Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 2 décembre 2020

Clémentine Autain : « L’Île-de-France doit assurer un bouclier social face au carnage économique qui s’annonce »

Quelle vision pour l’Île-de-France ? La députée LFI Clémentine Autain vient d’y être choisie comme cheffe de file pour les prochaines élections régionales. Elle est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la proposition de service citoyen obligatoire de Jean-Luc Mélenchon et la proposition de fermeture des frontières aux personnes de François Ruffin 
« Au coeur de nos batailles du moment, il y a tout l’enjeu de la loi pour une sécurité globale, neuvième loi liberticide depuis le début du mandat. »
« Nous sommes très engagés pour avoir des propositions concrètes qui nous permettent d’envisager la suite de façon plus sereine et organisée. »
« J’ai vu passer sur les réseaux sociaux l’idée selon laquelle Jean-Luc Mélenchon proposerait le retour du service militaire. En réalité, cela correspond à une proposition de service citoyen qui est très demandé par le monde associatif qui travaille avec la jeunesse : il permettrait, pendant neuf mois, aux moins de 25 ans, de s’engager dans une activité d’utilité publique, rémunérée au SMIC. Cela fait partie d’une République digne de ce nom : une jeunesse qui, à un moment donné, donne de son temps pour des activités que l’on jugerait utile. »
« [Refermer les frontières aux personnes], ce n’est pas la logique qui est la mienne. »
« Aujourd’hui, on a des capitaux qui circulent et une fermeture toujours plus grande pour les personnes : je pense qu’il faut avancer vers l’inverse. »
« Il faut davantage accueillir que ce que l’on fait aujourd’hui et cela commence par donner des droits à celles et ceux qui travaillent sur notre territoire. »
« On ne peut pas abolir les frontières ici, maintenant et tout de suite mais dans l’horizon qui est le mien est un horizon de circulation des personnes. »
« François Ruffin a fait un post sur Facebook pour donner des précisions intéressantes sur ce qu’il a dit sur France inter ce matin : quand on pense circulation, on pense toujours circulation des pauvres. Quand on ferme les frontières, ce n’est jamais pour les élites de la globalisation qui peuvent toujours circuler… »
« Il y a toujours eu des débats, au sein des gauches, sur les enjeux de frontières et de façon, ou non, de faire vivre du protectionnisme. C’est un débat qui nous traverse - et heureusement qu’il y en a parfois encore à gauche. »

 Sur sa candidature à l’élection régionale en Ile-de-France 
« Il faut inscrire cette élection qui, je l’espère, aura lieu en juin, dans le contexte de crise sanitaire, économique et sociale. »
« Il faut que la région Ile-de-France puisse faire un bouclier social dans la crise. »
« Il faut, dans cette région, y partager les richesses et soutenir celles et ceux qui vont être les premières victimes de l’immense récession économique. »
« Je veux porter une vision à l’opposé de celle de Valérie Pécresse. »
« Valérie Pécresse inscrit la région dans une course entre mégalopoles internationales, avec l’obsession de la compétitivité, de la concurrence et de la sélection. »
« Quand Valérie Pécresse est arrivée au pouvoir, elle a mis à la poubelle le SDRIF, le schéma directeur de la région Ile-de-France, un document un peu administratif mais très politique car il permet de se projeter et envisageait un rééquilibrage entre l’est et l’ouest. Seulement, ce n’est pas le problème de Valérie Pécresse. »
« Je veux être la candidate d’une égalité sociale et territoriale, en rééquilibrant entre Paris et la banlieue, notamment la moyenne et la grande couronne, et entre l’est et l’ouest. »
« Aujourd’hui, on a des cités-dortoirs d’un côté de l’Ile-de-France et la Défense de l’autre : ce n’est pas acceptable. »
« Quand on regarde les prérogatives de la région, ça nous parle de logements, de transports, d’investissements publics dans des équipements ou d’interactions avec le monde économique : il y a beaucoup de pouvoirs dans cette région pour agir. »
« Il faut faire une région Ile-de-France dans laquelle il n’y a pas de plus en plus de monde qui a envie de partir ailleurs parce que la vie est trop stressante ou qu’on n’y respire plus. »

 Sur le logement 
« Valérie Pécresse est une ennemie du logement social. Elle pense que ce qui est formidable, c’est l’accès à la propriété individuelle parce qu’elle assimile le logement social à la pauvreté et au service public quand elle est du côté du privé. »
« Je veux être la candidate qui réhabilite le logement social et qui mène des rapports de forces avec les maires qui ne veulent pas en construire ou refusent les quotas prévus dans la loi. »
« Je pense qu’il faut globalement plus de logements sociaux. »
« Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle les communes qui auraient déjà atteint des quotas très importants devraient s’arrêter de faire du logement social. »
« Le rééquilibrage doit d’abord se faire dans ce qui fait une vie quotidienne chouette. Sur un périmètre qui soit à taille humaine, c’est-à-dire sans que l’on soit obligé de prendre sa voiture des heures ou de prendre des transports en commun dans tous les sens, il faut que l’on ait accès à l’essentiel : accès à un logement, à un emploi, à la culture, aux loisirs, aux sports, aux commerces de proximité et à la santé. »
« Il faut qu’il y ait un plaisir du droit à la ville aux quatre coins de l’Ile-de-France. »
« Aujourd’hui, il y a une frontière très étanche qui est celle du périphérique : les Parisiens ont du mal à la franchir pour aller en banlieue et ne voient pas ce qu’ils auraient à y faire et, dans l’autre sens, quand on est en banlieue, c’est aussi très compliqué d’aller dans Paris parce que Paris s’est bunkérisé. Il faut que le périphérique soit un trait d’union et non pas quelque chose qui clive. »

 Sur les raisons du vote à droite en Ile-de-France 
« Une partie de l’électorat de Valérie Pécresse est très inclus : des cadres supérieurs qui vont voter. Elle a donc une assise de départ auprès d’électeurs qui vont voter, en étant très conscients de la guerre des classes qu’ils sont en train de mener. »
« La difficulté pour nous, c’est que l’élection régionale concentre beaucoup d’abstention. »
« La droite sécuritaire, étrangère aux enjeux écolo, très libérale sur le plan économique arrive à capter un électorat populaire - un peu comme l’extrême droite qui a malheureusement une avance sur nous dans l’électorat populaire. »
« Sur le long cours, c’est l’effondrement du bloc et du vote communiste qui fait que la banlieue rouge d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. La droite a su en capitaliser sur cet effondrement. Il faut y ajouter le bilan du mandat Hollande : je l’ai vu dans ma circonscription, beaucoup de gens me disaient qu’ils ne comprenaient plus rien dans la mesure où la politique était menée contre les milieux populaires. »
« Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire 20% à l’élection présidentielle et l’enjeu est maintenant de reconstituer à l’échelle territoriale le maillage qui nous permette de gagner à des élections locales. »
« Il faut aussi bien sûr mener la bataille idéologique : il n’a échappé à personne qu’en ce moment, c’est le concours Lépine des idées d’extrême droite, ce qui tire le tapis rouge à Marine Le Pen et qui fait pencher toute une partie de l’échiquier politique à droite. »
« Valérie Pécresse a d’ores et déjà annoncé qu’elle voulait faire campagne contre les islamogauchistes, ce qui est une façon de cibler bien des familles à gauche avec un mot vide et creux pour éviter le débat de fond. »
« Valérie Pécresse et la droite arrivent à capter une espèce de besoin d’ordre dans un monde qui fait peur. »
« Il s’agit de se raccrocher, pour un monde populaire très déstabilisé et précarisé par la situation actuelle, à quelque chose : avec la droite, ce sera au mérite donc si je travaille bien, je vais pouvoir m’en sortir et, au fond, je pourrais me protéger. »
« Moi, je n’utiliserais pas le terme d’ordre. Je veux mettre de la justice, de l’égalité et de la liberté. »
« Il faut que l’on se batte pour que les gens comprennent qu’il y a d’autres façons d’être protégé que par la surveillance généralisée - au contraire, cela lamine nos libertés. »
« Il faut que l’on montre que l’on peut être crédible dans l’amélioration des vies populaires. »
« Certes, un doute s’est installé quant à notre capacité mais j’ai aussi l’impression que la situation est en train de basculer positivement pour nous. »
« Je veux croire que l’on est dans un monde dans lequel notre discours de gauche, comme l’a montré la manifestation incroyable de samedi dernier contre la loi pour une sécurité globale, peut porter et qu’il y a des gens du côté de l’entraide, de la solidarité, du partage et des libertés. »

 Sur les éventuelles alliances de La France insoumise 
« Tous les partis ont leur chef ou cheffe de file, ce qui ne veut pas dire qu’à la fin, leur chef ou cheffe de file est la tête de la liste ! »
« Il y a des discussions entre La France insoumise et le Parti communiste français, pour la région Ile-de-France mais pas seulement - aussi à l’échelle nationale. »
« On a essayé d’avoir des discussions avec d’autres partis politiques de gauche mais ce n’est pas toujours facile parce qu’EELV a fait le choix de faire cavalier seul dans chacune des régions et que le Parti socialiste, ce n’est pas une surprise, considère la gauche dans un certain périmètre, c’est-à-dire sans La France insoumise, à part pour lui jeter la vindicte de la pensée dominante comme on l’a vu avec Anne Hidalgo qui a considéré que nous (aussi bien EELV que LFI) des “ambiguités sur la République”. »
« [Anne Hidalgo et le Parti socialiste] ont enfourché le discours de l’extrême droite contre nous pour décrédibiliser sans argumenter. »
« Nous avons beaucoup de proximité avec les communistes : nous étions ensemble déjà à la précédente campagne régionale. On a donc un capital de travail en commun. Et beaucoup de luttes en commun aussi : contre le Triangle de Gonesse, contre le terminal 4, contre le centre commercial Gare du Nord, pour le RER B avec Fabien Gay, Didier Millot… »
« Avec les communistes, il va y avoir une discussion sur les bases pour un accord mais il y a surtout une possibilité d’inventer ensemble. »
« L’union ne se fait pas toujours au premier tour. »
« L’union de toutes les forces à tout instant n’est pas toujours la martingale pour gagner. »
« Si les communistes n’ont pas encore pris leur décision, c’est qu’ils militent pour un rassemblement large, ce qu’on peut parfaitement entendre et comprendre. Ils prendront leur décision en janvier et je veux redire mon respect quant à cette décision qui leur appartient : je leur tends la main mais je ne veux pas la leur forcer. »
« Il ne faut pas oublier qu’il y a un second tour et que l’adversaire politique numéro 1, c’est Valérie Pécresse et la montée de l’extrême droite. Il ne faut pas perdre comme objectif de mettre fin à cette façon de diriger l’Ile-de-France qui est très libérale sur le plan économique, sécuritaire et étrangère à la question écolo. »
« Ce n’est pas moi qui vais jouer au jeu des 7 différences avec Julien Bayou et Audrey Pulvar. »

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