux siennes mais qui est beaucoup plus jeune et dynamique. »
« Dans les jours qui viennent, certains financeurs de Joe Biden vont sûrement changer leur fusil d’épaule pour soutenir Pete Buttigieg. »

 Sur la participation relativement faible à cette primaire dans l’Iowa 
« La participation est similaire à celle de 2016 et plus faible que celle de 2008 malgré un effort de mobilisation de terrain massif. »
« Bernie Sanders a affirmé avoir toqué à la porte de 500.000 des 1,1 million de foyers de l’Etat de l’Iowa. »
« Il faudra voir, dans les prochains votes, si la dynamique Sanders va pouvoir maintenir voire nourrir la base grassroot. »
« La participation aux primaires ne se jouent pas uniquement sur les efforts des candidats : la couverture médiatique a été, de façon assez sidérante, beaucoup plus faible. Il y a eu neuf fois moins de temps d’antenne consacré à la primaire qu’en 2016 pour deux raisons : il n’y a qu’une primaire importante, celle des Démocrates, et il y a la procédure d’impeachment. »
« Comme l’Iowa était susceptible de revenir à Bernie Sanders ou à Elizabeth Warren, on pouvait aussi penser que de manière tout à fait intéressée, les médias mainstream qui sont plutôt du côté du centre droit du Parti Démocrate, avaient intérêt à ne pas trop couvrir la primaire de l’Iowa. »
« Un des arguments majeurs de Bernie Sanders, c’est de dire qu’avec tous ses militants très bien formés, il va aller chercher les Démocrates, les indépendants et les abstentionnistes pour l’élection présidentielle de novembre. »

 Sur les thèmes de la campagne des primaires démocrates 
« Avec la procédure d’impeachment, on est dans une situation sidérante : les sénateurs républicains sont tout à fait au clair sur le fait que ce qu’a fait Donald Trump n’est pas souhaitable mais ils considèrent que ce n’est pas suffisamment grave pour mériter l’impeachment, c’est-à-dire perdre du temps à convoquer des témoins… »
« Dans le camp de Donald Trump, il y a une déconfiture morale qui force une posture du retour à l’ordre normal, incarnée par le discours de Joe Biden. »
« Joe Biden veut incarner un président normal. »
« Pour déconstruire le discours de Donald Trump, ce que propose l’aile gauche du Parti Démocrate, c’est avoir des propositions fortes. »
« Un des éléments centraux du débat en ce moment, c’est la question de la couverture de santé ; Joe Biden a d’ailleurs passé des mois à se débattre contre les vidéos d’archives que sortaient l’équipe de Bernie Sanders et qui prouvent que Joe Biden, lorsqu’il était sénateur, était très opposé au financement public des systèmes de santé. »
« En gros, sur les questions de santé, Joe Biden et Pete Buttigieg sont pour un système légèrement amélioré par rapport à la situation acutelle ; Elzabeth Warren est pour un passage en trois ans à une couverture de santé universelle publique ; et Bernie Sanders a fait son cheval de bataille le fait de passer dans la première semaine, la loi qui donnera accès dans un délai plus long bien sûr, à tous Américains, une couverture de santé exclusivement publique en mettant à la porte les assurances privées. »
« Il y a aussi la question de la gratuité de l’université et de la question de la gestion de la dette étudiante qui pose un problème structurel à l’économie et la finance américaines. »
« Il y a enfin la question du Green New Deal, c’est-à-dire le financement de la trasition énergétique où l’on voit un facteur de 1 à 100 en fonction des candidats en terme de budget alloué. »

 Sur la question des Etats-Unis et de la guerre 
« Au début du mois, les tensions avec l’Iran ont été l’occasion de rappeler pour Bernie Sanders ses positions pacifistes. »
« On a vu se dessiner au cours des derniers mois différents récits. Tous les candidats étaient d’accord pour dire qu’il n’aurait pas fallu liquider le général iranien. Mais ils n’étaient pas tous d’accord pour dire qu’il ne fallait pas partir en guerre. »
« Bernie Sanders est le seul des candidats parmi les sénateurs à ne pas avoir voté un seul des budgets de l’armée de Donald Trump (…). Elizabeth Warren, dans une position plus de consensus qu’on pourrait considérer plus constructive, s’est retrouvée à les voter. »

 Sur Alexandria Ocasio-Cortez 
« Alexandria Ocasio-Cortez, 30 ans, jeune élue Démocrate mondialement connue en moins d’un an, a annoncé son soutien à Bernie Sanders quand il était au plus mal de sa campagne en octobre dernier. »
« La grande force d’Alexandria Ocasio-Cortez, c’est qu’à l’image d’un Adrien Quatennens, elle a un propos très structuré, affûté et sans consessions. »
« Elle est excellente dans les débats et a une présence sur scène qui enthousiasme les foules. »
« Alexandria Ocasio-Cortez est l’atout fort de Bernie Sanders pour renouveler et rajeunir son discours et montrer que, certes il est vieux mais qu’il n’est pas une incarnation de gérontocratie puisqu’il fait émerger de jeunes figures et qu’il est prêt à leur passer la main. »

 Sur Pete Buttigieg 
« Ce n’est peut-être pas Joe Biden qui est le plus à même de battre Donald Trump. »
« Pete Buttigieg a identifié qu’un bon score dans l’Iowa lui permettrait de rester dans la course et notamment d’attirer des grands donateurs. »
« La campagne de Joe Biden était une campagne trop installée et trop sûre d’elle-même. »
« Ces derniers jours, l’establishment démocrate a commencé à stresser quant à la candidature de Joe Biden : John Kerry [ancien Secrétaire d’Etat des Etats-Unis de Barack Obama] qui a apporté son soutien à Joe Biden au début du mois de janvier a été entendu au téléphone discuter d’une éventuelle candidature à la place de Joe Biden. »
« Un effondrement de Joe Biden aussi tôt dans la course, même s’il reste à vérifier dans le New Hampshire, pourrait pousser l’establishment démocrate à réfléchir à toutes les solutions alternatives : se mettre en rangs serrés derrière Pete Buttigieg, amener Joe Biden à s’aligner derrière Michael Bloomberg… »

 Sur la candidature de Michael Bloomberg 
« Michael Bloomberg s’est lancé très tardivement dans la course, en novembre dernier. Il s’en voulait de ne pas s’être présenté en 2016 et il a l’assise financière puisqu’il pèse près de 60 milliards de dollars. »
« Michael Bloomberg a ses chances si le Parti démocrate explose. »
« Le scénario que l’on peut imaginer pour Michael Bloomberg, c’est que Bernie Sanders et Elizabeth Warren s’allient et remportent la primaire d’une courte tête et que lui, avec Pete Buttigieg et Joe Biden s’il se maintien jusque là, forment un contrepoids centriste minoritaire mais important. Et là, Michael Bloomberg, convaincu que Bernie Sanders ne pourra pas l’emporter contre Donald Trump, se lance en indépendant du Parti démocrate, s’autofinance sa campagne et rallie quelques centristes. On aurait ainsi une course à trois : Donald Trump, Bernie Sanders/Elizabeth Warren et Michael Bloomberg. Et à ce moment, la stratégie du candidat milliardaire démocrate serait doublement pertinente. »
« Le scénario d’implosion du Parti démocrate est peu probable et peu souhaitable car il y a un risque à diviser les voix à l’élection présidentielle. »
« Le Parti démocrate va devoir démontrer, dans les semaines qui viennent, suite au fiasco de l’Iowa, plus qu’une bonne volonté pour assurer la fiabilité et la fluidité de la primaire démocrate. »

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