Accueil | Par | 1er mars 2018

Denis Sieffert : "Ce que je combats par-dessus tout, c’est l’esprit de système."

L’hebdomadaire Politis fête ses 30 ans. Son directeur, Denis Sieffert, est l’invité de La Midinale. L’occasion de dresser un état des lieux du monde des médias, de l’avenir de la presse et des convergences possibles entre les différents acteurs de la presse "alternative".

Vos réactions (8)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 Sur les 30 ans de Politis 
« Politis va pas trop mal, même peut-être n’a jamais été aussi bien parce que, parfois, on a été très mal avec des périodes très dures. »
« On est toujours très fragile mais on survit et on a quelques années de visibilité devant nous avec un certain confort journalistique. »

 Sur l’avenir de Politis 
« Il y a des comportements de lecture qui changent et qui vont nous obliger à prendre des décisions très difficiles par rapport à la vente en kiosque donc on est obligé de valoriser le numérique. »

 Sur la ligne éditoriale de Politis 
« Je ne parle pas de ligne mais je parle toujours de périmètre, c’est-à-dire qu’on a un périmètre à l’intérieur duquel on s’entend (…) avec une grande liberté d’action pour chaque journaliste. »
« Politis est né de l’intuition que l’écologie et le social allait se croiser (…), intuition qui s’est vérifiée et qui est toujours au cœur de notre pratique. »

 Sur la presse alternative en général 
« On est ouvert à toutes les convergences (…). Dans le principe, c’est évidemment tout à fait souhaitable et il va bien falloir qu’on y arrive. »

 Sur Le Média 
« À ce stade, leur expérience a ma sympathie mais je trouve que ça n’est pas extraordinairement réussi. »
« Peut-être ont-ils trop voulu imiter ce qu’ils critiquaient, les grands journaux télévisés, sans en avoir les moyens. »
« Les grands médias - je regarde les 20h pour voir ce qu’on donne à manger à l’opinion publique - ne sont pas si stupides. Ils ont évolué. Le journal du 20h de France 2 fait aussi beaucoup de sujets sociaux. »

 Sur le traitement de l’actualité syrienne par Le Média 
« Prétendre ne pas le traiter, c’est ne pas le traiter. »
« On ne peut pas rester neutre (…) il y a quand même des bombes avec un dictateur et une population qui est décimée. »
« Je trouve que c’est un peu facile et un peu scandaleux pour dire les choses, de ne pas traiter ça. »
« Ils considèrent que tout le monde a ses responsabilités [dans ce conflit], que tout le monde vaut tout le monde. Ça n’est pas vrai. D’autant que l’histoire de la Syrie récente, c’est Bachar El Asad qui a produit la situation confuse à laquelle on assiste aujourd’hui. »

 Sur la critique du « parti médiatique » de J-L. Mélenchon 
« Je ne suis pas d’accord avec lui, je ne suis pas d’accord avec cette globalisation. »
« Je fais confiance au journaliste de l’AFP [sur la Syrie] beaucoup plus qu’à Mélenchon ou au personnage qui apparait dans Le Média pour parler du Proche-Orient. »
« Ce qui est vrai, et en particulier en économie, c’est qu’il y a une dominante écrasante qui est néolibérale dans les grands médias et qui est parfois insupportable parce que c’est un prisme complètement déformant et qui épouse le pouvoir en place avec un enthousiasme indécent. »

 Sur les médias « d’essence complotiste » décrits par J-L. Mélenchon 
« Ça m’inquiète parce que c’est plus grave que ça, si je puis déborder Mélenchon sur sa gauche. »
« C’est pas un complot, c’est une culture commune de toute une génération de journalistes, en particulier économiques. C’est un creuset commun. »
« L’hostilité de l’opinion publique [à l’égard des journalistes] n’est pas infondée. »
« Il y a une tendance des grands médias à épouser le pouvoir et c’est insupportable. Il faut le combattre. »
« Ce que je combats par-dessus tout c’est l’esprit de système. C’est pas en disant le contraire des grands médias qu’on dit une vérité. »

 Sur la proposition de la FI de créer un observatoire de la déontologie journalistique 
« C’est pas une chose nouvelle. Il y a toujours eu cette chimère d’un ordre de journalistes c’est-à-dire de comité d’éthique et de déontologie. Je me méfie de ça. »
« Je sais que ceux qui seront dans ces comités ne seront pas forcément légitimes et on retrouvera toujours ceux qui sont proches du pouvoir avec des intellectuels qui sont établis, ceux qui envahissent les médias. Donc je me dis que finalement le remède risque être pire que le mal. »

 Sur le hors-série spécial Mai 68 de Politis
« Forcément, toujours on se réfère à Mai 68 mais comme la sociologie a changé, que les concentrations ouvrières ont implosé, il faut probablement chercher d’autres formes de luttes. »
« Cette mythologie nous encombre et nous voue à l’échec et à des paris un peu déceptifs. »

Vos réactions (8)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Je trouve ça très intéressant cette manière de demander aux invités de se positionner par rapport à la France Insoumise, ou bien à un média qu’on soupçonne d’être la tv Mélenchon (puisqu’on est dans le thème médiatique avec cet invité)... Après tout, avec LE MÉDIA, il s’agit d’un média alternatif qui n’est d’ailleurs pas le seul à avoir émergé récemment (d’autres ont d’ailleurs fait plus de bruit avec leurs enquêtes).
    En même temps, je suis content de savoir ce que tous ces gens pensent de la France Insoumise vu que je suis un sympathisant... Mais je comprends que ça puisse être lassant pour un encarté au PCF, à EELV, au PS ou militant dans un autre mouvement type génération.s de ne pas bénéficier du même traitement...

    carlos Le 1er mars à 14:06
  •  
  • Sur l’article lui-même et pour ce que ça vaut, j’ai la nette impression que D. Sieffert est dans la posture par rapport à LE MEDIA, regrettant avec une sympathie qui m’apparaît peu sincère son peu d’originalité et jugeant que le traitement du conflit syrien s’avère être un non traitement à partir du moment où il y a refus de laisser son esprit critique au vestiaire en donnant crédit aveuglément à une source d’information plutôt qu’à une autre... Ajoutant même que finalement, il y a un impératif à choisir son camp pour le journaliste compte tenu du fait que le méchant dispose d’un curriculum vitae qui parle pour lui.

    Ce reproche sur la question syrienne me paraît en totale contradiction avec les propos sur l’importance de la nuance dans l’approche d’une vérité telle qu’il les tient pourtant dans l’interview à propos d’une thématique plus large :
    « Ce que je combats par-dessus tout c’est l’esprit de système. C’est pas en disant le contraire des grands médias qu’on dit une vérité. »
    En effet, Claude E.K puisqu’il est question de lui, n’a pas choisi à proprement parler d’aller à contre-courant du main-stream en apportant des informations contraires, mais de traiter son sujet en tenant compte des limites qu’imposent un contexte plus que propice à la propagande. Prendre de la distance et s’inscrire en perspectives m’apparaît une démarche éminemment salutaire et éthique lorsque toute source peut potentiellement être considérée comme suspecte... tout du moins lorsqu’on veut réellement informer les gens et non les abreuver d’une bouillie prémachée.

    Quant à sa méfiance par rapport à une instance déontologique, si elle m’apparaît justifiée, je ne comprends pas qu’elle lui interdise de remettre en cause le fonctionnement d’un monde médiatique dont il finit par admettre, quoiqu’en total désaccord avec la France Insoumise précise-t’il, qu’il a tendance à être majoritairement sous influence. Si le remède peut-être plus désastreux que le mal, c’est que finalement on peut encore faire pire... Le soucis c’est que l’Histoire ayant montré qu’on peut toujours faire pire, on peut se demander s’il y aura un jour du temps à perdre à lui trouver un remède.

    carlos Le 1er mars à 15:31
       
    • D’ailleurs, juste pour ne pas mourir idiot, combien de photographes ou cameramen de presse y a t’il a la ghouta ?

      carlos Le 1er mars à 16:29
    •  
    • Le Média ne refuse pas de traiter le conflit syrien. Il refuse de produire des images qui sont impossible à contrôler.

      choucroute Le 2 mars à 16:17
  •  
  • À écouter Denis Sieffert, on pourrait croire qu’il est - enfin - possible d’être à la fois radical et intelligent. Dans ce monde gangrené par le populisme, ça nous fait le plus grand bien. J’ai notamment beaucoup apprécié le rappel au marxisme : l’idéologie dominante est toujours, comme disaient Marx et Engels, l’idéologie de la classe dominante. Sauf dans les (rares) périodes révolutionnaires, où elle est déstablisée. À lambertiste, lambertiste et demi. Bravo, Denis !

    Dominique Vidal Le 1er mars à 16:07
       
    • @ Dominique Vidal

      Il est intéressant de noter qu’au cours de l’histoire , ceux qui ne cessent d’évoquer Marx et de ce réclamer du « marxisme » lui ont fait , et lui font , tant de mal.

      Gege Le 2 mars à 06:54
  •  
  • Prendre de la distance et s’inscrire en perspectives m’apparaît une démarche éminemment salutaire et éthique lorsque toute source peut potentiellement être considérée comme suspecte... tout du moins lorsqu’on veut réellement informer les gens et non les abreuver d’une bouillie prémachée (sic Carlos)

    Ces mêmes Médias qui titrent ? "Le capitalisme poussé à son cynisme extrême" : de futurs ex-salariés de Castorama et de Brico Dépôt appelés à former leurs successeurs polonais et dans le texte informent :

    La pilule ne passe pas chez les salariés de Castorama et de Brico Dépôt. Leur maison-mère, le groupe britannique d’enseignes de bricolage Kingfisher, a confirmé, mercredi 28 février, la délocalisation en Pologne de la partie comptable de son activité et la suppression de 450 emplois administratifs en France. Elle a aussi demandé à ses employés français de former les salariés polonais... Ceux-là mêmes qui vont les remplacer......
    La force de la Presse Patronale c’est qu’elle a les moyens de souffler et le Chaud et le Froid

    buda Le 2 mars à 09:53
       
    • @Buda - C’est donc que LA presse patronale (comme vous la nommez) n’arrive pas à extraire totalement de ses journalistes et des enquêteurs qu’elle rétribue, le sens du travail bien fait ! Comme l’introduisait D. Sieffert, il y a des nuances à observer même si l’on ne peut que constater l’influence indubitable des pouvoirs économiques et financiers sur les médias avec l’instauration d’une aliénation culturelle plus efficace que n’importe quelle autre emprise... Il n’y a pas de "monstres", d’idiots ou de "méchants" qui le soient de manière irrémédiable et déterminée.

      carlos Le 2 mars à 12:05
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.