Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 3 février 2022

« Contre la stigmatisation des quartiers, il faut assumer de construire des villes populaires »

Repenser la ville pour mieux vivre ensemble. Dans son nouveau livre, Inventons un nouvel art de vivre populaire (Éditions Arcane 17), Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine, propose de tout repenser de fond en comble : logement, urbanisme, rapport police/population, culture, sport, démocratie… Il est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le logement social 
« Mon obsession, c’est de faire que l’on arrête de stigmatiser le logement social. »
« Le logement social, c’est le droit au logement pour toutes et tous. »
« Aujourd’hui, on a des candidats ou des départements comme les Hauts-de-Seine qui nous disent qu’il y a trop de logements sociaux et punissent Gennevilliers en nous interdisant de construire du logement social. »
« Il y a des populations qui refusent la construction de logements sociaux autour d’eux parce qu’ils ont assimilé le logement social - cas social. Or 70% de la population d’Ile-de-France est éligible au logement social et ça ne viendrait à l’esprit de personne d’assimiler tous ces gens à des cas sociaux. »
« Le manque de logement social (1,5 million selon la Fondation Abbé Pierre) fait que l’on n’arrive pas à reloger les femmes battues ou les personnes séparées, qu’il y a 11 ans d’attente en moyenne dans la métropole du Grand Paris pour en avoir un. »
« Le logement est la question essentielle de l’avenir et je regrette qu’elle ne soit pas au coeur de la présidentielle. »

 Sur le populaire 
« Je suis fier d’être d’un milieu populaire. Et il faut que l’on se batte pour que notre origine populaire soit valorisée. »
« Les quartiers populaires, c’est la France normale : la France de celles et ceux qui se lèvent tôt pour travailler ou qui sont au chômage, des employés et des ouvriers. »
« La stigmatisation des quartiers populaires explique l’abstention, le ressentiment et toutes nos difficultés politiques. »
« Le populaire, c’est les gens normaux, c’est-à-dire ceux qui n’ont que leurs bras et leur tête pour vivre, qui ne spéculent pas, qui ne sont pas des rentiers ou nés avec une cuiller en argent dans la bouche. »
« Un nouvel art de vivre populaire, c’est s’attaquer aux questions politiques du moment, notamment l’enjeu environnemental, c’est-à-dire le fait que nos enfants ou nos petits-enfants peuvent mourir ou disparaître à cause des enjeux climatiques. »
« Il faut revaloriser et changer les modes de production. Mais si l’aspiration pour nos enfants, c’est qu’ils ne fassent pas les mêmes métiers que nous dans notre monde populaire, il va y avoir un problème : il faut revaloriser de manière salariale mais aussi en retrouvant du sens dans la production. Il faut déprolétariser le travail des catégories sociales en aide à la personne ou à l’entreprise. »

 Sur le beau dans la ville 
« Le beau, c’est déjà de ne pas avoir honte de où on habite, des rues nettoyées, des immeubles propres… »
« Un critère, c’est : es-ce que l’on peut inviter des amis ou de la famille chez soi sans avoir honte de son environnement ? Ou mieux : est-ce que l’on peut en être fier ? C’est un enjeu politique important qui nécessite que chacun investisse ces quartiers. »

 Sur la police 
« Ce n’est pas à la police de régler les problèmes dans les cages d’escalier : on a déjà échoué à partir du moment où c’est la police qui vient parce que des jeunes perturbent des halls d’immeuble. »
« Il faut que la communauté des adultes reprennent le pouvoir de son environnement et de ses relations avec la jeunesse pour arriver à travailler à un respect mutuel entre générations. »
« Il faut se donner le droit comme adulte de faire une remarque à un jeune enfant et comme parent, de donner le droit à mon voisin de faire une remarque à mon enfant si cela ne va pas. Mais tout cela dans un respect mutuel. »
« Des enfants qui ressentent que les adultes de leur quartier sont là pour les aider, ce sont des jeunes qui considéreront plus tard que ces gens sont là pour les aider. »
« Il faut redonner confiance à la jeunesse en elle-même et redonner confiance dans nos relations sociales. »
« Bien sûr qu’il y aura besoin de police sur des cas extrêmes, sur des violences physiques, des trafics de drogue : mais l’essentiel, c’est la communauté des adultes qui n’abandonne pas son respect mutuel. »
« Il faut toute une ville pour élever un enfant et un jeune. »
« A Gennevilliers, la délinquance a baissé même si tout n’est pas parfait et que des actes de délinquance existent encore. »
« L’escalade sécuritaire aggrave la situation plutôt que de la résorber. »

 Sur les politiques jeunesse 
« Il faut donner les rennes aux jeunes. »
« Il y a une rupture générationnelle entre les jeunes et ma génération. »
« Aujourd’hui, il y a une jeunesse beaucoup plus encline à s’emparer des questions internationales, de climat ou de solidarité par exemple. »
« Dans ma ville, les jeunes sont très mobilisés pour faire des maraudes et aider les SDF. »
« Il faut que les services publics soient aux côtés des jeunes pour les accompagner. »

 Sur des villes "ralenties" 
« Il faut pouvoir organiser du débat, une dispute publique. Il faut prendre le temps de le faire. »
« On a besoin de temps pour se forger des idées dans une société où on a besoin de tout, tout de suite. »
« Il faut le temps de l’expérience pour construire des idées et permettre le dialogue de s’installer. »

 Sur la faiblesse de la gauche et des écologistes  
« La gauche et les écologistes sont les plus cons du monde. »
« On aurait pu par exemple, faire la démonstration que l’auto-entreprenariat est moins efficace et moins solidaire que le salariat. »
« La division de la gauche est catastrophique. On n’est pas à la hauteur des enjeux. »
« Il faudrait reprendre la question de la décroissance pour nous obliger à repenser notre rapport au travail, nos modes de production, notre rapport à la vie et nos rapports entre nous. »
« On doit créer les conditions pour que chacune et chacun retrouvent les conditions du bonheur. »
« Le bonheur n’est pas dans la consommation, la quête exclusive du pouvoir d’achat ou la croissance à tout prix. »
« Il faut organiser une vraie rupture si on veut s’attaquer aux enjeux de société et de l’avenir de l’espèce humaine. »

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