Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 7 février 2020

Cloé Korman : « Il y a mille façons d’être juif »

Elle vient d’écrire Tu ressembles à une juive aux éditions du Seuil, court essai-témoignage à la première personne sur l’antisémitisme mais surtout sur le racisme. Cloé Korman est l’invitée de la #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur les racismes 
« Il y a une confusion de plus en plus grande sur l’antisémitisme. »
« Il n’est pas fait assez sur le racisme en France. »
« En France, le racisme dans sa dimension la plus aiguë est le racisme de la discrimination au travail, dans la répartition territoriale de la population, dans beaucoup de faits de la vie quotidienne. »
« J’ai senti que le climat général [au moment où l’auteure a décidé d’écrire le livre il y a un an] était piégé. Aujourd’hui, le constat est le même. »
« On n’imagine pas - alors qu’on devrait pouvoir le faire - qu’il y ait des représentants de la communauté juive qui auraient été présents en novembre dernier aux manifestations contre l’islamophobie et je le déplore. »
« On n’imagine pas que des représentants de l’antiracisme aient été présents pour signifier leur chagrin, pour prendre part au chagrin et à la colère après la mort de Sarah Halimi. »
« Il faut réagir pour permettre à l’antiracisme de se coordonner. »

 Sur l’antisémitisme 
« L’antisémitisme a une histoire particulière notamment en France du fait que le racisme contre les juifs a été mené sous sa forme la plus criminelle avec la complicité de l’Etat français dans les années 1940. »
« La Shoah est un moment qui singularise de façon très particulière l’antisémitisme. »
« L’antisémitisme est un racisme : c’est un refus d’une différence culturelle et religieuse. »
« Dans le climat actuel de racisme, la criminalisation des migrants, la façon dont ils sont montrés du doigt au motif qu’ils viendraient entamer des richesses prétendument limitées, fait écho à la façon dont ont été pointés du doigt les juifs fuyant les pays antisémites dans les années 1940. »

 Sur l’antiracisme antisémite 
« Il faut sortir d’une opinion - que je pense très fautive - qui est de plus en plus répandue ces dernières années de pointer ce qu’on a appelé le nouvel antisémitisme, c’est-à-dire celui qui se manifeste par des personnes musulmanes ou arabes (…). Il est malhonnête de venir pointer cet antisémitisme alors qu’en France, on a une vieille tradition, qui s’est exprimée de façon sanguinaire et cruelle pendant la guerre. »
« Il y a un antisémitisme qui est une forme de dandysme et qui rejoint, en termes sociologiques, une certaine forme de misogynie : les milieux d’élites où il est bon de pouvoir exprimer des idées réactionnaires dans un but quasiment esthétique. »
« L’antisémitisme du Rassemblement national se manifeste régulièrement. »

 Sur l’essence du judaïsme 
« Le judaïsme est une religion désincarnée. C’est une religion où on retourne au texte et à l’interprétation du texte. »
« Il y a [dans le judaïsme] un rapport au livre, un goût du débat et de la discussion liés au mythe de l’ancien Testament et au mythe de la liberté. »
« [Le judaïsme] est aussi une tradition pour moi, une singularité - je parle même de solitude - qui est aussi très cohérente avec l’identité de l’écrivain. »
« Kafka et Perec font de cette solitude une matrice littéraire. Parce que la littérature, c’est faire sonner la langue autrement. »

 Sur la « honte » d’être juive 
« Je me suis rendue compte - et c’est un des passages du livre qui a été le plus pénible à écrire - qu’en tant que professeure ou romancière, je suis dans une situation où les adolescents avec qui je travaille me parlent de leur famille, de leur vie, de faire des récits de vie, et je ne leur donne pas la réciproque. »
« Au fond, non seulement j’exprime ma honte mais je m’emporte contre mon préjugé sur l’antisémitisme dans les quartiers. Ce préjugé se manifeste dans mon silence et je souhaite en sortir. »
« Personne ne devrait avoir à modifier sa façon d’être ou sa façon de s’habiller pour passer inaperçu. »

 Sur le racisme inconscient  
« Le racisme est appuyé sur des structures qui ont existé en dur dans les textes : il y a eu des lois racistes et raciales en France à travers les époques. Il y a eu le Code noir, il y a eu le statut des juifs et le code de l’indigénat (…). Il en reste quelque chose et c’est cela qu’il faut combattre. »
« Je combats les dérives actuelles par exemple dans les débats sur la laïcité qui servent souvent de prétexte à stigmatiser les femmes musulmanes avec leur voile : on voit bien qu’il y a une tentation de faire dans la loi plus d’interdits. »
« Il y a un racisme qui est difficile à prouver. »

 Sur l’assignation identitaire entre l’Etat d’Israël et les Juifs 
« Il y a mille façons d’être juif, comme d’ailleurs il y a mille façons d’être dans les autres religions et les autres cultures. »
« On peut être juif et ne pas être d’accord avec la politique de l’Etat d’Israël. On peut même être un juif israélien et ne pas être d’accord avec la politique belliqueuse actuelle incarnée par Benjamin Netanyahu. »
« Non seulement il y a des antisémites qui font l’amalgame entre Juifs et soutiens de l’Etat d’Israël mais ils sont presque encouragés à ça par certaines attitudes de la puissance publique : je pense à l’idée récente portée par La République En Marche de proposer que l’insulte sioniste soit interdite comme une insulte antisémite. On voit que c’est un parti qui prend en charge cette identification. »

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