Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 20 novembre 2018

Schneidermann : « Un journaliste peut bien décrire un événement sans pourtant saisir ce qui se passe »

Pourquoi la presse étrangère est-elle à ce point passée à côté de la montée en force de la barbarie dans l’Allemagne des années 30 ? Et quels parallèles peut-on, doit-on établir avec la situation internationale actuelle ? Pour en parler, le fondateur d’Arrêt sur images Daniel Schneidermann était l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’installation progressive de la barbarie hitlérienne 
« Hitler arrive au pouvoir, très vite on se rend compte que ça allait être un régime d’une barbarie inégalée (…) et pourtant, ça ne va pas être raconté. »
« Je ne dis pas que c’était évident tout de suite dans la mesure où il y avait aussi des signes extérieurs de normalité. »
« L’antisémitisme ne s’est pas installé en Allemagne avec Hitler (…). Ce qui est nouveau, c’est l’antisémitisme d’Etat. »
« En Allemagne, dès 1933, il y a une omniprésence de la violence de rue : les chemises brunes quadrillent les villes et les villages allemands. »

 Sur la responsabilité des correspondants étrangers en Allemagne dans les années 30 
« Les lecteurs français, britanniques et américains ne vont pas pouvoir comprendre tout de suite ce qui se met en place. »
« Je cite des reportages de Paris-Soir dans les ghettos de Varsovie qui sont hallucinants de supériorité, d’inhumanité et d’antisémitisme soft – alors même que Paris-Soir est dirigé par un journaliste juif. »
« Le journaliste [Roger Vaillant qui assiste à une scène antisémite] a vraiment vu ce qu’il a décrit mais il ne saisit pas du tout ce qui se passe. »
« Ils vont tous plonger dans l’atrocité mais sans s’en rendre compte parce que cela se passe progressivement. »

 Sur le parallèle entre la situation actuelle aux Etats-Unis, au Brésil, en Hongrie et l’Allemagne de 1933 
« On a très vite compris que Trump n’était pas Hitler. »
« On a été absolument sidéré d’avoir à prononcer “le Président des Etats-Unis, Donald Trump”. »
« Ce livre ne m’a pas incité à voir aujourd’hui du fascisme partout. »
« Il faut essayer dans chaque situation de trouver les mots les plus justes. »
« Il ne faut pas sous-sommer ni surnommer les situations. »
« C’est très préoccupant ce qui se passe au Brésil, en Hongrie… mais ce n’est pas le fascisme, c’est autre chose – ce qui ne veut pas dire que c’est moins inquiétant. »
« Les premiers mois de Trump, on a exagéré dans l’autre sens : tout le monde s’est dit à un moment que Trump allait être Hitler. »
« Aux Etats-Unis, les contre-pouvoirs résistent : la presse, le Congrès, la Justice… »

 Sur le regard de l’Humanité et de La Croix sur la situation allemande dans les années 30 
« Toute la presse se contre-fout des communistes allemands et un peu moins les Juifs. »
« L’Humanité est le seul journal qui nomme les choses comme on les nomme aujourd’hui : c’est le seul à parler de la barbarie hitlérienne. »
« Pour l’Humanité, qui est totalement aligné sur la politique du Kremlin, de l’URSS et de la politique de Staline, Hitler, c’est l’ennemi en 1933. »
« Avec l’Humanité, on a presque l’impression de lire un journal de propagande : j’aurais été lecteur à l’époque, au bout de trois jours, j’aurais arrêté de lire l’Humanité parce que je me serais dit que ce n’était pas là-dedans que je serais informé. »
« Le paradoxe, c’est qu’avec tout le recul, l’Humanité est le seul journal qui appelle un chat un chat. »

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