Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 27 janvier 2020

Dominique Vidal : « Ce qu’a fait Benjamin Netanyahu à Jérusalem est obscène »

Aujourd’hui, c’est le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Une date qui ne fait pas l’unanimité chez les historiens. On en parle avec l’historien et spécialiste du Proche-Orient, Dominique Vidal qui est l’invité de #LaMidinale.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

UNE MIDINALE À VOIR...

 

À ÉCOUTER...

>> sur Spotify
>> sur Apple

 

ET À LIRE...

 Sur la libération des camps d’Auschwitz  
« C’est un moment important dans la pédagogie de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. »
« Il ne s’agit pas d’un débat théorique : hier, le ministère de l’Intérieur a fourni les chiffres sur 2019. Il y a une augmentation de 27% des actes antisémites et une augmentation de 130% des actes racistes. Ça confirme qu’il y a un combat à mener. Pour qu’il soit efficace, il y a trois conditions : il ne faut pas diviser le camp antiraciste ; il ne faut pas hiérarchiser les différentes formes de racisme ; et il ne faut tolérer aucune manipulation - et c’est malheureusement ce qui s’est passé la semaine dernière avec le forum sur la Shoah organisé par Benjamin Netanyahu. »

 Sur la date de la libération des camps 
« La date a été choisie, c’est le 27 janvier et on ne va pas la changer. Mais quand l’armée rouge arrive à Auschwitz le 27 janvier 1945, elle trouve 7.000 personnes, pour l’essentiel des vieux et des malades. Parce que quelques jours plus tôt, les SS avaient emmené 50.000 à 60.000 détenus vers ce qu’on appelait les Marches de la mort. Mon père y était et, quand on lui disait que c’était le jour de la libération, il répondait : “non, nous étions dans les Marches de la mort”. Mon père aura connu deux autres camps après Auschwitz avant d’être libéré le 15 avril. »
« On peut toujours accepter les symboles mais la date est quand même une date très discutable. »

 Sur la mémoire de la Shoah 
« Une partie de la mémoire de la Shoah disparaît avec les victimes. »
« Mon père était un témoin actif : il parlait dans les lycées, les universités, les collèges, les écoles primaires. Evidemment, cette parole disparait avec eux. »
« À l’ère des témoins, succède l’ère des historiens. C’est à eux de faire passer cette mémoire dans les nouvelles générations. »
« Je crois qu’on enseigne la Shoah mieux qu’avant. »
« Cet enseignement souffre du fait qu’il n’y a pas le même travail sur les guerres coloniales, sur l’histoire de l’esclavage ou sur les génocides qui ont eu lieu dans l’histoire de l’humanité. »

 Sur la visite d’Emmanuel Macron à Jérusalem 
« Ça n’est pas seulement la gauche israélienne mais c’est aussi le quotidien Haaretz qui a parlé de “détournement de la Shoah”. Et à mes yeux, ce qu’a fait Netanyahu à Jérusalem est obscène. Il a enrôlé les six millions de victimes de la Shoah dans sa croisade anti-iranienne et anti-palestinienne. »
« Netanyahu, qui appelle à se mobiliser contre l’antisémitisme, est un homme qui flirte avec des dirigeants populistes qui sont aussi négationnistes. Et ça, il n’en dit rien. »
« En Israël, un quart des survivants de la Shoah vit en dessous du seuil de pauvreté. L’Etat d’Israël n’a même pas pris les mesures pour aider ceux qui ont réussi à échapper au génocide et qui sont venus vivre en Israël à son appel. »
« C’est normal que le président se soit rendu à ce forum (…). Ce qui me parait plus discutable, c’est ce qu’il a dit et pas dit. Sans parler de la petite comédie qu’il a jouée. »
« Il n’a pas dit que le combat contre l’antisémitisme était indissociable du combat contre toutes les autres formes de racisme. »

 Sur l’antisémitisme  
« Il y a les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ces chiffres ont l’avantage de montrer que certains racismes s’expriment avec plus de force. »
« On ne peut pas séparer ces chiffres, qui sont des chiffres de violences recensés par les commissariat (…) de deux autres éléments l’idéologie raciste et antisémite : 90% des Français estiment que les juifs sont des Français comme les autres. On est à un niveau de tolérance très élevé. Chez les musulmans, le chiffre est bien moins élevé. Il est de l’ordre de 60 à 70%. Et puis il faut aussi prendre en compte les préjugés. »
« Un préjugé n’est pas un racisme mais il peut tuer. »

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • merci de choix d’invité

    francis langlade Le 27 janvier à 17:10
  •  
  • LES ZOMBIES …
    27 janvier 2020 –
    Je viens d’apprendre sur france2 , qu’ici dans ce pays 1 individu sur 6 n’a jamais entendu parler de l’extermination de populations dans les camps nazis !!! ... Les bras m’en tombent !!! ... Nous sommes dans la génération de l’ ʺhomme moderneʺ , c’est à dire le parfait décérébré , style , foutebol - commerce - et langue de singes des rosbifs ! … Le parfait zombie , tel qu’il est voulu par le Nouvel Ordre Mondial , lui-même successeur du nazisme !!! ...

    Bernard Décombe Le 28 janvier à 01:30
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.