Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 17 novembre 2020

Dominique Noguères : « Les lois existantes permettent déjà d’assurer largement la sécurité des personnes »

Aujourd’hui s’ouvre le débat au Parlement sur la proposition de loi dite de « sécurité globale » avec le très controversé article 24 sur la diffusion d’images de policiers. L’ancienne avocate et vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, Dominique Noguères, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la succession de lois sécuritaires 
« C’est la trentième loi depuis quelques années. C’est assez effrayant et on a l’impression d’une fuite en avant. »
« Pour nous juristes, quand on regarde l’état des lois existantes, il y a largement de quoi assurer la sécurité des personnes. »
« La proposition de loi sur la sécurité globale avait déjà été déposée en janvier dernier donc c’était bien antérieur aux derniers attentats tragiques que nous avons vécu. On était déjà et encore dans la surenchère sécuritaire. »
« On a une classe politique qui veut de la sécurité, qui veut verrouiller, contrôler, surveiller et c’est ça qui est inquiétant.
« On est dans un Etat autoritaire, autocratique. »
« On est dans un système de surveillance de plus en plus important. »

 Sur l’article 24 de la proposition de loi “sécurité globale” 
« Nous avons constaté depuis deux ou trois ans que le regard citoyen est très important. »
« Le fait d’avoir pu mettre à jour un certain nombre de dérapages dans des manifestations a permis d’apporter une information absolument nécessaire. »
« La transparence dans le fonctionnement d’un Etat est fondamentale. Et à partir du moment où l’on se cache, on ne veut pas qu’on explique ce qu’il se passe et que l’on voit ce qui se passe, c’est très mauvais signe. »
« Il va y avoir une autocensure et les gens vont faire très attention. Un an de prison et 45.000€ d’amende, ça n’est pas rien. »
« Il y a derrière cette proposition de loi un activisme assez fort de syndicats de policiers. »
« L’information doit exister. »

 Sur le déni des violences policières 
« Ça fait deux ou trois ans qu’on ne peut plus manifester correctement. Les gens sont démobilisés. »
« On a utilisé des méthodes de gestion des manifestations et de maintien de l’ordre qui sont de plus en plus fermes. »
« Les violences des policiers dans les manifestations ne viennent pas de nulle part. Il y a derrière un fondement politique très clair avec des ordres qui sont donnés. »

 Sur le RIO (Référentiel des Identités et de l’Organisation) des policiers 
« On est loin du port obligatoire du RIO par les policiers. »
« La question de la transparence est importante car il ne s’agit pas de mettre les gens dans des situations où ils seraient clouer au piloris. »

 Dans le reste des articles de la proposition de loi « sécurité globale » 
« Il n’y a pas que l’article 24 qui est très inquiétant : les évolutions en matière de police municipale le sont aussi. On va donner de plus en plus de pouvoir aux polices municipales qui sont sous l’autorité des maires au détriment de la police nationale qui est appelée à d’autres tâches. »
« Les agents privés de sécurité vont être renforcés dans leurs prérogatives. »
« Comme c’est très bien dit dans “leur truc”, il y a un continuum de sécurité où l’on mélange les trois forces que sont la police/gendarmerie, la police municipale et les agents privés de sécurité. »

 Sur le recul des libertés 
« On est dans une situation particulière avec un confinement particulièrement lourd. »
« La question des libertés est en train de passer au second plan car on ne se rend pas compte du bien précieux que cela peut être. »
« J’ai bien peur que les mobilisations contre la proposition de loi “Sécurité globale” concernent plus des militants et des personnes concernées. »
« Oui, on a besoin de sécurité mais on a aussi besoin de sureté, c’est-à-dire d’avoir un Etat qui nous protège et qui ne nous mette pas nous-mêmes en insécurité. »
« On prépare un terrain qui ferait que des malveillants pourraient avoir tous les pouvoirs en main. »
« Le problème, c’est que ce recul des libertés reste encore très peu visible pour les gens car ils n’ont pas l’impression que cela modifie leur quotidien. »

 Sur la situation des migrants 
« Il y a un travail de fond à faire sur l’image du migrant : si on donne des droits aux migrants et qu’on les considère comme des personnes et non comme des sujets, on fera un grand pas. »
« Si on donne la possibilité aux migrants de pouvoir vivre comme des êtres humains, alors le regard que beaucoup posent sur eux sera différent. »
« Il faut arrêter de dire que ce n’est pas parce que l’on va donner des droits aux migrants que l’on va en retirer aux Français. Ce n’est pas vrai : plus on donne des droits, plus il y en aura. »

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