Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 20 novembre 2020

David Cormand : « Le boulot des laboratoires, c’est de soigner les gens, pas de boursicoter »

Une décision historique du Conseil d’Etat vient d’être rendue et entend mettre un coup de pression au gouvernement qui a trois mois pour prouver qu’il respecte ses engagements climatiques. En pleine crise économique et sanitaire, où va l’écologie ? David Cormand, député européen EELV, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’Union européenne et le vaccin  
« Si il y a un vaccin facile d’usage, fiable qui peut commercialisé et mis à disposition du plus grand nombre, évidemment ça sera une bonne nouvelle. »
« On est sur des procédures très accélérées et il ne faut pas que cette urgence se fasse au détriment de la sécurité desdits vaccins. »
« J’ai fait passer un amendement au Parlement européen pour qu’il y ait de la transparence sur les mégas contrats que prévoient l’Union européenne avec les laboratoires. »
« Il faut que les parlementaires puissent voir ce qu’il y a dans les contrats avec les laboratoires. »
« Les laboratoires voudraient déléguer aux Etats la responsabilité d’éventuels effets secondaires - qui pourraient s’avérer graves. »
« Pour qu’il y ait une bonne couverture vaccinale, il faut que les citoyens aient des bonnes raisons d’avoir confiance dans ces vaccins. »
« Le PDG de Pfizer ne nous donne pas de bonnes raisons d’avoir confiance quand on voit qu’il a vendu pour plusieurs millions de dollars des actions de son propre groupe. Ça nourrit des craintes. »
« Le boulot des laboratoires c’est de soigner les gens, pas de boursicoter. »
« Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. »

 Sur la décision du Conseil d’Etat en matière climatique  
« S’appuyer sur le droit pour mettre en demeure les politiques d’agir pour le bien collectif - en cohérence avec les engagements qu’ils ont pris - me parait être un bon chemin. » 
« C’est une première décision et il y en aura d’autres. Ça met une pression supplémentaire sur le gouvernement. »
« Il y a deux façons de contourner l’urgence : il y a la méthode cash de Donald Trump qui s’assoit sur l’Accord de Paris (…). Et il y a la méthode plus hypocrite qui consiste à dire qu’on est les premiers combattant du climat mais on agit pas en conséquence. » 

 Sur les conséquences de la crise sanitaire sur l’écologie 
« Il y a toujours eu de bonnes raisons, crise économique ou pas, de remettre l’écologie à plus tard. »
« La France, pour différentes raisons, est moins émettrice de gaz à effet de serre que d’autres pays mais en France, compte tenu de notre empreinte, il faudrait 2,5 planètes pour vivre comme les Français. »
« Il ne faut pas s’abriter sur l’argument qui consiste à dire que ça serait pire ailleurs, pour ne pas agir. »
« La question n’est pas de savoir s’il faut choisir entre l’écologie ou l’économie. La question c’est quelle économie ? Comment on redonne du sens, et même de la sensibilité, à l’économie ? »
« Il faut redonner du sens à l’économie. L’économie est politique. »

 Sur le nucléaire et les probables coupures de courant  
« La France utilise très peu de charbon : moins de 1%. »
« L’Allemagne sera sortie du nucléaire et du charbon d’ici 2038. C’est demain matin. Ils se donnent les moyens de respecter les engagements. »
« Si le nucléaire était un eldorado industriel, économique et technologique, EDF n’aurait pas 40 milliards de dettes. »
« On n’a pas anticipé la transition parce qu’on ne souhaite pas le faire. »
« La France a la deuxième façade maritime au monde et on a zéro éolienne offshore raccordé au réseau aujourd’hui quand tous les autres pays industriels, européens, ont développé cette alternative. »
« En France, il y a une croyance irrationnelle dans la magie du nucléaire. »

 Sur la société de sobriété versus le maintien du Black Friday 
« Le maintien repoussé du Black Friday est d’autant plus incompréhensible que l’un des quelques avantages de la loi Poirson de lutte contre le gaspillage et pour l’économie circulaire était justement de permettre d’interdire ce type d’opération commerciale en autorisant uniquement les soldes traditionnelles. »
« Il y a une promesse intenable : nos libertés et notre émancipation en tant que citoyen passeraient par l’accès démesuré à des biens matériels, c’est-à-dire l’émancipation par l’accès à l’abondance. Cette promesse posée, de façons différentes par la gauche historique et la droite historique, conduit à une impasse à cause des limites matérielles de la planète. »
« Les opérations comme le Black Friday créent une dépendance, notamment de la part des plus pauvres, qui ont accès à des biens de consommation de faible qualité, difficiles à réparer et qui les met en difficulté, y compris financière. »
« On pourrait avoir une économie qui s’appuie sur plus de sobriété dans la consommation mais qui crée plus d’emplois, avec notamment les emplois de proximité. C’est le débat entre les emplois de centres-bourgs, notamment les commerces, que l’on a commencé à défoncer avec la multiplication des grandes surfaces en zones périurbaines, et qui s’est prolongé avec tout l’achat en ligne de géants comme Amazon. »

 Sur Amazon 
« On appelle à boycotter Amazon car ce n’est pas un bon moyen de consommer à tous points de vue : ça détruit les emplois locaux et en crée mais extrêmement précaires. »
« Pour chaque emploi créé par Amazon, c’est entre 2 et 3 emplois par ailleurs qui sont détruits - idem pour les grandes surfaces d’ailleurs. »
« Le modèle idéal des grands groupes GAFAM comme Amazon, c’est qu’ils promeuvent une agriculture sans paysan, des transports sans transporteurs, des commerces sans commerçants et des usines sans ouvriers. »
« Le modèle économique s’appuie sur un contrôle et une surveillance accrue des citoyennes et des citoyens, réduits à l’état de consommateurs : on commercialise vos données personnelles pour pousser encore plus à la consommation. Cela s’appelle le capitalisme de la surveillance. »

 Sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon 
« La candidature de Jean-Luc Mélenchon était attendue et j’ai aussi envie de dire qu’elle est légitime : on est en démocratie, on a le droit de présenter son projet à l’occasion d’une élection présidentielle. »
« Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise ont un certain nombre d’idées et de propositions dont on peut penser du bien ou mal mais il est logique et légitime que cette candidature existe. »
« Il y a une chose avec laquelle je suis d’accord avec Jean-Luc Mélenchon, c’est que l’unité ne doit pas se faire sur le dos de la clarté. C’est la clarté qui rassemble et l’ambiguïté qui divise. »
« Essayer de raconter que l’on est tous pareil, qu’il faut que l’on soit tous ensemble par c’est cela uniquement qui est cohérent, sans regarder les différences dans le champ politique, la gauche issue du XIXe et du XXe siècles ne peut pas être celle qui apportera des réponses aux enjeux des temps qui viennent. Il est donc logique qu’il y ait un changement dans le paysage politique. »
« On parle beaucoup de recomposition de la gauche politique. Je crois qu’on est encore en phase de décomposition (et c’est vrai aussi à droite). »
« Dans l’histoire des élections présidentielles en France, il y a déjà eu des victoires de candidats de gauche alors qu’il y avait un certain nombre de candidats de la gauche et de l’écologie au premier tour. Ce n’est donc pas rédhibitoire. »
« L’enjeu, c’est de convaincre la société qu’il n’y a pas de fatalité à choisir entre le statu quo libéral et de plus en plus, paradoxalement, liberticide, de ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui et de l’extrême droite. »
« Jean-Luc Mélenchon est un candidat qui a intégré à sa doctrine les enjeux écologistes. Mais de la même façon qu’il y a plusieurs gauches, il y a plusieurs écologies. »
« L’écologie que je porte est plus détachée d’un certain nombre de réflexes de la première gauche sur le rapport à l’émancipation par la consommation, au rôle de l’Etat, à la planification, au rôle de l’Europe… »
« Je suis plus girondin que jacobin, plus fédéraliste européen que peut l’être Jean-Luc Mélenchon ; je me méfie de la planification et de ce que cela implique en termes de contrôle administratif sur nos vies. Mais il y a aussi beaucoup de sujets sur lesquels on est d’accord. »
« A chaque fois que les gens intègrent à leur récit politique, l’écologie, en tant qu’écologiste, je suis content - même si je peux ne pas être d’accord sur tout avec eux. »

 Sur le recul des libertés et de l’Etat de droit 
 « La question des droits, de la liberté et de la démocratie est l’un des affluents qui a motivé la création de l’écologie politique, notamment en France. »
« Les militants écologistes ont toujours lié la question de l’émancipation homme-femme, la protection des réfugiés, la lutte contre le racisme. »
« A EELV, on est particulièrement inquiet de la dérive que l’on constate dans un grand nombre de pays occidentaux : aux Etats-Unis, même avant Trump avec le Patriot Act de George Bush, en Hongrie avec Orban et la question de l’Etat de droit en Europe de l’Est, et on le voit désormais en France. »
« Ce n’est pas anodin que l’ONU ou la nouvelle Défenseure des Droits alertent sur le reniement d’un certain nombre de droits fondamentaux dans notre pays. »
« Le fait que le gouvernement joue aux apprentis sorciers avec la loi de 1905 ou la loi sur la liberté de la presse doit nous alerter. »
« C’est un paradoxe : les libéraux progressistes - Emmanuel Macron se situe d’après lui dans cette famille - en sont aujourd’hui, pour maintenir le pouvoir et leur légitimité, à réduire les libertés. »
« L’un des enjeux de 2022 et des temps qui viennent, pour les forces écologistes de gauche attachées aux droits fondamentaux, c’est de lutter pour que les citoyennes et les citoyens ne consentent pas à la réduction de leur liberté au nom d’une promesse de sécurité. »

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