Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 9 décembre 2020

Convention citoyenne pour le climat : « Un piège s’est refermé sur les 150 participants »

Après les premiers arbitrages rendus par le gouvernement, dans la perspective du projet de loi climat, les 150 membres de la convention citoyenne n’ont pas manqué de faire part de leur déception. Et le mot est faible. Yolande Bouin, membre tirée au sort de la Convention citoyenne pour le climat et Anne-Laure Sablé, chargée de campagne agriculture des Amis de la Terre, sont les invitées de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur les relations de la convention avec le gouvernement 
Yolande Bouin 
« Le sans filtre promis par Emmanuel Macron n’a pas été respecté. »
« Nos propositions ont été retoquées par les ministères et ne vont pas arriver devant les parlementaires dans le cadre du projet de loi. »
« Le contrat du sans filtre doit être respecté. C’est aux parlementaires de travailler nos mesures, pas aux ministères. »
« Il ne faut pas désolidariser les mesures des unes des autres. C’est un tout cohérent que la convention citoyenne pour le climat a proposé. »

 Sur la démocratie participative  
Anne-Laure Sable
« Il y a des choses à repenser en matière de démocratie participative et la crise des gilets jaunes l’a bien montré. Emmanuel Macron y a répondu par la création d’une convention citoyenne pour le climat et 150 personnes tirées au sort. »
« Il y a un cynisme effrayant vis-à-vis du non respect de ce qui peut émerger de cet outil soi disant participatif, démocratique qui est sensé redonner un nouveau souffle à la démocratie. On voit aujourd’hui que c’est clairement un échec. »
« Le brio de la communication d’Emmanuel Macron n’a d’égal que son mépris à la fois pour la convention citoyenne mais aussi pour les questions écologiques. »
« Il y a un paradoxe d’avoir voulu instaurer un nouvel outil démocratique mais dans le même temps d’avoir une dérive autoritaire qui vise à réduire les libertés individuelles et collectives. »

 Sur les appels au boycott des réunions de travail avec le gouvernement 
Yolande Bouin  
« Je suis convaincue qu’on sert d’alibi. »
« Je n’ai pas participé au boycott même si je le soutiens. »
« Nous n’avons pas eu de réunion de travail mais des coups de communication pour le gouvernement. »
« On veut faire croire que le gouvernement d’Emmanuel Macron est écolo et démocrate. »
« Les gens de la convention étaient super contents d’être entendus et qu’on leur donne la parole. Beaucoup ont petit à petit été très déçus mais on continuer de s’accrocher. Là, avec les deux jours qu’on vient de passer, on est dans l’apothéose. Beaucoup sont redescendus. Leur crédulité en a pris un coup. »

Anne-Laure Sable
« La convention citoyenne a été prise au piège une fois les travaux terminés. »
« Un piège s’est refermé sur les 150 et qui a été très bien manié par Emmanuel Macron et son gouvernement. »
« Des notes ont été écrites par les ministères et n’ont pas été transmises aux 150 pour leur dire comment évoluaient certaines mesures. »
« On a décidé de boycotter certaines réunions parce que les conditions de la concertation n’étaient pas acceptables. »
« Quand on rencontre gouvernement on s’assure d’un certain rapport de force. Nous avons en tant qu’association une expertise de ces processus politiques parfois très opaques et qui nous donne une lecture stratégique de ce qui se joue. »
« Il a été très difficile pour nous de boycotter parce que nous respectons le travail des 150. »

 Sur les propositions retenues 
Yolande Bouin 
« Il y a des mesures qui ont obtenu un peu plus de considération mais dans l’ensemble tout a été retoqué, remanié, détricoté. »
« Il y a une forme de déni de la part de certains ministres comme le ministre Julien Denormandie qui nous a dit ne pas savoir de quoi on parlait quand il était question d’agro-écologie alors qu’on trouve le mot sur le site du ministère. Mais ça ne rentre pas dans leur politique gouvernementale visiblement. »
« Je n’ai jamais cru que nos propositions arriveraient sans filtre devant le parlement. »
« Quand on a évoqué le CETA dans le groupe sur l’alimentation, il a été nécessaire que l’on bataille pour que ça figure dans nos propositions. Donc quand on doit se battre à ce point, c’est que ça n’est pas si démocratique que ça. » 

 Sur la radicalité des propositions de la Convention citoyenne pour le climat par rapport au conservatisme du gouvernement en matière écologique 
Anne-Laure Sablé
« L’objectif de la Convention citoyenne pour le climat, c’est d’atteindre - 40% des émissions de gaz à effet de serre, ce qui n’est même pas ce qu’il faudrait aujourd’hui pour être en ligne avec l’accord de Paris. »
« On ne peut pas parler de radicalité qui ferait peur à tout le monde quand on est déjà en deçà d’un monde non-vivable pour un certain nombre de personnes vulnérables. »
« La Convention a toujours essayé de se poser les questions de la transition juste et de la justice sociale. »
« La Convention a proposé une redevance sur les engrais chimiques pour financer derrière des alternatives comme l’agriculture biologique. »
« Emmanuel Macron a fait la promesse d’avoir 15% de terres agricoles françaises en agriculture biologique d’ici la fin de son quinquennat mais on n’est qu’à 8,5% aujourd’hui. »
« Renvoyer la taxe en 2024 est d’un cynisme total : en 2024, le quinquennat sera terminé et on aura de nouveaux objectifs climatiques. »

 Sur les reprises des propositions par les parlementaires (puisque ce n’est pas par le gouvernement) 
Yolande Bouin
« On va essayer de faire pression. »
« Depuis le début de la Convention, dans les coursives du Palais d’Iéna, on a croisé des parlementaires : beaucoup de macronistes et pas beaucoup de gauche… »
« La version de nos propositions qui est présentée aux parlementaires est complètement détricotée, amendée et ça ne va plus ressembler à rien. »
« Le néolibéralisme ne fait pas bon ménage avec l’écologie. »
« Les lobbies, on en a vu plein pendant les neuf mois. Je les ai dénoncés sur place… »
« Par exemple, la FNSEA est venue nous servir sa soupe en hémicycle et la Confédération paysanne n’a réussi qu’à venir dans un speed dating. »
« Moi, j’avais demandé à ce qu’ATTAC vienne nous parler du CETA mais je n’ai jamais obtenu gain de cause. »

Anne-Laure Sablé 
« On a une majorité de La République En Marche qui a fonctionnement très moutonnier vis-à-vis du gouvernement. C’est donc le gouvernement qui a la main sur les votes de la majorité. »
« C’était important que le Parlement puisse avoir accès aux propositions sans avoir de trifouillage des ministères. »
« Tout le monde parle du projet de loi depuis le début de la semaine mais personne ne l’a vu… Cette façon de faire de la part du gouvernement est très problématique et n’existait pas avant ce quinquennat. »

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