Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 9 octobre 2019

Clémentine Autain : « Deliveroo symbolise une exploitation 2.0 totalement déshumanisante »

Les initiateurs du Bigbang organisaient ce matin une conférence de presse devant le siège de Deliveroo pour dénoncer l’ubérisation du monde du travail. Clémentine Autain, députée France insoumise et co-directrice de Regards, est l’invitée de #LaMidinale.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

POUR ÉCOUTER CETTE MIDINALE EN PODCAST
>> sur Spotify
>> sur Apple

 

VERBATIM

 

 Sur le Big Bang 
« Le Big Bang est un appel qu’on a lancé juste après les élections européennes à toutes les forces de la gauche de transformation sociale et écologiste parce qu’on est englouti par le duopole qui s’est installé : soit Emmanuel Macron et ses politiques néolibérales et autoritaires et en face, une extrême droite qui s’ancre dans les têtes et dans les urnes. »
« On a rassemblé large avec des syndicalistes, des acteurs du mouvements social, des intellectuels, pour interpeller sur la nécessité de construire du neuf sur une voie sociale et écologistes et susciter une espérance. »

 Sur l’action au siège de Deliveroo 
« On a décidé de mettre l’accent sur la question de l’upérisation avec cette espèce de retour du travail à la tâche. »
« Deliveroo symbolise une exploitation 2.0, déshumanisante, et de recule des droits et des protections donc des conditions de la liberté. »
« Beaucoup ont recours à ces métiers-là parce qu’il y a le chômage de masse. Et c’est bien ça qu’il faut remettre en cause. »
« Il faut des revenus dignes, il faut que notre travail ait un sens, il ne faut pas qu’il soit déshumanisé, il faut sortir du travail à la tâche et il faut que les gens ne soient pas en souffrance comme ils le sont aujourd’hui dans leur travail. »

 Sur l’ubérisation 
« Il y a une partie des métiers qui ne servent à rien. Il y a une atomisation du travail que l’on voit bien dans l’ubérisation. »
« Il n’y a plus de collectif de travail. Ils sont indépendants. »
« Le capitalisme gagne de cet éclatement de ce qu’était le salariat autrefois. »
« Ceux qui sont attachés à ce libéralisme débridé, ce capitalisme infernal, ont intérêt à diviser les travailleurs (…) on ne permet pas à tout le monde de se battre ensemble contre ceux qui exploitent. Donc c’est assez habile et ça fait partie du défis du moment. »

 Sur la conscience de classe / conscience de condition sociale 
« Dans mon livre ‘Le Retour du Peuple’ j’évoquais une hypothèse qui était que la question de la précarité pouvait être un levier pour fédérer. »
« Au nom de la précarité, on va mal payer ceux qui sont dans l’emploi. »
« Il faut que la société soit capable de créer les conditions d’un apaisement, d’une vie digne, d’une rémunération partagée. »
« Il faut penser de nouveaux statuts et le contenu du travail. »

 Sur les mobilisations sociales 
« J’ai la volonté qu’on aboutisse, que la mobilisation prenne. »
« Il y a des efforts de convergence, il faut les pousser mais il faut aussi être clair sur le sens de là où ça va (…) il faut une espérance politique en face. »

 Sur la décroissance 
« L’horizon de la croissance n’est pas acceptable du point de vue non seulement de la soutenabilité par rapport à l’écosystème mais aussi par rapport au sens à faire société. »
« Le défi climatique est une chance pour repenser ce que l’on produit, qui décide ce que l’on produit et de la façon dont on devient un individu sans passer par la case consommateur. »
« Aujourd’hui, les marques ont un prix lié à leur identité : je mets un t-shirt de telle marque, des chaussures de telle autre. Et ça, ça ne va pas du tout. »
« Le sens de la vie ne peut pas être soluble dans le consumérisme débridé. »
« On n’a pas besoin de pouvoir d’achat mais de pouvoir vivre, notamment dans la dignité. »

 Sur la culture 
« J’attache une place très importante à la culture dans la société – peut-être parce que je suis une fille d’artiste. »
« L’univers culturel raconte le monde et participe à le transforme en le racontant. »
« Depuis quelques temps, dans le roman contemporain, au cinéma, dans les essais critiques, il y a un nouvel esprit radical, notamment de dénonciation des injustices dans plein de domaines. »
« Il n’y a pas toujours le biais de l’espoir mais il y a un petit parfum de révolution. »

 Sur la projection du film « Sorry we missed you » de Ken Loach le mardi 15 octobre à l’UGC Normandie 
« C’est l’histoire d’un chauffeur-livreur qui croit à l’uberisation, qui croit que ca va lui permettre de devenir indépendant et d’acheter une maison. Il vit avec une aide-soignante à domicile qui a des horaires infernaux. »
« C’est un film bouleversant qui suscite de la colère. »
« Je crois que c’est le souhait de Ken Loach que de faire de son film quelque chose de politique, pas simplement d’être projeté dans des salles pour plaire à des cinéphiles. »
« Ken Loach veut, par ses films, interpeller et susciter de l’envie politique. »

 Sur Extinction Rebellion 
« L’heure n’est plus à l’alerte et c’est pourquoi les jeunes sont aussi mobilisés et font des actions de désobéissance civile. »
« Le gouvernement fait de grands discours et signe la COP21 mais ensuite font des traités de libre-échange dans tous les sens qui accélèrent le commerce international et tournent le dos aux objectifs du point de vue du carbone tels que demandé par ses jeunes et par d’autres ! »
« La ministre de l’écologie Elisabeth Borne ne voit pas qu’il y a une contradiction entre les actes qu’ils posent, à la fois au niveau macroéconomique et au niveau microlocal (comme le projet d’Europa City qui est délirant du point de vue carbone - et il y en a plein d’autres comme ça !). »
« Il n’y a pas de politique volontariste dans la rénovation thermique des bâtiments, pour les transports publics… qui nécessiteraient de sortir de l’austérité budgétaire. Mais même, a minima, de ne pas accroître des projets et des traités internationaux qui vont complètement à l’inverse de ce qu’on signe à la COP21. C’est du foutage de gueule. »

 Sur la gauche 
« Je crois qu’il y a une panne aujourd’hui à gauche et ce n’est pas une question de figure. »
« Il faut un projet politique qui rassemble plus largement qu’aujourd’hui parce que la catastrophe est arrivée. »

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • " un panne aujourd’hui à gauche " ...Rien à dire sur la signature par A Gluksmann et Larrouturou sur un texte européen assimilant nazisme et communisme ? Comment peut-on imaginer un seul instant une entente cordiale après un quinquennat misérable du PS ...

    jaime Le 9 octobre à 18:20
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.